Energie : la France campe sur le nucléaire, l’UE voit plus loin

La Commission européenne doit faire des propositions sur les orientations énergétiques de l’UE d’ici 15 jours. En France, le gouvernement prépare son plan pluriannuel d’investissement.

EURACTIV.fr
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La Commission européenne doit faire des propositions sur les orientations énergétiques de l’UE d’ici 15 jours. En France, le gouvernement prépare son plan pluriannuel d’investissement.

Les orientations des politiques énergétiques, en France et en Europe, occupent l’espace politique et médiatique depuis la catastrophe de Fukushima au Japon en mars.

D’ici 15 jours, l’Union européenne devrait présenter ses scénarios pour 2050.

Lors des rencontres parlementaires sur l’énergie à Paris, mercredi 30 novembre, le directeur général à l’Energie de la Commission européenne Philippe Lowe a fait part de quelques réflexions, qui ont inspiré le document à paraître.

30 à 40% d’efficacité énergétique

Selon le directeur général, l’UE n’atteindra pas ses objectifs de réduction de 80% d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, si un « effort de diminution de 30 à 40% » de l’usage de l’énergie n’est pas opérée ». L’efficacité énergétique et les réductions des émissions de CO2 devront donc être au cœur des choix des Européens.

Pour les renouvelables, les objectifs de 20% en 2020 seront tenus en Europe, grâce à des pays comme l’Allemagne, qui ont été plus loin que prévu. Mais le développement de ces énergies est loin d’être une évidence en Europe. Il « reste beaucoup d’incertitudes sur la viabilité de certaines technologies renouvelables », a indiqué M. Lowe. « Nous ne pouvons pas éternellement les subventionner (…). D’ici à 2020 nous allons pouvoir identifier celles qui marchent et celles qu’il faut laisser tomber. »

Le développement des infrastructures fait également partie des actions-clé en marge des décisions sur la production énergétique. Dans sa stratégie présentée en octobre, la Commission a estimé les investissements nécessaires à 200 milliards d’euros sur 10 ans (gaz et électricité). La mise en place d’une réglementation pour lever les barrières à la fourniture d’énergie entre les différents réseaux nationaux (codes de réseaux) doit aussi être mise en place.

Le poids du financement

« Même avec le nucléaire, nous allons avoir une bonne composante d’énergie renouvelables dans nos systèmes, donc il faut préparer les réseaux pour qu’ils fonctionnent. Et, pour une fois, la solution européenne est probablement la moins coûteuse », a ajouté Philippe Lowe.

« Tout le monde parle de besoin d’investissement mais pourquoi on les fait et comment on les finance? », s’est cependant insurgé le député Jean Gaubert. Selon lui, la libéralisation de l’énergie en Europe a entrainé la création « d’une toile d’arraignée » de réseaux que le consommateur, qui a déjà du mal à régler sa facture, va encore devoir payer cher. 

Le choix de la répartition du bouquet énergétique est une décision nationale. Le commissaire européen s’est donc bien gardé de prendre position sur la place du nucléaire qui anime le débat politique français. « Nous avons besoin de toutes les sources d’énergie en Europe car nous serons exposés à la pénurie à terme », a-t-il prudemment déclaré.

Avant de souligner que le financement de la modernisation du nucléaire aujourd’hui était un « débat colossal »…

Electricité et nucléaire

En marge de l’UE, le gouvernement français doit présenter un rapport dédié à la programmation pluriannuelle sur les investissements énergétiques (PPI) d’ici la fin de l’année 2012.

L’électricité, d’origine nucléaire, reste clairement la priorité. Le président de la République a plaidé la cause du secteur, lors de son discours à Tricastin vendredi 25 novembre. Et même si le ministre de l’Energie Eric Besson indique encore réfléchir à toutes types de scénarios, le discours des services de l’État est clair.

« En France, si la sûreté le permet, la priorité sera de prolonger le parc de 30 à 40 ans. C’est la solution qui nécessite le moins d’investissement », a déclaré le directeur de l’Energie au ministère de l’Ecologie, Pierre-Marie Abadie. Aucun opposant à cette technologie n’était présent autour de la table. La question du financement n’a pas été abordée. Et le gaz a largement été mis de côté.

Sélection des renouvelables

Le représentant du ministère a également insisté sur la réalisation du « marché de capacité », prévu par la loi Nome. 

Dans le même sens que la Commission européenne, Pierre-Marie Abadie a par ailleurs estimé que les énergies renouvelables n’étaient pas toutes économiquement mûres pour être développées. Il a notamment évoqué le solaire photovoltaïque « 5 à 10 fois plus cher » que le mégawatt d’origine nucléaire.

Une vision partagée par le directeur de la stratégie et de la prospective d’EDF, Jean-Paul Bouttes. D’ici à 2030, l’éolien offshore, le photovoltaïque, le solaire à concentration et la capture et stockage de CO2 ne seront pas économiquement viables, a-t-il expliqué. Jusqu’à cette date, « il faut prolonger les centrales existantes et investir dans la R&D ».