En 2025, un retour de la stabilité politique en France et en Allemagne est plus que nécessaire pour l’économie de l’UE

L’UE aborde 2025 dans un contexte de bouleversements majeurs, alors que ses deux plus grandes économies, Allemagne et France, sont en proie à des crises politiques, que des guerres font rage à ses frontières et que Donald Trump a été réélu à la présidence des États-Unis.

/ EURACTIV.com
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« Nous avons besoin d’un axe franco-allemand fonctionnel pour poursuivre l’intégration », a affirmé Carsten Brzeski. « Avec l’instabilité politique qui règne actuellement en France et en Allemagne, rien ne bougera vraiment en Europe. » [Photo illustration by Esther Snippe for Euractiv. Photo credit: Getty Images and Shutterstock]

L’Union européenne (UE) aborde l’année 2025 dans un contexte de bouleversements majeurs, alors que ses deux plus grandes économies — l’Allemagne et la France — sont en proie à des crises politiques, que des guerres font rage à ses frontières et que Donald Trump, notoirement protectionniste, a été réélu à la présidence des États-Unis.

Plus que jamais auparavant, les responsables politiques européens sont confrontés à l’urgence de répondre aux défis qui touchent l’économie européenne, tels que la faiblesse de la demande, la faible croissance de la productivité, les prix élevés de l’énergie et un marché unique encore insuffisamment intégré.

Carsten Brzeski, responsable mondial de la macroéconomie chez ING Research qualifie l’année à venir d’« incertaine », mais il souligne que « l’éventail des scénarios réalistes n’a probablement jamais été aussi large que cette fois-ci ».

En effet, les analystes notent que les perspectives économiques de l’Europe dépendront en grande partie de l’évolution politique à Berlin et à Paris, les deux capitales qui définissent habituellement l’agenda de l’UE.

Selon eux, le scénario le plus optimiste verrait l’Allemagne s’engager dans un programme ambitieux de réformes et d’investissements à la suite des élections fédérales de février.

Ce programme pourrait inclure un soutien à une intégration plus poussée des marchés de capitaux, l’émission d’un plus grand nombre de dettes pour financer des investissements essentiels, et l’abandon du « frein à l’endettement » — un mécanisme controversé inscrit dans la Constitution allemande qui limite le déficit budgétaire structurel à 0,35 % du PIB du pays.

En France, l’instabilité politique pourrait également conduire le président Emmanuel Macron à convoquer de nouvelles élections législatives au milieu de l’année 2025. Le dirigeant centriste pourrait ainsi disposer d’une majorité parlementaire stable qui lui permettrait de faire progresser son projet d’approfondissement de l’intégration politique et économique de l’Union européenne.

Contrairement à l’Allemagne, cependant, en France, « nous avons une incertitude qui dure depuis longtemps, et il n’est pas tout à fait clair si elle sera complètement résolue avec de nouvelles élections en juin prochain », avertit Nils Redeker, directeur adjoint du Centre Jacques Delors de Berlin.

Ainsi, un scénario plus pessimiste — et sans doute plus réaliste — serait un axe franco-allemand toujours paralysé par ses crises politiques actuelles, laissant l’économie européenne enfermée dans une dynamique de faible croissance et de faible productivité.

« Nous avons besoin d’un axe franco-allemand fonctionnel pour poursuivre l’intégration [européenne] », affirme Carsten Brzeski. « Avec l’instabilité politique qui règne actuellement en France et en Allemagne, rien ne bougera vraiment en Europe. »

Donald Trump et autres malheurs à venir

Les analystes ont noté que l’instabilité politique pourrait être aggravée si Donald Trump tenait sa promesse d’imposer des droits de douane élevés sur les importations américaines. Cette mesure nuirait particulièrement au secteur automobile allemand, qui dépend de ces exportations et qui est déjà ébranlé par le ralentissement de la demande chinoise.

« [Donald] Trump a clairement de l’importance », souligne Carsten Brzeski, avertissant que  les politiques intérieures favorables aux entreprises du responsable politique américain pourraient inciter de nombreuses sociétés européennes à se délocaliser outre-Atlantique.

« Les tarifs douaniers ont leur importance, mais je suis encore plus préoccupé par les réductions d’impôts, la dérèglementation et, tout simplement, les politiques qui rendent les États-Unis plus attrayants par rapport à l’Europe », ajoute-t-il.

Nils Redeker estime quant à lui que l’Europe devrait « se préparer minutieusement » à la future présidence de Donald Trump.

Si cela devrait inclure des offres de négociation potentielles, telles que l’achat de plus de gaz naturel liquéfié (GNL) américain ou d’équipements militaires, il déclare que la « première chose nécessaire est une stratégie claire pour les contre-mesures en réponse aux droits de douane imposés » par Washington.

« Avant de dire publiquement ce que vous êtes prêts à négocier, vous devriez d’abord être très clairs sur ce que vous êtes prêts à faire pour défendre vos propres intérêts », note le directeur adjoint du Centre Jacques Delors.

Ces propos diffèrent légèrement de ceux de la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, et du think tank bruxellois Bruegel, qui ont récemment affirmé que les négociations visant à éviter les droits de douane devaient être la priorité absolue de l’UE.

Casse-tête chinois

Les analystes s’accordent largement à dire que les relations commerciales entre l’UE et la Chine devraient se détériorer au cours de l’année à venir, une évolution rendue encore plus probable par la réélection de Donald Trump.

Carsten Brzeski indique que le républicain, qui a précédemment décrit la politique commerciale de Pékin envers Washington comme « le plus grand vol de l’histoire du monde », exercera probablement des pressions sur les entreprises européennes pour qu’elles réduisent leur dépendance à la Chine. Cela leur permettrait d’éviter d’éventuels tarifs douaniers et de préserver leur accès au marché américain.

« [Donald] Trump poussera l’UE à choisir [entre les États-Unis et la Chine], et l’UE, pour des raisons de sécurité, choisira toujours les États-Unis », anticipe-t-il.

Zach Meyers, directeur adjoint du Centre for European Reform, insiste également sur les profonds désaccords au sein de l’UE concernant la politique à adopter à l’égard du géant asiatique — un point mis en évidence lors de l’imposition par la Commission européenne de droits de douane élevés sur les véhicules électriques chinois, que la France a soutenue, mais à laquelle l’Allemagne s’est opposée avec véhémence.

« [La présidente de la Commission Ursula] von der Leyen a conçu la Commission de manière à ce qu’elle ait beaucoup d’influence sur la politique, et elle se montre relativement dure, essayant de pousser les États membres à adopter une ligne plus stricte », constate Zach Meyers.

« Et, bien sûr, [Donald] Trump fera la même chose. Le sens de la marche est donc clair », conclut-il.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]