Friedrich Merz défend sa décision de stopper certaines livraisons d'armes à Israël malgré la fronde dans son camp

Le 8 août, le chancelier allemand a annoncé un embargo sur certaines exportations d’armes vers Israël. Une décision qui a déclenché une vive polémique au sein même de son parti, la CDU, ainsi qu’au sein de son allié bavarois, la CSU.

EURACTIV.com
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2223902653 [Michael Kappeler/picture alliance via Getty Images]

Le chancelier allemand a annoncé vendredi 8 août un embargo sur certaines exportations d’armes vers Israël, ciblant les équipements susceptibles d’être utilisés dans les bombardements de Gaza. Sa décision a déclenché une vive polémique au sein même de son parti, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), ainsi que chez son allié bavarois, l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU).

Pour la première fois depuis le 7 octobre 2023 et l’enlisement du conflit entre la Palestine et Israël, l’Allemagne impose une mesure assimilable à une sanction contre Tel-Aviv.

Si ce tournant marque une nouvelle ère dans les relations du Berlin avec l’État hébreu, cette approche s’est avérée impopulaire au sein du parti du chancelier, la CDU, et de son parti frère bavarois, la CSU. Certains l’accusent d’abandonner Israël, tandis que d’autres fustigent le fait de ne pas avoir été consultés au préalable.

« La CSU n’a pas été impliquée dans la décision ; nous la considérons comme discutable », a déclaré Alexander Hoffmann, président du groupe parlementaire de la CSU, au quotidien allemand BILD.

D’autres députés se sont exprimés sur les réseaux sociaux et à la télévision pour exprimer leur mécontentement.

Roderick Kiesewetter, responsable des questions de politique étrangère au Bundestag, a évoqué une « grave erreur politique et stratégique », accusant Friedrich Merz de rompre « une amitié et une confiance de longue date », en référence au Staatsräson affirmé par Angela Merkel à la fin des années 2000 et qui a fait de la protection du pays un intérêt national majeur. Selon lui, cette décision ne permettra pas de libérer les otages encore détenus.

Matthias Hauer, secrétaire d’État à la Recherche, considère cette mesure comme un « signal désastreux », tandis que le député Carsten Müller affirme « condamner fermement » l’initiative.

Face à la fronde interne, Friedrich Merz a chargé son chef de cabinet, Thorsten Frei, d’apaiser les tensions. Dans un entretien accordé à l’agence de presse allemande dpa, ce dernier a assuré que « les principes fondamentaux de la politique allemande à l’égard d’Israël restent inchangés ».

Le bureau du chancelier a également diffusé un document interne de trois pages, révélé par le quotidien national Welt, détaillant les motivations de l’embargo. L’un des arguments – éviter « des conflits sociaux en Allemagne et en Europe » – a toutefois provoqué un énième tollé.

« Nous ne devons pas permettre que les décisions de politique étrangère soient influencées par la foule antisémite dans nos rues », a réagi Dennis Radtke, un eurodéputé qui dirige l’aile ouvrière du parti.

Une réunion d’urgence entre les experts en affaires étrangères du parti et le conseiller diplomatique de Friedrich Merz, Günter Sautter, a été programmée pour tenter de contenir la contestation.

Sur la chaîne publique ARD, Friedrich Merz a tenu à clarifier sa position.

« Les principes de la politique allemande à l’égard d’Israël restent inchangés », a-t-il déclaré. Berlin « continuera à aider [Israël] à se défendre ».

Cependant, a-t-il ajouté, « nous ne pouvons pas fournir d’armes pour un conflit qui tente actuellement d’être résolu exclusivement par des moyens militaires ».

Le chancelier allemand a mis en garde contre les conséquences humanitaires d’une occupation totale de la bande de Gaza, qui pourrait provoquer « des centaines de milliers de victimes civiles » et nécessiter « l’évacuation de tout le territoire ». Et de questionner : « Où ces gens devraient-ils aller ? ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]