La sécheresse met à mal le secteur de l'élevage dans toute l'UE

Les agriculteurs ont du mal à nourrir leurs troupeaux

/ EURACTIV.com
[Getty Images/ Sophie Debove]

La sécheresse qui sévit en Europe oblige les éleveurs à puiser dans leurs réserves de fourrage d’hiver plusieurs mois plus tôt que prévu, alors que les pâturages asséchés et les cultures endommagées réduisent les approvisionnements en fourrage.

Cet été a été marqué par des feux de forêt et une canicule, avec environ 38 % du territoire de l’UE touché par la sécheresse, selon les données officielles, dont 14,8 % des terres cultivées et 14,5 % des forêts.

La sécheresse a des répercussions sur l’ensemble de l’agriculture européenne, touchant aussi bien la production d’huile d’olive et de vin que les principales cultures fourragères telles que le maïs et le tournesol. La France, l’un des plus grands producteurs de maïs de l’Union, s’achemine vers sa plus faible récolte depuis 1980.

Pour les éleveurs, le problème immédiat est celui de l’alimentation animale. L’assèchement des prairies a réduit les possibilités de pâturage dans certaines régions d’Europe occidentale et centrale, tandis que les mauvaises récoltes rendent les approvisionnements alternatifs plus rares et plus coûteux.

Les agriculteurs et les gouvernements réagissent de différentes manières : en puisant prématurément dans les stocks d’aliments d’hiver, en réduisant la taille des troupeaux, en recherchant des aliments de substitution et, dans certains cas, en assouplissant les règles agricoles.

La France puise dans ses réserves

En France, le syndicat agricole écologiste Confédération paysanne a alerté sur des pertes de stocks fourragers comprises entre 30 % et 60 %, selon les régions.

Le syndicat a indiqué que l’accès restreint aux pâturages, en particulier dans les régions touchées par des incendies ou menacées, rend difficile l’approvisionnement en fourrage.

En conséquence, les agriculteurs utilisent les stocks de fourrage normalement réservés à l’automne et à l’hiver, a indiqué à Euractiv Yohann Barbe, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).

« Si la situation perdure, nous risquons de manquer de stocks », a-t-il déclaré, ajoutant que les agriculteurs attendent désormais la récolte de betteraves sucrières, dont la pulpe pourra alors servir d’aliment pour le bétail.

Le manque de pâturages affecte également la production. Une grande partie de la production laitière estivale française dépendant du pâturage, l’assèchement des prairies a contribué à une baisse de 3 % à 4 % de la production laitière, a indiqué Barbe.

Les éleveurs de bovins de boucherie, anticipant des pénuries d’aliments pour animaux, réduisent leurs troupeaux et envoient davantage d’animaux à l’abattoir. Cette offre supplémentaire accentue la baisse des prix de la viande qui avait déjà commencé avant l’été.

En Espagne, les agriculteurs sont également confrontés à des pâturages plus secs et à la hausse des coûts des aliments pour animaux.

« En mai, nous enregistrions déjà des températures comprises entre 32 et 35 °C », a déclaré Juan Luis Delgado, du syndicat agricole ASAJA.

Bien que les précipitations hivernales aient été relativement abondantes, la chaleur précoce a provoqué l’assèchement des pâturages et réduit la disponibilité en eau.

Delgado a également souligné les mauvaises récoltes de céréales et de paille en Espagne et ailleurs, qui ont fait grimper les coûts des aliments pour animaux. Il a ajouté que les restrictions à l’exportation liées aux maladies animales exercent une pression supplémentaire sur les prix.

« Nous sortions d’une bonne année grâce à l’ouverture des marchés. Pour la première fois ou presque, c’était rentable », a-t-il déclaré.

Se préparer à la prochaine sécheresse

En Bavière, en Allemagne, les autorités ont assoupli les règles applicables aux exploitations biologiques, leur permettant d’acheter des aliments pour animaux conventionnels en raison de circonstances « catastrophiques », une possibilité prévue par la législation européenne.

L’Irlande évalue actuellement la situation avant de décider si des mesures supplémentaires sont nécessaires. Face aux inquiétudes croissantes concernant l’approvisionnement en fourrage pour l’hiver, le gouvernement a demandé aux agriculteurs de calculer leurs besoins.

Le ministre de l’Agriculture, Martin Heydon, a déclaré mercredi que les prochaines mesures dépendraient des résultats de l’enquête qui seront connus dans le courant du mois.

Pour le groupe de réflexion Farm Europe, basé à Bruxelles, la priorité est de se préparer à la récurrence des sécheresses et des étés difficiles.

« Nous avons besoin à la fois d’un plan d’urgence et d’un plan d’investissement pour empêcher l’agriculture européenne de prendre du retard et pour renforcer sa résilience », a déclaré le secrétaire général Luc Vernet à Euractiv.

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