En Italie, cinq référendums invalidés faute de participation suffisante

Cinq référendums organisés le week-end dernier en Italie, portant sur des thèmes majeurs tels que le droit du travail et la citoyenneté, ont été invalidés faute de participation suffisante. L’opposition y voit l’effet de manœuvres du gouvernement Meloni.

EURACTIV Italie
Italy Holds Referendum On Employment And Citizenship Laws
Malgré la prolongation de l’ouverture des bureaux de vote jusqu’à lundi 15 heures, la participation n’a jamais atteint le seuil requis. Les référendums ont été déclarés invalides en raison d’une participation insuffisante. [Getty Images/Simona Granati_Corbis]

Les cinq référendums organisés le week-end dernier en Italie, portant sur des thèmes majeurs tels que le droit du travail et la citoyenneté, ont été invalidés faute de participation suffisante. Avec un taux de participation de la population légèrement supérieur à 30 %, bien en deçà du seuil de 50 % requis, les résultats ne seront pas pris en compte. L’opposition y voit l’effet de manœuvres orchestrées par le gouvernement de Giorgia Meloni, tandis que la droite et l’extrême droite y voient une confirmation du soutien populaire à l’exécutif.

Quatre des référendums concernaient le droit du travail. Ils visaient notamment à renforcer la protection des salariés licenciés abusivement, à supprimer les plafonds d’indemnisation dans les petites entreprises, à lutter contre les abus liés aux contrats à durée déterminée, et à rétablir la responsabilité solidaire en cas d’accident du travail.

Le cinquième projet portait sur la réforme de la naturalisation. Il proposait de réduire de dix à cinq ans la durée minimale de résidence requise pour les ressortissants non européens souhaitant obtenir la nationalité italienne.

Malgré la prolongation de l’ouverture des bureaux de vote jusqu’à lundi 15 heures, la participation n’a jamais atteint le seuil requis. Les référendums ont été déclarés invalides en raison d’une participation insuffisante.

Chez les électeurs qui se sont déplacés, les propositions ont recueilli un large soutien : environ 80 % des votants ont dit « oui » aux réformes du droit du travail, et près de 65 % ont soutenu la mesure sur la citoyenneté. Mais en l’absence du taux de participation requis, ces résultats ne pourront être pris en compte.

L’opposition s’insurge

Les partis d’opposition, qui avaient majoritairement soutenu les référendums, ont accusé le gouvernement de Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, Lega, Forza Italia) d’avoir délibérément encouragé l’abstention.

Le 2 juin, la Première ministre avait annoncé qu’elle se rendrait aux urnes mais ne retirerait pas son bulletin de vote, ce qui équivaut à une abstention et ne contribue pas au quorum. Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani avait défendu cette décision en parlant d’« abstentionnisme politique », affirmant que les électeurs opposés aux référendums n’avaient pas le devoir de contribuer à leur validation.

Le parti Forza Italia (Parti populaire européen, PPE) a essuyé de vives critiques pour avoir publié sur les réseaux sociaux un message invitant les électeurs à « aller à la plage » plutôt qu’aux urnes.

Après l’annonce des résultats, le parti de la Première ministre Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia (Conservateurs et Réformistes européens, CRE), a partagé une image des dirigeants de l’opposition accompagnée de la légende « Vous avez perdu ». Dans ce message, le parti affirme que les référendums étaient une tentative à peine voilée de saper le gouvernement.

Au gouvernement, on présente l’échec des référendums comme un large soutien au statu quo. « L’opposition a tenté de transformer les cinq référendums en un vote contre le gouvernement Meloni », a déclaré le sous-secrétaire de la Première ministre, Giovanbattista Fazzolari. « Le résultat est clair : le gouvernement en ressort renforcé et la gauche affaiblie. »

Pina Picierno, députée européenne du Partito Democratico (Socialistes et Démocrates européens, S&D) et vice-présidente du Parlement européen, a quant à elle qualifié ce résultat de « défaite profonde, grave et évitable ». Elle a mis en garde son propre camp contre une vision politique déconnectée : « En dehors de notre bulle, il y a un pays qui attend des perspectives d’avenir, pas un règlement de comptes. »

Réformer les référendums

Au-delà des clivages politiques, le scrutin a mis en lumière une convergence inattendue : de plus en plus de voix, tant dans la majorité que dans l’opposition, réclament une réforme du système référendaire, bien que pour des raisons différentes.

Antonio Tajani a proposé d’augmenter le nombre de signatures nécessaires pour qu’un référendum puisse être convoqué, tout en remettant en cause le coût du dispositif actuel. « Il faudrait sans doute relever le seuil de déclenchement, notamment face aux dépenses engagées pour envoyer des millions de bulletins à l’étranger, qui reviennent souvent vierges », a-t-il indiqué.

Des déclarations qui ont provoqué l’indignation des partisans du référendum. Riccardo Magi, chef de file de +Europa et président du comité sur la citoyenneté, a qualifié ces propos de « littéralement honteux ». Il a souligné que le gouvernement ne semblait pas aussi regardant sur le coût des centres de détention pour migrants en Albanie, « bien plus onéreux et entachés de scandales ».

Riccardo Magi a averti qu’il était « dangereux de jouer avec la désillusion du public » et a annoncé qu’il proposerait un amendement à la Constitution visant à supprimer le quorum de participation. Selon lui, le quorum actuel constitue « un obstacle structurel à la participation » et « une profonde vulnérabilité du cadre démocratique italien ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]