Diversité dans les médias : la « responsabilité de tous », selon la coordinatrice antiracisme de l'UE

Les actions visant à améliorer la diversité et l’inclusion dans le secteur des médias et de l’audiovisuel européens doivent être menées par l’ensemble des acteurs concernés, et non par un petit nombre d’entre eux seulement.

EURACTIV.com
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« En tant que législateurs, nous avons l’immense responsabilité de veiller à ce que toute la population soit représentée », a déclaré Evin Incir, eurodéputée suédoise et membre du groupe de jeunes eurodéputés EU40. [[Shutterstock / gnepphoto]]

Les actions visant à améliorer la diversité et l’inclusion dans le secteur des médias et de l’audiovisuel européens doivent être menées par l’ensemble des acteurs concernés, et non par un petit nombre d’entre eux seulement. C’est ce qu’a estimé la première coordinatrice de la lutte contre le racisme de l’UE.

« Ce n’est pas seulement la responsabilité d’un ou deux acteurs, c’est notre responsabilité à tous : les institutions, le secteur privé, l’industrie du divertissement », a déclaré Michaela Moua, qui est devenue en 2021 la première coordinatrice antiracisme de l’UE, un poste créé pour superviser la mise en œuvre du plan d’action antiracisme 2020-2025 de la Commission européenne.

Son message a été relayé par les autres intervenants de chacun de ces secteurs, qui ont tous souligné l’importance de la diversité et l’inclusion dans les médias, non seulement pour une amélioration du secteur lui-même, mais également, compte tenu de son rôle dans le façonnement des perceptions et des conversations sociétales, lorsqu’il s’agit de susciter des changements beaucoup plus larges.

Mme Moua a également souligné l’importance des données dans la mise en œuvre de ce changement, tant pour en démontrer la nécessité que pour en suivre les progrès.

Une étude récente menée par ViacomCBS a montré à quel point le désir d’une représentation plus diversifiée et plus fidèle du public mondial est pressante. Selon la productrice allemande Nataly Kudiabor, cela signifie que l’industrie du divertissement devrait également se concentrer sur la diversité et l’inclusion d’un point de vue commercial, étant donné que la demande de récits diversifiés est si forte.

Toutefois, a-t-elle ajouté, ce sont les puissants gardiens du secteur qui constituent souvent un obstacle majeur à cette évolution, ce qui signifie qu’il faut réexaminer qui, par exemple, commande les programmes de télévision.

Comme l’ont souligné les intervenants, une approche proactive peut être adoptée au niveau du secteur.

Susanne Schildknecht, vice-présidente des marques chez ViacomCBS, a fait remarquer que la société avait instauré l’année dernière une politique « pas de diversité, pas de contrat », ce qui signifie que les sociétés engagées pour travailler sur leurs programmes doivent suivre des directives conçues pour assurer une représentation à l’écran et hors écran.

Selon elle, il s’agit en partie de s’opposer au fait que les personnes qui commandent et embauchent dans ce type d’organisations se rabattent souvent par défaut sur leurs réseaux existants de réalisateurs et de producteurs, plutôt que de consacrer du temps et de l’argent à l’inclusion de nouvelles voix.

Il est donc important, a-t-elle dit, que l’industrie fixe des objectifs clairs en matière de diversité et d’inclusion afin que les progrès puissent être à la fois annoncés et que l’on parvienne à les réaliser. Elle a également noté, cependant, que la diversité peut avoir des significations différentes selon les pays et les contextes, et que le travail effectué pour l’améliorer ne devrait donc pas être basé sur des objectifs ou des hypothèses générales.

Mme Kudiabor a également indiqué qu’il s’agissait d’un facteur clé à prendre en compte par les artistes du secteur du divertissement, soulignant l’importance de s’assurer que les personnes travaillant derrière la caméra — écriture, réalisation, production — sont issues des communautés qu’elles cherchent à dépeindre, afin de garantir une représentation authentique et nuancée, qui évite de reproduire des stéréotypes néfastes.

Si la sensibilisation et la discussion sont les éléments les plus importants pour faire avancer le changement en matière de diversité et d’inclusion, Evin Incir, eurodéputée suédoise et membre du groupe de jeunes eurodéputés EU40, a déclaré que les institutions européennes ont également un rôle plus concret à jouer.

Il s’agit notamment de traduire les initiatives existantes, telles que les stratégies de la Commission européenne en matière d’antiracisme, d’égalité entre les sexes et d’égalité LGBTQI, en politiques concrètes, ce qui, selon elle, fait cruellement défaut aujourd’hui.

L’UE devrait utiliser la législation à la fois comme carotte et comme bâton, a déclaré Mme Incri, en veillant à ce que les médias et le secteur audiovisuel prennent leurs responsabilités, mais également à ce qu’ils soient soutenus dans cette démarche.

C’est le Conseil européen, a-t-elle noté, qui s’avère souvent être un obstacle lorsqu’il s’agit de légiférer pour changer les choses dans ce domaine. La directive anti-discrimination de l’UE, par exemple, une proposition de 2008 qui étendrait horizontalement les protections contre la discrimination existant actuellement sur le marché du travail pour couvrir un plus grand nombre de domaines, reste bloquée par le Conseil à ce jour.

« En tant que législateurs, nous avons l’immense responsabilité de veiller à ce que toute la population soit représentée », a déclaré Evin Incir. « La représentation est une question de démocratie, c’est une question de droits de l’homme ».