Encore des touristes européens en Iran, malgré les mises en garde énergiques

Malgré les avertissements répétés, des touristes occidentaux continuent de visiter la République islamique, semblant faire fi des risques pesant sur les Européens séjournant dans un pays qui pratique « la diplomatie d’otages ».

EURACTIV France avec AFP
Questions To The French Government At The National Assembly
Des photos de Cécile Kohler et Jacques Paris, deux citoyens français détenus en Iran, affichées devant le Palais Bourbon, à Paris, le 30 avril 2025. [Getty Images/Telmo Pinto_NurPhoto ]

Malgré les avertissements répétés de ne pas se rendre en Iran, des touristes occidentaux continuent de visiter la République islamique à l’instar d’un jeune franco-allemand qui a disparu, semblant faire fi des risques pesant sur les Européens séjournant dans un pays qui pratique « la diplomatie d’otages ».

Leur nombre précis reste inconnu, souligne le ministère français des Affaires étrangères, qui a confirmé la « disparition inquiétante » de Lennart Monterlos, un franco-allemand de 18 ans, qui avait entrepris un voyage à vélo devant l’amener de l’Europe à l’Asie en passant par l’Iran.

Alors que Téhéran détiendrait au moins une vingtaine d’Européens et en a arrêté d’autres tout récemment, les accusant d’espionnage pour le compte d’Israël, Laurent Saint Martin, ministre chargé des Français à l’étranger, a souligné lundi 7 juillet sur RTL que cette disparition était « inquiétante parce que l’Iran a une politique délibérée de prise d’otages des Occidentaux », « une politique assumée ».

Il n’était toutefois pas en mesure de dire si le jeune avait été arrêté.

Quelque 1 000 ressortissants français dont 90 % de binationaux sont recensés sur les registres consulaires pour les résidents ou sur le fil d’Ariane service du Quai d’Orsay pour ceux qui voyagent. Mais en l’absence d’obligation de s’y enregistrer, leur nombre est potentiellement plus important.

Aymeric, 25 ans, qui a « des liens affectifs avec l’Iran », un de ses meilleurs amis étant d’origine iranienne, raconte avoir passé près d’un mois en Iran en décembre 2023 dans le cadre d’un voyage à vélo.

« Je n’étais pas inquiet même si je savais qu’il y avait des Français détenus » en Iran, témoigne le jeune homme qui souhaite garder l’anonymat.

Il connaissait les mises en garde du Quai d’Orsay mais il pensait alors prendre les précautions nécessaires, comme faire « un usage très restreint » de son téléphone ou de sa caméra, ne pas s’exposer sur les réseaux sociaux, ne pas évoquer la situation politique ni avoir de relation amicale avec une femme.

Hospitalité versus arbitraire

« J’ai jugé à l’époque que la situation était acceptable, ou que j’acceptais de prendre le risque », dit-il tout en reconnaissant que « c’est très naïf de penser qu’on est bien renseigné sur le pays qu’on visite ». « Dans les faits, on ne dépend pas que de son propre comportement », admet-il après coup.

Aujourd’hui, il ne le referait pas.

L’écrivain François-Henri Désérable, auteur de « L’usure d’un monde : une traversée en Iran » (Gallimard, 2024), s’était lui-même rendu dans ce pays fin 2022, au plus fort de la répression contre les manifestations qui suivirent la mort de Mahsa Amini.

Il y restera 40 jours avant d’être arrêté par les Gardiens de la révolution, sommé de quitter le territoire.

« Ma démarche n’était pas du tout touristique », insiste-t-il d’emblée. « J’y allais pour témoigner de ce qui se passait là-bas. »

« Je trouve inconsidéré de prendre des risques si c’est simplement pour aller faire des selfies dans les ruines de Persepolis et négocier des tapis au bazar de Shiraz », dit-il, soulignant le « vrai risque d’arrestation et de détention arbitraire ».

« Et ce n’est pas rendre service aux Iraniens que de se faire prendre comme otage parce qu’ensuite, le régime peut obtenir des concessions en échange de la libération des otages », analyse-t-il.

Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde, assure que le spécialiste français du voyage sur mesure « n’envoie plus du tout depuis plusieurs mois, voire plusieurs années » de clients en Iran.

La page consacrée à ce pays « est à des fins purement commerciales » et cela permet de « réorienter » des clients qui voudraient s’y rendre, explique-t-il, estimant qu’il est « complètement irresponsable pour un touriste de se rendre en Iran aujourd’hui et pour un voyagiste de proposer des séjours » dans ce pays.

Selon lui, plus de 90 % des touristes y séjournent à titre individuel. « Ces gens sont généralement autonomes et incontrôlables », estime-t-il.

Pour François-Henri Désérable, le grand paradoxe vient du fait que sur le papier, c’est une destination sûre : « Il y a très peu de risques d’être assassiné ou d’être agressé physiquement par la population iranienne ».

« L’hospitalité est exceptionnelle, il y a toujours quelqu’un pour prendre soin de vous », abonde Aymeric, ce qui vient nourrir « une espèce d’inconscience généralisée face à cette impression qu’on ne craint rien ».