Des tests humiliants pour les réfugiés gays en République tchèque

Bruxelles estime que Prague bafoue les droits de l’Homme en soumettant les demandeurs d’asile homosexuels à des tests "phallométriques".

EURACTIV.fr
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Bruxelles estime que Prague bafoue les droits de l’Homme en soumettant les demandeurs d’asile homosexuels à des tests « phallométriques ».

L’homosexualité ne se décrète pas, elle se prouve. C’est l’avis des autorités tchèques qui préfèrent juger sur pièce lorsqu’une personne victime de persécutions homophobes dans son pays d’origine demande l’asile.

Des images pornographiques hétérosexuelles, un dispositif contrôlant l’afflux sanguin dans le pénis et un praticien chargé d’observer la réaction provoquée par les images. Ce détecteur de mensonges porte le nom de « test phallométrique ».

« J’ai été très surpris en prenant connaissance de ces pratiques. C’est complètement inacceptable et inhumain », a réagi Juris Lavrikovs, de l’association ILGA-Europe, qui défend les droits des gays, des lesbiennes et des transexuels. Aussi humiliant soit-il, le phénomène serait selon lui «isolé» en Europe.

Preuve

Le pot aux roses avait été découvert en décembre dernier par l’agence européenne des droits fondamentaux. Sommé par la Commission européenne de s’expliquer sur ces pratiques, le gouvernement tchèque lui a adressé une réponse le 23 février dernier.

D’après les informations obtenues auprès de la Commission européenne, les autorités tchèques s’appuient sur les textes européens pour justifier le maintien de ces tests. Une directive prévoit en effet que le réfugié fasse la preuve des persécutions subies.

Une obligation qui, selon la Commission européenne, ne justifie pas que le pays viole la Charte européenne des droits fondamentaux. Le texte interdit notamment la «torture et les traitements inhumains ou dégradants».

Le 16 mai, veille de la journée contre l’homophobie, Bruxelles a donc remis une lettre à l’ambassadeur de la République tchèque auprès de l’UE, indiquant qu’une enquête approfondie allait être lancée. Une action saluée par le parti social démocrate européen (S&D), qui s’est toutefois étonné du temps de réaction de la Commission depuis la révélation des tests phallométriques.

Consentement

Pointée du doigt, la République tchèque s’est contentée de répondre sommairement : « La lettre n’a pas encore été reçue par le ministère de l’Intérieur. Nous ne pouvons pas fournir de declaration pour le moment », a indiqué à la rédaction d’EURACTIV.cz le porte-parole du ministère, Pavel Novák.

En décembre dernier, le gouvernement tchèque s’était defendu en minimisant la portée de ces tests. L’examen aurait été pratiqué « seulement dans quelques cas « , sans doute inférieurs à 10, avait-il precisé, ajoutant que le « consentement écrit  » avait été obtenu à chaque fois.

« La notion de consentement libre perd tout son sens, si la demande d’asile est rejetée dès que le consentement n’est pas donné », avait objecté l’agence européenne des droits fondamentaux.