En Serbie, l'escalade de la violence

Le président serbe Alexandre Vučić semble décidé à engager la confrontation avec les étudiants et les citoyens qui manifestent pacifiquement depuis neuf mois contre la corruption des autorités.

EURACTIV.com
Anti-government protest in Belgrade
Des manifestants scandent des slogans devant des policiers anti-émeute lors d'une manifestation anti-gouvernementale à Belgrade, en Serbie, le 18 août 2025. [EPA/ANDREJ CUKIC]

Après des mois de manifestations pacifiques, des affrontements éclatent chaque soir depuis plus d’une semaine dans les principales villes de Serbie, alors que le pouvoir semble décidé à s’appuyer sur les plus violents de ses partisans pour briser le mouvement de contestation.

Lundi 18 août au soir, Aleksandar Vučić s’est voulu prophétique. « Nous libérerons le pays de la terreur et du mal », a-t-il martelé en visitant un bureau de son Parti progressiste serbe (SNS) vandalisé par des manifestants quelques heures plus tôt. « Nous allons agir beaucoup plus vite, beaucoup plus fort. Nous ne solliciterons personne de l’extérieur et nous ne demanderons aucune permission », a-t-il ajouté.

Le président serbe semble de fait décidé à engager la confrontation avec les étudiants et les citoyens qui manifestent pacifiquement depuis neuf mois contre la corruption des autorités. Pour la septième soirée consécutive, des affrontements ont ainsi hier opposé les protestataires aux forces de police et de gendarmerie, soutenues par des partisans du régime.

Durant la nuit du 12 au 13 août, des hommes en civil avaient déjà violemment attaqué deux rassemblements citoyens à Vrbas et Bačka Palanka, faisant plusieurs dizaines de blessés. Depuis, les engins pyrotechniques répondent aux gaz lacrymogènes et aux matraques, à Belgrade, mais aussi dans d’autres agglomérations du pays, comme à Valjevo ou Novi Sad.

C’est dans cette ville que la mobilisation avait commencé à l’automne 2024, après l’effondrement du toit tout juste rénové de la gare. L’accident avait fait causer la mort de seize personnes, mais les circonstances du drame n’ont pas fait l’objet d’une enquête sérieuse. Depuis, les étudiants qui ont pris la tête du mouvement réclament l’instauration d’un État de droit fonctionnel et appellent depuis mai à des élections législatives anticipées.

Les gros bras du régime

Alors que les violences se multiplient dans tout le pays, Aleksandar Vučić a pour l’heure écarté l’instauration de l’état d’urgence, mais a souligné le 17 août que les autorités allaient prendre « des décisions surprenantes », sans donner plus de détail. Le président serbe explique depuis des mois que le mouvement de contestation est téléguidé depuis l’étranger, mais sans jamais avoir étayé ses accusations.

Hier, c’est Ana Brnabić, l’ancienne Première ministre désormais présidente du parlement serbe, qui estimait que l’effondrement de la gare de Novi Sad « n’était pas un accident », mais relevait d’une « diversion planifiée », pour marquer le début d’une « révolution de couleur ».

En attendant, manifestants, journalistes ou simples citoyens documentent une intensification sans précédent de la répression. Mardi 19 août au matin, la police serbe a arrêté le député d’opposition Radivoje Jovović, qui participait avec des étudiants au blocage du palais de justice de Novi Sad.

Sur la chaîne de télévision N1, une jeune étudiante de 22 ans expliquait il y a quelques jours avoir été battue par des policiers et des individus masqués dans un garage du palais présidentiel à Belgrade. Le 15 août, c’est un autre député d’opposition, Peđa Mitrović, qui racontait avoir été violemment agressé par sept ou huit « hooligans ».

Des criminels condamnés ont d’ailleurs été identifiés lors de manifestations de soutien au pouvoir, comme Đorđe Prelić dit « Prela ». Ancien chef de l’un des groupes d’ultras les plus puissants du Partizan de Belgrade, ce dernier avait été condamné à dix ans d’emprisonnement pour le meurtre en 2009 du supporter français Brice Taton.

Jovan Kecman, alias « Coja », un hooligan du club de Novi Sad impliqué dans des affaires de trafic de drogue, a aussi été filmé en train de jeter une chaise sur des citoyens rassemblés devant des locaux du SNS.

L’utilisation manifeste par le régime serbe d’auxiliaires issus du milieu ultra, rappelle en tout cas la sombre période du début des années 1990, quand des milices comme les « Tigres » de Željko Ražnatović dit « Arkan » recrutaient des supporters de foot pour commettre des crimes en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, sur ordre du président serbe Slobodan Milošević.

Alexandre Vučić lui-même a été ministre de l’Information de Slobodan Milošević de 1998 jusqu’à la chute du régime le 5 octobre 2000.