Dominique Moïsi : "Le président tchèque ne changera pas d’avis" sur le traité de Lisbonne

L’avenir du traité de Lisbonne devrait être à nouveau débattu par les 27 lors du conseil européen informel des 15 et 16 octobre. Dans un entretien accordé à EURACTIV.com, le conseiller spécial de l’IFRI, Dominique Moïsi, estime que d’ici là, toute pression sur l’Irlande « risquerait d’être négative ».

82a42d0eb9e9309f9f053519a986f205.jpg
82a42d0eb9e9309f9f053519a986f205.jpg

L’avenir du traité de Lisbonne devrait être à nouveau débattu par les 27 lors du conseil européen informel des 15 et 16 octobre. Dans un entretien accordé à EURACTIV.com, le conseiller spécial de l’IFRI, Dominique Moïsi, estime que d’ici là, toute pression sur l’Irlande « risquerait d’être négative ».

Pour lire l’interview dans son intégralité, cliquer ici

Le « non » irlandais au traité de Lisbonne lors du référendum de juin dernier est un avertissement pour l’Europe, estime M. Moïsi, membre fondateur de l’Institut français des relations internationales et rédacteur en chef de la revue « Politique étrangère ». 

Après les non français et néerlandais au projet de Constitution européenne en 2005, ce «troisième référendum négatif » traduit « un profond divorce entre les citoyens de l’Europe et l’Union Européenne », avertit le chercheur. 

Sceptique sur l’aboutissement du processus de ratification, Dominique Moïsi indique que, selon lui, le président tchèque, Vaclav Klaus, « ne changera pas d’avis. Il est déterminé dans son euroscepticisme ». Le cas de la Pologne s’avérera lui aussi difficile, a-t-il ajouté. Les dirigeants polonais et tchèques ont dit à plusieurs reprises depuis le non irlandais que la ratification du texte par leurs deux pays n’aurait lieu qu’en cas d’un deuxième vote positif des Irlandais. (EURACTIV.fr 25/07/08)

Dans la perspective des élections européennes de juin 2009, il serait « négatif » de céder à la tentation de résoudre la question de l’avenir de l’Europe en faisant pression sur l’Irlande, ajoute Dominique Moïsi. « Cela irriterait davantage les Irlandais et favoriserait une forme de populisme », estime-t-il.

Selon lui, Nicolas Sarkozy, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de six mois de l’UE, devrait en outre cesser de lier la ratification du traité de Lisbonne à la poursuite de l’élargissement. 

Mener un tel « chantage » aboutira à un « échec » pour l’Europe, estime le chercheur. Selon lui, avec cette stratégie « on ne fera pas ratifier le Traité et on coupera l’Europe de sa carte principale qui est celle de l’élargissement ». Dominique Moïsi encourage d’ailleurs l’UE à rechercher des solutions en vue de l’adhésion de la Croatie et de la Serbie : « Il faut quand même récompenser la Serbie pour l’arrestation de Karadzic », explique-t-il. 

Selon lui, l’ambition de la présidence française de mettre en place un agenda européen de la défense malgré l’opposition irlandaise à cette idée est « légitime », mais irréaliste. « En dehors de la France et de la Grande Bretagne et peut-être, un petit peu plus loin derrière, de l’Allemagne, aucun pays Européen n’est vraiment enthousiaste à l’idée de consacrer plus d’argent à la défense au moment où la crise économique s’aggrave et où les citoyens sont confrontés au problème du pouvoir d’achat ».

Mais le rédacteur en chef de la revue Politique étrangère est optimiste quant à l’évolution des relations transatlantiques après l’élection présidentielle américaine. Selon lui, « les considérations écologiques seront encore plus importantes si Obama ou même si Mc Cain arrivent au pouvoir ». « Une victoire d’Obama serait perçue très positivement en Europe », estime-t-il. Mais si le candidat démocrate devenait le prochain président américain, M. Moïsi n’exclut pas l’émergence de « problèmes nouveaux en matière de commerce ».