L’Italie va négocier des dépenses supplémentaires en énergie et défense avec Bruxelles

Le projet visant à tirer parti de la flexibilité budgétaire supplémentaire de l'UE pourrait permettre de dégager environ 36 milliards d'euros

/ EURACTIV.com
[Photo : Massimo Di Vita/Archivio Massimo Di Vita/Mondadori Portfolio via Getty Images]

Rome a l’intention de tirer parti de la marge de manœuvre budgétaire supplémentaire accordée par Bruxelles pour consacrer des moyens bien plus importants à la sécurité énergétique et à la défense au cours des trois prochaines années, a déclaré mercredi le ministre italien des Finances, Giancarlo Giorgetti, devant le Parlement national.

Le gouvernement de la Première ministre italienne Giorgia Meloni prévoit d’augmenter les dépenses consacrées à la sécurité énergétique de 0,6 % du produit intérieur brut (PIB) cumulé des années 2026, 2027 et 2028, et de consacrer 0,9 % supplémentaire du PIB à la sécurité et à la défense.

Selon l’agence de presse nationale ANSA, ces montants s’élèvent à environ 14 milliards d’euros pour l’énergie et à 21-22 milliards d’euros pour la défense.

La Commission évaluera en septembre les plans nationaux visant à recourir à la flexibilité budgétaire supplémentaire de l’UE, connue sous le nom de clause dérogatoire nationale, afin de recommander à terme leur adoption lors d’une réunion des ministres des Finances en octobre, a indiqué Giorgetti.

Le déblocage du programme SAFE ?

La demande de l’Italie visant à disposer d’une plus grande marge de manœuvre budgétaire pour les dépenses de défense pourrait également débloquer la signature, actuellement au point mort, de l’accord de prêt Security Action for Europe (SAFE) du pays.

« Les mesures qui seront finalement financées par des prêts SAFE peuvent bénéficier de cette flexibilité », a déclaré Giorgetti, ouvrant ainsi la voie à la signature par Rome de l’accord de prêt, qui est en suspens depuis plusieurs semaines, ce qui a créé des tensions entre Rome et la Commission.

« Le programme SAFE a été créé pour promouvoir des systèmes de défense communs. Entre-temps, l’Italie a lancé des programmes de défense communs, ce qui a engendré une sorte d’obligation, morale avant d’être juridique, à laquelle un gouvernement doté d’un grand sens des responsabilités doit répondre pour être respecté », a ajouté le ministre.

Giorgetti a reconnu que demander une dérogation aux règles budgétaires pour la défense est « certainement impopulaire », mais a fait valoir que l’Italie ne peut se soustraire à ses obligations.

L’occasion de passer au vert

Sur le plan énergétique, Giorgetti a déclaré devant la Chambre des députés que les subventions aux combustibles fossiles visant à atténuer l’impact de la crise énergétique actuelle n’obtiendraient pas l’approbation de Bruxelles.

En juin, la Commission européenne a clairement indiqué que la flexibilité supplémentaire doit renforcer la « résilience structurelle » face aux chocs énergétiques.

Ces mesures « doivent viser à améliorer structurellement la sécurité des systèmes énergétiques des États membres, à promouvoir la transition verte et à réduire la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles et, par conséquent, des approvisionnements étrangers », a expliqué Giorgetti.

Reste à voir si l’Italie utilisera ces fonds pour stimuler davantage la production d’électricité renouvelable, longtemps négligée, et s’éloigner des centrales à gaz qui maintiennent les prix de gros de l’électricité au niveau national bien au-dessus de ceux d’autres pays ensoleillés, comme le Portugal ou l’Espagne.

(cm)