Jusqu’à un tiers des fonds européens dédiés à la décarbonisation consacré au gaz naturel
Les pays d'Europe de l'Est s'efforcent de protéger leur « fonds de modernisation » contre la réforme
Une part importante du fonds phare de l’UE dédié à la décarbonisation industrielle a été consacrée aux énergies fossiles et à d’autres programmes nuisibles au climat, selon un rapport publié mercredi.
À la fin des années 2010, Bruxelles a créé le Fonds de modernisation afin d’atténuer l’impact du prix du carbone payé par les exploitants d’usines et de centrales électriques européennes dans le cadre du « système d’échange de quotas d’émission » (SEQE), qui s’élève actuellement à plus de 80 euros par tonne de CO2.
Doté d’environ 50 milliards d’euros pour la période 2021-2030, ce dispositif vise à contribuer à la transition écologique des États membres les moins riches, situés pour la plupart à l’est de l’UE.
Il convient toutefois de noter qu’une grande partie de ces fonds a été affectée à des projets loin d’être respectueux de l’environnement, comme le souligne l’association CEE Bankwatch, alors que la Commission européenne envisage de prolonger le programme d’une décennie supplémentaire, jusqu’en 2040, dans le cadre d’une réforme en cours du SEQE.
Paradoxalement, « pour chaque euro dépensé dans des projets bénéfiques, au moins un euro est consacré à des investissements néfastes », a écrit le groupe dans un rapport publié mercredi, qui a été transmis à Euractiv avant sa publication.
Gligor Radečić, de CEE Bankwatch, a mis en avant « le gaz fossile, l’incinération des déchets et l’incinération de la biomasse », qui ont absorbé jusqu’à 7,1 milliards d’euros, soit 35 % des dépenses à ce jour. En raison de problèmes de transparence des données, le chiffre final pourrait être légèrement inférieur, a-t-il concédé.
Un rapport distinct destiné à la Commission européenne a révélé qu’« un quart » du montant total avait été consacré au soutien au gaz naturel. En raison du durcissement des conditions d’octroi des subventions au gaz à la suite d’une réforme de 2023, « les autorisations […] ont quelque peu diminué », a-t-il noté.
Radečić a indiqué que « 2025 a marqué une année record pour le soutien apporté par le Fonds à des investissements véritablement durables », avec des dépenses en matière d’efficacité énergétique s’élevant à plus de 4 milliards d’euros, dépassant ainsi le montant total précédemment consacré à la réduction de la demande énergétique.
Le Fonds de modernisation reste toutefois un sujet politiquement sensible, une coalition de pays bénéficiaires menée par la Pologne faisant valoir que l’enveloppe financière devrait être augmentée. Le 17 juillet, la Commission a proposé un fonds pour la prochaine décennie basé sur la vente de 400 millions de quotas de CO₂ de l’UE, suggérant un budget d’environ 32 milliards d’euros aux prix actuels.
(rh)