En voyage en Slovénie, Hollande met fin à 30 ans d'absence élyséenne
Après avoir négligé ses investissements dans les nouveaux pays de l'UE, la France semble changer de braquet. Le chef de l’État se rend en Slovénie, autre pays de la zone euro en proie aux turpitudes économiques.
Après avoir négligé ses investissements dans les nouveaux pays de l’UE, la France semble changer de braquet. Le chef de l’État se rend en Slovénie, autre pays de la zone euro en proie aux turpitudes économiques.
La chancelière allemande s’y est rendue en 2007, à l’occasion de l’entrée de la Slovénie dans la zone euro. Elle y est retournée en 2011, pour y rencontrer le premier ministre de l’époque Borut Pahor, aujourd’hui président du pays.
Côté français, il faut fouiller dans les alcôves diplomatiques pour dépoussiérer les souvenirs de la dernière visite d’un chef d’État dans la région. L’événement remonte à 1983, trois ans après la mort de Tito. François Mitterrand est en terre yougoslave et visite une usine Renault à Ljubljana.
Autant dire que le 25 juillet, François Hollande enjambera le temps en mettant fin à 30 ans d’absence élyséenne dans un pays qui porte bien son surnom : « La petite Europe ».
« Après une période vue comme distante, la France se réengage dans la région », estime son entourage. Invité par les autorités slovènes, le chef de l’Etat rencontrera les trois premières figures politiques du pays : le président Borut Pahor, la première ministre socialiste Alenka Bratusek et le président de l’Assemblée nationale Janko Veber.
Place de la Révolution française
Le matin, il prendra part au sommet informel des Balkans occidentaux, qui s’inscrit dans le droit fil du processus du Brdo, visant à favoriser la stabilisation et le règlement des différends entre ces pays.
L’occasion, pour François Hollande, de multiplier les discussions bilatérales avec les dirigeants d’Albanie, de Macédoine, du Monténégro, du Kosovo et de Serbie. Avec ce dernier pays, les négociations d’adhésion à l’UE commenceront début 2014 au plus tard.
« Le président français pourra mesurer combien les choses sont compliquées » dans la région, où les questions de « réconciliation, valeurs et frontières » doivent être traitées « à un haut niveau politique », explique un conseiller du président slovène. « En invitant le président français, nous espérons susciter l’intérêt des grands Etats européens. »
S’ils ne sont pas le terrain de jeu naturel de la France, les Balkans restent une zone d’influence pour Berlin. Ses chambres de commerce sont présentes un peu partout (Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Slovénie, Croatie…) quand la France dispose seulement d’une structure consulaire de ce type en Serbie. En Slovénie, les investissements allemands ont surtout profité à l’industrie automobile ou pharmaceutique, et près de 20% des exportations du pays sont envoyées outre-Rhin.
La France, de son côté, existe historiquement dans la capitale slovène, qui arbore une colonne en l’honneur de Napoléon, dressée sur la place de la Révolution française… Une référence à celui qui reste perçu comme le libérateur du joug de l’Empire austro-hongrois, créateur des Provinces illyriennes et architecte de la reconnaissance de la langue slovène.
Question économie, l’étoile tricolore pâlit. « La France n’est pas présente au niveau de son potentiel », reconnaît-on à l’Elysée, où l’on invoque une « logique de réinvestissement ». Parmi les secteurs convoités : les transports urbains, le traitement des eaux, les infrastructures routières… Des projets pour une zone aujourd’hui jugée « stratégique », mais non moins tributaire de la crise.
Souveraineté
Bonne élève de la zone euro avant la crise financière, la Slovénie traverse une période de fortes turbulences. Le gouvernement prévoit 2,4% de récession cette année et la rumeur enfle sur un plan européen de sauvetage des banques. En grande partie publics, les établissements slovènes sont criblés de créances douteuses.
Le pays a un problème « d’assainissement des bilans bancaires », reconnaît-on à l’Elysée, mais ses « déséquilibres structurels sont moins profonds » qu’au Portugal, et ils n’ont « rien à voir » avec Chypre.
« De nombreuses sociétés sont surendettées, ce qui entraîne encore un accroissement du nombre de prêts improductifs. Fin 2012, 23,7 % des prêts aux entreprises accusaient des retards de remboursement de 90 jours ou plus », notait la Commission européenne dans ses recommandations publiées fin mai.
Agrippé à sa souveraineté, le gouvernement slovène se refuse à recourir à l’aide européenne, synonyme de mise sous tutelle par la Troïka (UE, FMI et BCE). « Nous voulons réparer les dégâts nous-mêmes », a annoncé en substance le ministre des Finances slovène Uroš ?ufer, lors de son audition au début du mois par les députés européens de la commission des Affaires économiques.
Le secteur bancaire n’est pas le seul domaine où le pays doit encore faire ses preuves. Ulcérés par la corruption qui gangrène la vie politique, les citoyens ont multiplié les manifestations depuis fin 2012, dans des villes comme Maribor et Ljubljana.
Depuis plusieurs semaines, le pays est privé de fonds régionaux européens : après de lourds soupçons de fraudes, comme l’octroi de 3 millions d’euros à un cours de golf qui n’a jamais été construit, la Commission a décidé de sévir en interrompant ses versements.