INTERVIEW : Le Monténégro ne devrait pas avoir à attendre trop longtemps avant d'adhérer pleinement à l'UE

« Trois ans, c'est très bien » pour la durée des garanties, estime le Monténégro, qui rajoute que Podgorica devrait aussi conserver son droit de veto en matière de politique étrangère

EURACTIV.com
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Le Monténégro ne devrait pas être soumis aux mêmes conditions que les autres pays candidats à l’adhésion à l’UE, a déclaré la ministre monténégrine en charge des affaires européennes Maida Gorčević, lors d’un interview accordé à Euractiv.

Lundi, la Commissaire en charge de l’élargissement de l’UE, Mme Marta Kos, a déclaré que les nouveaux États membres pourraient être soumis à des mesures de probation et à des restrictions sur l’exercice de certaines de leurs compétences en tant qu’États membres, pendant plus d’une décennie après leur adhésion.

Les suggestions de Mme Kos interviennent alors que les dirigeants de l’UE débattent s’il convient d’empêcher les prochains nouveaux États membres d’exercer leur droit de veto sur certains des sujets les plus controversés de l’Union, tels que la politique étrangère par exemple.

« Nous ne sommes pas opposés à une période de transition raisonnable », a déclaré Mme Gorčević, ministre pro-européenne issue du mouvement centriste monténégrin « L’Europe Maintenant » et ministre des Affaires européennes du pays depuis 2023.

Une période de transition de trois ans serait plus souhaitable, a-t-elle suggéré, soulignant que les traités d’adhésion précédents prévoyaient des dispositions d’une durée similaire. Toutefois, la comparaison a ses limites : le traité d’adhésion de la Croatie comprenait des dispositions transitoires dans des domaines politiques spécifiques, mais ne constitue pas un précédent en matière de suspension des droits de vote au Conseil.

« Trois ans, c’est très bien », a déclaré Mme Gorčević, arguant que cela donnerait à un nouveau gouvernement « un mandat » pour montrer qu’il était un « partenaire raisonnable et responsable ».

Une période probatoire de dix ans serait une tout autre affaire, a-t-elle laissé entendre.

Le Monténégro, a-t-elle fait valoir, remplit de manière unique les conditions requises pour adhérer à l’UE, et mérite donc une période de transition plus courte que des pays comme la Moldavie, l’Ukraine ou encore l’Albanie, tous des pays candidats qui souhaitent rejoindre l’Union dès que possible.

Ce caractère unique du Monténégro découle « de la situation dans laquelle nous nous trouvons, des réformes que nous mettons en œuvre, […] de la politique étrangère et de sécurité, de l’OTAN, de notre faible population, etc. », a déclaré Mme Gorčević.

Euractiv s’est entretenu avec Mme Gorčević juste après l’adoption par le Parlement européen de son « tableau de bord » consacré à ce petit pays des Balkans occidentaux.

« Le message principal de ce rapport est clair : le Monténégro reste en tête dans le processus d’élargissement de l’UE », a déclaré mercredi Marjan Šarec, un député européen libéral slovène, en charge de ce rapport au Parlement européen.

Une carte postale pour Belgrade

Le Monténégro a déposé sa candidature à l’adhésion à l’UE en 2008. En avril 2026, les pays de l’UE ont convenu d’entamer la rédaction du traité d’adhésion du Monténégro, le premier processus de ce type depuis l’adhésion de la Croatie, qui définit les conditions dans lesquelles le pays rejoindra l’Union.

« Chaque traité d’adhésion sera différent », a dit Mme Gorčević.

« Je compte sur la compréhension des États membres et de la Commission européenne », a-t-elle ajouté, tout en reconnaissant que le Monténégro disposait de peu de marge de manoeuvre dans ces négociations.

« Nous ne pouvons pas parler de lignes rouges, car notre objectif principal est d’adhérer à l’UE, » a-t-elle également reconnu.

Podgorica a baptisé sa campagne d’adhésion à l’UE « 28 en 28 », un engagement à devenir le 28e membre de l’UE d’ici 2028.

Interrogée sur ce qui se passerait si cet objectif n’était pas atteint en raison du scepticisme français vis-à-vis de l’élargissement aux Balkans occidentaux, de retards techniques ou d’autres obstacles politiques, Mme Gorčević a répondu sans détour.

« C’est notre plan A, et nous n’avons pas de plan B », a-t-elle réagi.

Si l’adhésion se concrétisait, elle ne manquerait pas de faire des vagues dans toute la région.

« Le succès dans les Balkans occidentaux est contagieux », a-t-elle déclaré, en évoquant notamment la Serbie, avec laquelle le Monténégro était engagé dans une union d’États jusqu’en 2006.

« De leur point de vue, cela va [exercer] une pression [sur eux] pour qu’ils se montrent plus pro-européens et qu’ils tiennent leurs engagements », a-t-elle ajouté.

Conserver le droit de veto

Le débat sur les périodes probatoires pour les nouveaux États membres s’inscrit dans le cadre d’une réflexion plus large visant à déterminer si l’UE devrait faire passer plus de décisions sur la politique étrangère d’un vote à l’unanimité à un vote à la majorité qualifiée.

En avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exhorté les États membres à « profiter de la dynamique actuelle » pour évoluer vers le vote à la majorité qualifiée en matière de politique étrangère, suite à la défaite électorale de Viktor Orbán en Hongrie.

M. Orbán avait utilisé à plusieurs reprises le droit de veto de la Hongrie pour bloquer ou retarder les décisions de l’UE, notamment concernant la guerre menée par la Russie en Ukraine. Mme Gorčević a déclaré qu’elle s’opposait à un tel changement.

« Du point de vue des petits pays, passer à un vote à la majorité qualifiée, signifie que les petits pays n’ont plus aucune voix au chapitre », a-t-elle déclaré. « Ils seront toujours mis en minorité par les grands pays. »

« Pour ce genre de questions, […] l’unité est très importante », a-t-elle ajouté.

Mme Gorčević a également rejeté l’idée selon laquelle le maintien de l’unanimité ferait du Monténégro un futur frein aux décisions.

« Cela ne signifie pas que le Monténégro va bloquer quoi que ce soit », a-t-elle déclaré. « Cela signifie simplement que tous les participants sont sur un pied d’égalité autour de la table ».

(bw, cs)