La « force de réaction aux crises » de l'UE intensifie ses entrainements
L'Union européenne (UE) continue de former les soldats de sa « force de réaction aux crises », pour de possibles interventions au-delà des frontières européennes, mais tout action de ce contingent demandra un consensus politique difficile à trouver.
BASE AÉRIENNE DE PÁPA, Hongrie – L’Union européenne (UE) continue de former les soldats de sa « force de réaction aux crises », pour de possibles interventions au-delà des frontières européennes, mais tout action de ce contingent demandra un consensus politique difficile à trouver.
Seglia, un pays fictif situé sur un continent ressemblant à l’Afrique, est en proie à des troubles, alors qu’un coup d’État touche l’État voisin. L’instabilité menace de s’étendre, ce qui pousse les dirigeants du Seglia a demander l’aide militaire de l’UE.
Ce scénario est l’un de ceux programmés pour l’exercice militaire de gestion de crise de l’UE (MILEX25), qui se déroule pendant une semaine sur la base aérienne de Pápa, dans les plaines du centre de la Hongrie.

L’opération a pour but de tester la toute nouvelle capacité de déploiement rapide (CDR) de l’UE, qui doit théoriquement atteindre 5000 hommes et qui a été mise en place en mars 2022, dans le cadre du Compas stratégique de l’UE, la première stratégie militaire de l’Union.
Deux exercices ont déjà eu lieu en Espagne (Rota) et en Allemagne (Bergen) ces deux dernières années, mais les responsables militaires européens soulignent que ce troisième exercice est le plus concret.
La force de l’UE attend cependant toujours sa première véritable mission.
Depuis la création de cette dernière, il a beaucoup été dit que les États de l’Union ne seraient collectivement jamais prêts à déployer cette force sur le terrain, mais certains responsables militaires de l’UE ont récemment déclaré à Euractiv qu’une fenêtre d’opportunité pourrait s’ouvrir.
« Si les choses tournent mal »
« On se concentre beaucoup sur l’Est et sur la Russie, mais il y a de menaces partout », explique pour Euractiv le lieutenant-général Michiel van der Laan, directeur général de l’État-major de l’Union européenne (DGEUMS), dans une tente en marge de l’exercice.
Selon le militaire, la force européenne pourrait ainsi être amenée à maintenir ouvertes des voies maritimes en mer Rouge, à réagir à des coups d’État en Afrique ou à des violences dans les Balkans occidentaux.
« Pour les missions ou délégations de l’UE à l’étranger, ce serait une bonne assurance de savoir que si les choses tournent mal, des troupes européennes pourront venir les aider », continue Michel van der Laan, qui prend l’exemple du retrait américain d’Afghanistan.
Les Européens et les alliés occidentaux s’étaient à cette occasion précipités pour envoyer des avions militaires, essayant d’évacuer leurs citoyens et certains Afghans menacés par les talibans qui avançaient vers Kaboul.
« Les Européens ont constaté qu’au niveau communautaire, même s’ils voulaient agir, ils n’auraient rien à utiliser, comme en Afghanistan il y a quelques années, ou dans des situations qui sont intervenues au Soudan et au Niger », continue Michel van der Laan.
Des lacunes subsistent
Les fonctionnaires et diplomates de l’UE se demandent depuis longtemps en privé, si cette force en construction sera un jour capable de faire une différence significative sur le terrain, ou si elle pourrait un jour être réellement déployée à temps.
« Seulement si les 27 États membres – et c’est la partie difficile – acceptent de la déployer », a note encore Michel Van der Laan, qui souligne cependant l’« énorme différence » qui existait dans la volonté de déployer une force militaire européenne il y quinze ans et aujourd’hui.
Sur le plan opérationnel, cependant, des lacunes subsistent.

Lors de l’exercice de cette année, il s’est écoulé 40 jours entre la demande d’intervention et l’état de préparation au déploiement.
« Ce n’est pas seulement un délai relativement long, c’est ridicule. C’est pourquoi il est bon d’organiser ce type d’exercices », continue Michel van der Laan, ajoutant qu’il fallait engager un débat plus large sur la mobilité militaire et le mouvement des forces à travers l’Union européenne.
Il a ajouté qu’il était nécessaire de réduire la bureaucratie liée à la circulation des marchandises dangereuses et d’améliorer les infrastructures européennes.
La taille de la force a également suscité des interrogations dans le passé, certains experts militaires se demandant si elle serait suffisante en cas d’instabilité grave, comme lors du retrait d’Afghanistan.
Interrogé sur la nécessité éventuelle d’ajuster le nombre de soldats, Michel van der Laan a déclaré qu’il souhaitait « se débarrasser de l’objectif initial de 5000 hommes ».
« Si l’on a besoin de plus de 5000 hommes, ma recommandation sera de déployer plus de 5000 hommes », souligne-t-il.
Prochaine étape : l’Ukraine ?
Pas tout à fait.
Sous la pression du président américain Donald Trump, qui cherche à mettre rapidement fin à la guerre de la Russie en Ukraine, les Européens se sont empressés d’étudier les options d’une éventuelle « force de réassurance » qui pourrait être déployée une fois qu’un accord de cessez-le-feu aura été conclu – ce qui pourrait impliquer des « bottes européennes sur le terrain ».
« S’il y a un cessez-le-feu – demain, la semaine prochaine, le mois prochain, dans un an, espérons-le bientôt – il y aura de multiples options basées sur l’accord qui sera mis en place », continue Michel van der Laan.
Toutefois, à l’instar de la plupart des responsables militaires européens, il a averti qu’il était peu probable que la force de réaction à la crise de l’UE joue un rôle central dans le scénario de cessez-le-feu en Ukraine, ajoutant que le mode d’engagement le plus réaliste pour les Européens serait ceux qui sont actuellement en cours de discussion.
« Je pourrais imaginer que la capacité de déploiement rapide soit une option à un moment donné, mais s’il y a déjà une ‘coalition de volontaires’, c’est moins probable », souligne-t-il.
« Mais je n’exclurais pas que l’UE participe en Ukraine au niveau du renforcement des capacités », a-t-il ajouté, précisant qu’il pourrait s’agir d’aider Kyiv à établir de meilleures zones d’entraînement, d’envoyer des conseillers militaires ou de dispenser un enseignement dans les académies militaires.