Europe – Etats-Unis : le temps de la réconciliation ?

Lors de sa récente venue en Europe, le secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld a tenu des propos conciliants à ses hôtes – les piques adressées à la « vieille Europe » ne semblant plus être de mise en ce début d'année 2005. Mais tous les nuages ont-ils pour autant disparu au-dessus de l’Atlantique ?

Lors de sa récente venue en Europe, le secrétaire américain à la
défense Donald Rumsfeld a tenu des propos conciliants à ses hôtes –
les piques adressées à la « vieille Europe » ne semblant
plus être de mise en ce début d’année 2005. Mais tous les nuages
ont-ils pour autant disparu au-dessus de l’Atlantique ?

Les déclarations effectuées par Donald Rumsfeld
en 2003 visaient à enfoncer un coin au coeur même du
projet politique européen, en remettant en cause la prééminence de
l’axe franco-allemand. 

La phrase de Rumsfeld opposait
la « vieille Europe » emmenée par Paris et Berlin
(hostile à l’intervention militaire en Irak, et désireuse
d’ériger l’UE en contrepoids à la puissance militaire américaine) à
une « Europe nouvelle », atlantiste, prompte à reconnaître le
rôle des Etats-Unis en tant que gardiens de la démocratie, et
donc prête à se joindre à la « coalition volontaire » formée
pour renverser Saddam Hussein. Le secrétaire américain à la
défense soulignait également qu’en Europe, le centre de
gravité de l’OTAN tendait à « se déplacer vers
l’est ». 

Ces deux dernières années ont été marquées, de part et
d’autre de l’Atlantique, par des échanges souvent acrimonieux
au sujet de l’évolution de l’ordre international, certains
spécialistes annonçant la dissolution de l’ancien système
d’alliances occidental fondé sur l’OTAN  (« L’OTAN n’est
plus l’enceinte privilégiée où les partenaires transatlantiques
discutent et coordonnent leurs stratégies », a notamment déclaré le
chancelier Schröder lors de l’édition 2005 de la conférence de
Munich) et l’émergence d’un ordre nouveau dans lequel
Européens et Américains – pour reprendre les termes
de Robert Kagan – « s’entendent sur peu de choses et se
comprennent de moins en moins ». 

Au sein même de l’UE, la distinction entre « vieille » et
« nouvelle » Europe a froissé bien des susceptibilités
et provoqué un torrent de réactions. Des évolutions
intéressantes se sont produites depuis 2003, les pays les plus en
pointe dans l’opposition au conflit irakien ayant notamment
cherché à restaurer des relations de confiance avec
Washington, tandis que les nouveaux entrants dans l’Union
ont avant tout souhaité aplanir leurs différends avec
certaines capitales de la « vieille Europe » – notamment Paris – et
jouer la carte de l’unité européenne. 

La pique lancée par Donald Rumsfeld visait avant tout à élargir
la fracture entre les membres européens de la « coalition
volontaire » et les pays ayant refusé de se ranger derrière
la bannière de Washington. Deux ans après, il semble que
la manoeuvre ait échoué, la décision prise
par plusieurs pays de la « nouvelle Europe » (en l’occurence la
Hongrie, la Pologne et la République tchèque) de mettre fin à la
présence de leurs troupes en Irak étant venue apporter un
démenti cinglant à la vision développée par le secrétaire à la
défense américain. 

Les Etats-Unis ont également subi quelques déconvenues du côté
de la Turquie, dont Washington aurait souhaité
faire un membre-pivot de la coalition mise sur pied
pour attaquer l’Irak de Sadddam
Hussein. Mais le refus du gouvernement
turc d’accéder aux demandes américaines est venu remettre
en cause la stratégie de l’administration Bush à l’égard
d’Ankara, longtemps considérée comme une alliée fiable et comme une
candidate idéale à l’entrée dans l’Union européenne. La
confusion des responsables américains au sujet de la
Turquie trouve un écho dans cet éditorial
du Washington Post, qui semble éprouver quelque
peine à définir la place d’Ankara dans la
vision géostratégique développée par Donald
Rumsfeld  : « Politiquement, la Turquie n’appartient
pas à la nouvelle Europe : elle s’est opposée à la
guerre et a refusé de laisser des troupes américaines transiter
sur son territoire.  Mais alors qu’elle vient
seulement de se voir attribuer le statut de pays-candidat à
l’entrée dans l’Union (cette issue ne devant pas intervenir avant
10 ou 15 ans), il est difficile de la considérer comme faisant
partie de la vieille Europe. Le terme de
néo-Europe apparaît plus approprié (« néo » signifie certes
nouveau, mais la connotation est ici différente) ».

Même si l’heure est aujourd’hui à l’apaisement, des
tensions demeurent entre l’Europe et les Etats-Unis. Outre l’Irak,
les désaccords portent sur le dossier du programme
nucléaire iranien, sur le conflit au Proche-Orient, la Cour
pénale internationale, le Protocole de Kyoto, et l’embargo sur
les ventes d’armes à destination de la Chine. Comme l’écrivait
le Financial Times au sujet de « l’offensive de
charme » lancée par la deuxième administration Bush, « les
fractures ne seront pas réduites par de simples mots
gentils. Il existe de réelles différences de substance et de
stratégie entre l’Europe et les Etats-Unis […]. [Ces
différences] doivent faire l’objet de discussions, et, si possible,
être effacées. »