Élections au Portugal : la percée attendue de l’extrême droite rebat les cartes politiques

Après les élections anticipées du 10 mars prochain au Portugal, le pays pourrait se trouver à un tournant au moment de former un gouvernement, compte tenu de la percée de l’extrême droite, dont tous les autres partis promettent de se tenir à l’écart.

Lusa Portugal
Legislative elections 2019 in Portugal
Depuis l’instauration de la démocratie au Portugal en 1974, le pouvoir alterne entre les socialistes et les sociaux-démocrates, seuls ou en coalition. Cependant, ce schéma électoral bien établi semble désormais mis à l’épreuve par la montée du parti d’extrême droite Chega qui, selon tous les sondages, devrait doubler les 7,2 % obtenus en 2022, voire faire mieux encore. [[EPA-EFE/ANTONIO COTRIM]]

Après les élections anticipées du 10 mars prochain au Portugal, le pays pourrait se trouver à un tournant au moment de former un gouvernement, compte tenu de la percée de l’extrême droite, dont tous les autres partis promettent de se tenir à l’écart.

Alors que le Portugal a été dirigé pendant huit ans par le Parti socialiste (affilié au groupe des Socialistes et Démocrates européens), la plupart des sondages prévoient que le pays va basculer à droite, avec la victoire de l’Alliance démocratique (AD), une coalition entre le Parti social-démocrate (PSD) et le Parti du centre démocratique et social (CDS-PP) — tous deux membres du Parti populaire européen.

Depuis l’instauration de la démocratie au Portugal, le 25 avril 1974, le pouvoir alterne entre les socialistes et les sociaux-démocrates, seuls ou en coalition. Cependant, ce schéma électoral bien établi semble désormais mis à l’épreuve par la montée du parti d’extrême droite Chega (« Ça suffit ») qui, selon tous les sondages, devrait doubler les 7,2 % obtenus en 2022, voire faire mieux encore.

Si les sondages s’avèrent exacts, le Portugal pourrait connaître une période de grande instabilité politique, à moins que les promesses faites pendant la campagne électorale ne soient rompues pour permettre un rapprochement entre la droite démocratique et l’extrême droite en vue de trouver une solution pour un gouvernement majoritaire.

Luís Montenegro (PSD), leader de la coalition de droite, rejette toute possibilité d’accord avec le parti Chega d’André Ventura, réitérant une prise de position qui risque de ne pas évoluer après les élections : « non, c’est non ».

Le leader de la coalition de centre droit acceptera un accord uniquement avec les libéraux du parti de Rui Rocha, qui ont obtenu 4,9 % des voix lors des dernières élections nationales, ce qui signifie qu’il ne gouvernera pas en cas de défaite.

M. Montenegro refuse toutefois de dire ce qu’il fera si la gauche dans son ensemble obtient un résultat supérieur à celui de la droite dite démocratique, malgré les défis successifs lancés par le secrétaire général socialiste, Pedro Nuno Santos.

En dépit du rejet ferme d’une coalition avec l’extrême droite de M. Montenegro, certains analystes pensent que le PSD ne perdra pas l’occasion de revenir au pouvoir après avoir été huit ans à l’écart, même s’il doit tendre la main à l’extrême droite.

Pedro Magalhães, politologue, a déclaré sur la RTP que « les discours politiques sont une chose et la pratique en est une autre », commentant un éventuel accord entre la droite démocratique et l’extrême droite.

« Les partis de la droite radicale ne sont pas si difficiles à comprendre parce que ce sont des partis qui ont peu de thèmes, qui se concentrent sur des thèmes tels que “la loi et l’ordre”, “l’immigration” et qui, pour le reste, font preuve d’une flexibilité spectaculaire », a déclaré M. Magalhães.

Le Portugal pourrait donc rejoindre, à partir du 10 mars, ces pays, tels que la France, l’Italie et les Pays-Bas, où l’extrême droite pourrait ébranler le gouvernement.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]