Entre Est et Ouest, le cœur de l’Ukraine balance au forum de Yalta
Les dirigeants réunis pour le forum YES (Yalta European Strategy) le week-end dernier ont affirmé que l’Ukraine était à un tournant de son histoire et devait faire un choix stratégique entre l’intégration européenne et l’influence économique et politique russe.
Les dirigeants réunis pour le forum YES (Yalta European Strategy) le week-end dernier ont affirmé que l’Ukraine était à un tournant de son histoire et devait faire un choix stratégique entre l’intégration européenne et l’influence économique et politique russe.
La neuvième édition du forum YES en Ukraine a été marquée par des avis opposés sur la condamnation de l'ancienne première ministre, Ioulia Timochenko, ainsi que sur la voie géostratégique que devrait emprunter le pays.
Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a tenté de minimiser l'impact de l'affaire Timochenko et a affirmé que les élections législatives démontreraient l'engagement de l'Ukraine envers la démocratie. L'accord d'association et l'accord de libre-échange approfondi et complet (ALE approfondi et complet) avec l'UE, mis en suspend depuis plusieurs mois (voir « Contexte »), devrait être signé peu après les élections du 28 octobre, a annoncé M. Ianoukovitch.
« Nous progressons activement vers la signature de l'accord d'association avec l'Union européenne », a déclaré M. Ianoukovitch lors du rassemblement du 14 septembre. « Pour l'instant, nos partenaires européens ont d'autres questions à poser à l'Ukraine, mais je suis persuadé qu'à l'issue des prochaines élections législatives, toutes les craintes seront dissipées et l'Ukraine pourra finaliser son association avec l'UE », a-t-il ajouté, cité dans le Moscow Times.
Kairat Kelimbetov, le vice-premier ministre du Kazakhstan, a quant à lui plaidé en faveur de l'intégration de l'Ukraine à l'union douanière créée par la Russie, son pays et la Biélorussie. L'UE a quant à elle fait savoir à l'Ukraine que sa participation à l'union douanière serait incompatible avec l'ALE approfondi et complet.
« Je ne pense pas que l'Ukraine soit une priorité pour l'Union européenne. Mais c'est une priorité pour l'union douanière », a déclaré M. Kelimbetov, ajoutant que ce projet bénéficierait à l'industrie et aux activités commerciales ukrainiennes.
C'est le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui s'est exprimé au nom de l'UE lors de la conférence du 14 et 15 septembre dernier par le biais d'une vidéo.
« L'Union européenne reste fermement engagée envers l'intégration de l'Ukraine », a-t-il déclaré, ajoutant que c'était la raison pour laquelle la Commission avait proposé au pays une association politique et une intégration économique via la signature d'un ambitieux ALE approfondi et complet.
M. Barroso a mentionné les obstacles à la signature de ce contrat, notamment la polarisation de la scène politique, puis a fait part de ce qui semble être le principal message de l'UE pour le moment : il faudra que les prochaines élections soient justes et libres et que tous les candidats aient accès à une couverture médiatique.
Une relation différente ?
S'exprimant au nom des autorités ukrainiennes, le premier vice-premier ministre, Valery Khoroshkovsky, a déclaré qu'au lieu d'une participation totale, l'Ukraine pourrait entretenir une relation différente avec l'union douanière Russie-Kazakhstan-Biélorussie, a rapporté le site Internet Ukrainian News.
M. Khoroshkovsky a reconnu qu'il était nécessaire de coordonner les positions de l'Ukraine avec l'union douanière, ajoutant que les propositions du pays portant sur une coopération de style « 3+1 » visaient à éviter les conflits.
La presse ukrainienne a fait savoir que pour la Russie, les propositions de Kiev demeuraient inacceptables.
L'affaire Timochenko s'est également retrouvée au cœur des débats. De nombreux leaders de l'opposition étaient présents lors de ce forum et ils n'ont pas hésité à se faire entendre.
Le Kyiv Post a rapporté que les représentants du gouvernement avaient affirmé que la condamnation de Mme Timochenko était légitime et démontrait que le droit était enfin appliqué dans le pays. L'opposition a quant à elle insisté sur le fait que la présomption d'innocence et de nombreuses autres normes internationales avaient été violées dans cette affaire.
Rinat Kouzmine, le procureur général adjoint en charge de l'affaire Timochenko, a réitéré les propos qu'il avait déjà tenus quant à l'inculpation de Mme Timochenko pour de nouveaux chefs d'accusation, dont le meurtre. Il a ajouté qu'une équipe de procureurs ukrainiens devaient encore se rendre aux États unis pour interroger des témoins clés, notamment l'ancien premier ministre Pavlo Lazarenko, l'ancien mentor de Mme Timochenko, qui purge actuellement une peine de prison en Californie pour blanchiment d'argent.
Lors d'un discours fort en émotion, le proche allié de Mme Timochenko et ancien vice-premier ministre Grigori Nemyria, a expliqué pourquoi il estimait que cette affaire était politique : « De nombreux fonctionnaires, y compris le président, ont annoncé que Mme Timochenko était coupable avant même que le procès ne soit terminé. C'est la raison pour laquelle, à mon sens, il s'agit d'un procès politique. »
Le ministre des affaires étrangères, Kostyantyn Hryshchenko, et Inna Bohoslovska du Parti des régions ont défendu la gestion par les autorités de l'affaire qui a vu l'ancienne première ministre accusée d'abus de pouvoir suite à la conclusion d'un accord gazier avec la Russie en 2009 conformément auquel le pays paye des prix exorbitants pour ses importations de gaz.
Le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, a rétorqué qu'en Suède ou dans tout autre pays européen, la signature d'un tel accord n'aurait jamais mené à des poursuites pénales.