Une centaine d'élus de l'UE demandent à la Norvège d'abandonner son projet d'exploitation minière en mer
Dans une lettre adressée aux parlementaires norvégiens publiée ce jeudi (9 novembre), une centaine d'eurodéputés les enjoignent à voter contre le projet d'exploitation minière en eau profonde et alertent contre de potentiels dangers environnementaux.
Dans une lettre adressée aux parlementaires norvégiens publiée ce jeudi (9 novembre), une centaine d’élus européens les enjoignent de voter contre le projet d’exploitation minière en eau profonde et alertent contre de potentiels dangers environnementaux.
« Nous, parlementaires européens engagés dans la protection des océans, vous demandons instamment de voter contre la proposition du gouvernement et de soutenir l’adoption d’un moratoire international sur l’exploitation minière en eaux profondes », écrivent une centaine de parlementaires européens à leurs homologues norvégiens dans une lettre envoyée ce jeudi 9 novembre.
Le 20 juin dernier, le Parlement norvégien s’est déclaré en faveur de l’exploration minière en eau profonde aux alentours de l’archipel arctique du Svalbard. La zone, étendue sur 281 200 kilomètres, possède des fonds extrêmement riches en minerais, notamment du cuivre, du manganèse et du cobalt.
Pour les signataires, la plupart écologistes ou de gauche – l’initiative a été lancée par les eurodéputées Marie Toussaint et Caroline Roose (Verts / ALE) -, cette activité qui se produirait « dans les écosystèmes fragiles de l’océan », serait « une erreur ».
« Plus de 700 experts scientifiques et politiques ont prévenu que l’exploitation minière en eaux profondes entraînerait une perte de biodiversité et de fonctionnement des écosystèmes qui serait irréversible à long terme », soulignent-ils.
Ils font notamment référence à l’avis du Conseil consultatif des académies européennes des sciences (EASAC), qui a mis en garde en juin dernier, « contre les conséquences désastreuses sur les écosystèmes marins ». Les chercheurs remettent aussi en question « la rentabilité de l’exploitation minière en haute mer […] jusqu’à ce que les potentiels de recyclage aient été pleinement explorés ».
Dans leur lettre, les élus alertent sur l’impact potentiel de cette activité minière sur les stocks de poissons, avec des conséquences directes sur les flottes européennes autorisées à pénétrer dans la zone entourant l’archipel du Svalbard.
L’Agence norvégienne de l’environnement a elle-même reconnu que, selon les évaluations déjà réalisées, cette activité ne « peut être menée de manière sûre ou responsable ».
De son côté, le gouvernement norvégien tente de rassurer, en parlant d’un « degré acceptable d’impact environnemental ».
Pour le Premier ministre Jonas Gahr Støredans, porteur du projet, ces minéraux constituent un « élément essentiel de la transformation industrielle », avait-il déclaré dans une interview donnée au média américain Cipher en septembre dernier.
L’argument avancé par les promoteurs et le gouvernement porte principalement sur l’accélération de la transition énergétique, dont les besoins en minerais sont colossaux pour faire fonctionner les batteries électriques et autres composants technologiques.
« La transition verte ne peut servir de justification pour nuire à la biodiversité […] d’autant plus qu’il existe des alternatives », répondent les parlementaires, en s’appuyant sur une étude selon laquelle les technologies renouvelables et l’économie circulaire pourraient réduire de 58 % cette demande en minéreaux.
Moratoire
À l’heure actuelle, l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) ne peut accorder des permis que pour l’exploration à visée scientifique ou industrielle. En tant que « patrimoine commun de l’humanité », reconnu comme tel par l’ONU, les grands fonds marins ne peuvent, pour l’instant, faire l’objet d’extraction minière.
Si les pressions s’accentuent sur l’institution pour accorder les premiers droits d’exploitations, l’absence de consensus international bloque les procédures. Cet été, lors de la dernière réunion de l’AIFM en Jamaïque, les 168 pays membres ont repoussé l’élaboration d’un premier code minier à 2025.
La Norvège, mais aussi la Chine, l’Inde, la Russie, la Belgique et d’autres petits États insulaires poussent à l’ouverture des droits, alors que d’autres comme la France ou le Royaume-Uni s’y opposent toujours. Aujourd’hui, 21 pays réclament une pause au nom du principe de précaution, parmis eux l’Allemagne, la Suède ou l’Irlande..
Parmi les premiers pays à avoir signé le traité mondial sur les océans en septembre dernier, le pays scandinave s’est engagé à assurer une gestion durable des océans à 100 % d’ici à 2025. Les ONG dénoncent ainsi « un double jeu » et une attitude ambivalente.
« Le gouvernement doit donner suite à ses engagements internationaux par des politiques nationales cohérentes », insistent les signataires qui demandent plus largement un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins.
Le vote du gouvernement norvégien devrait avoir lieu en janvier 2024.