Élection présidentielle en Roumanie : plusieurs ONG demandent à la Commission d’enquêter sur TikTok
Plusieurs ONG roumaines ont demandé à la Commission européenne et à l’ANCOM d’examiner la manière dont les principales plateformes en ligne ont respecté les dispositions du règlement sur les services numériques de l’UE lors du premier tour des élections présidentielles roumaines.
Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) roumaines ont demandé à la Commission européenne et à l’Ancom, l’autorité nationale de régulation des télécommunications, d’examiner la manière dont les principales plateformes en ligne ont respecté les dispositions du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) de l’Union européenne (UE) lors du premier tour de l’élection présidentielle roumaine.
L’Association pour la technologie et l’Internet (ApTI) et 15 autres ONG — dont ActiveWatch, Expert Forum et Funky Citizens — ont adressé une lettre ouverte mercredi 27 novembre.
Toutes sollicitent la Commission et l’Ancom, le régulateur qui supervise également la mise en œuvre du règlement sur les services numériques en Roumanie, afin d’enquêter sur les mesures prises par les principales plateformes en ligne, telles que TikTok pour atténuer les risques liés au processus électoral.
Par ailleurs, le Conseil national de l’audiovisuel (CNA) a demandé mardi à la Commission européenne d’ouvrir une enquête formelle sur TikTok pour avoir prétendument violé ses normes en autorisant la publicité politique pour le candidat indépendant Călin Georgescu.
Valentin Jucan, vice-président du CNA, a déclaré que TikTok n’avait pas réussi à maintenir la transparence algorithmique et à atténuer le risque systémique, comme l’exige le DSA. Il a également demandé à TikTok de publier une évaluation détaillée des risques démocratiques posés par ses opérations en Roumanie et a suggéré que la Commission européenne impose « des mesures correctives et des sanctions pour les violations identifiées ».
Selon un rapport de l’ONG de surveillance électorale Expert Forum, le soutien des électeurs à Călin Georgescu est passé de 2 % à 22 % au cours de la campagne, en grande partie grâce à des campagnes menées sur TikTok, un réseau très populaire en Roumanie.
Ces campagnes auraient impliqué des comptes coordonnés promouvant le contenu de la campagne sans étiquetage approprié, amplifiant artificiellement les messages par le biais d’algorithmes et de hashtags qui ont recueilli des millions de vues. Cette activité a suscité des inquiétudes quant à la manipulation de l’opinion publique et au manque de transparence dans le traitement du contenu politique par TikTok.
Par ailleurs, le président Klaus Iohannis a convoqué une réunion du Conseil suprême de la défense nationale jeudi 28 novembre pour discuter des « risques potentiels pour la sécurité nationale posés par les actions d’acteurs cybernétiques étatiques et non étatiques sur les infrastructures soutenant le processus électoral ».
Cependant, l’administration présidentielle a déclaré plus tôt qu’elle n’avait reçu aucune information de la part des institutions de l’État concernant une ingérence dans l’élection ou une ingérence extérieure.
Le succès inattendu de Călin Georgescu, dont les sondages ne dépassaient pas 7 %, mais qui a remporté la première place sans avoir mené de campagne visible importante, a suscité des inquiétudes plus larges.
Valérie Hayer, directrice de Renew Europe, a demandé mardi au PDG de TikTok de se présenter devant le Parlement européen pour expliquer si la plateforme avait violé l’accord de partage des responsabilités. « Nous assistons à une attaque contre la démocratie sous nos yeux », a-t-elle alerté.
Le chef de la délégation roumaine des Socialistes et Démocrates européens, Dan Nica, a accusé des acteurs anonymes d’interférer brutalement dans l’élection présidentielle et a appelé à une action immédiate.
Dans le même ordre d’idées, la Direction nationale de la cybersécurité a expliqué qu’elle avait conseillé aux institutions publiques d’interdire TikTok à partir de 2023.
Cependant, l’eurodéputé écologiste Nicolae Ștefănuță a reconnu la popularité de la plateforme auprès des neuf millions d’utilisateurs roumains, admettant qu’ « aucun responsable politique ne peut se permettre de ne pas être là où sont les gens ».
Il a également appelé à une réglementation plus stricte, notant que les entreprises chinoises trouvent souvent des moyens de contourner les règles nationales et européennes.