Géorgie : des législatives vues comme un choix entre la Russie et l’Europe
Les Géorgiens sont appelés à voter samedi 26 octobre lors de législatives cruciales pour l’avenir de ce pays du Caucase, qui voient s’affronter des formations d’opposition pro-européennes et le parti au pouvoir accusé de dérive autoritaire pro-russe.
Cet article a été mis à jour avec de nouvelles informations le 25 octobre.
Les Géorgiens sont appelés à voter samedi 26 octobre lors de législatives cruciales pour l’avenir de ce pays du Caucase, qui voient s’affronter des formations d’opposition pro-européennes et le parti au pouvoir accusé de dérive autoritaire pro-russe.
L’Union européenne (UE) craint que Tbilissi ne s’éloigne de son ambition de la rejoindre, un objectif pourtant inscrit dans la Constitution géorgienne, et ne se rapproche de Moscou.
De récents sondages indiquent qu’une alliance de partis d’opposition disposant du seuil requis de 5 % des voix pourrait rassembler assez de votes (51 % selon EuropeElects) pour vaincre le Rêve géorgien, le parti du milliardaire Bidzina Ivanichvili, qui est accusé de tirer dans l’ombre les ficelles du pouvoir depuis une dizaine d’années.
Les forces d’opposition, traditionnellement divisées, ont réussi à forger un front inédit contre le parti dirigeant.
Parmi le quatuor de partis concernés, le Mouvement national uni (MNU) de l’ex-président emprisonné Mikheïl Saakachvili, bête noire de Bidzina Ivanichvili.
Leur programme prévoit notamment de vastes réformes électorales, judiciaires, et l’abrogation de lois décriées promulguées récemment par le pouvoir.
« Mais si le parti au pouvoir tente de le rester quel que soit le résultat des élections, il y a un risque de troubles post-électoraux », prévient l’expert Gela Vasadzé, du Centre d’analyse stratégique sur la Géorgie.
« Ukrainisation »
Dimanche dernier (20 octobre), à une semaine du vote, des dizaines de milliers de manifestants pro-européens se sont rassemblés à Tbilissi, signe d’une aspiration toujours forte à un rapprochement avec l’UE, en particulier parmi les jeunes générations.
En réponse, mercredi 23 octobre dans la soirée, le parti au pouvoir a fait venir de tout le pays, par bus, des dizaines de milliers de partisans, dont des fonctionnaires, pour un rassemblement sur la place de la Liberté, au centre de Tbilissi.
« Si l’opposition arrive au pouvoir, ils démarreront une guerre [contre la Russie] », a assuré Tamila Siradze, une manifestante de 70 ans.
Le parti Rêve géorgien, au pouvoir depuis 2012, est accusé de s’être embarqué dans une spirale autoritaire pro-russe et d’éloigner la Géorgie de l’UE et de l’OTAN, qu’elle ambitionne également d’intégrer.
Certains de ses dirigeants sont très critiques envers l’Occident. Bidzina Ivanichvili l’a qualifié de « parti mondial de la guerre », qui traiterait la Géorgie, sa victime, comme de la « chair à canon ».
Dans une interview publiée cette semaine, il a même assuré que « des orgies » se tenaient « dans les rues » de l’Occident.
La Géorgie, ex-république soviétique, reste très marquée par l’invasion russe subie au cours d’une brève guerre en 2008.
La Russie avait ensuite installé des bases militaires dans deux régions séparatistes géorgiennes, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, qu’elle a reconnues comme des États indépendants.
Dans ce contexte, le parti au pouvoir a fait campagne en se présentant comme le seul capable d’empêcher une supposée « Ukrainisation » de la Géorgie.
Le gouvernement dit vouloir obtenir les trois-quarts des 150 sièges du Parlement, une majorité large qui lui permettrait de changer la Constitution et, selon son projet, d’interdire les partis d’opposition pro-occidentaux.
La présidente pro-européenne, Salomé Zourabichvili, en rupture avec le gouvernement, a planté le décor début octobre dans un entretien à l’AFP : « Nous avons un quasi référendum sur le choix entre l’Europe ou le retour à un passé incertain russe ».
« Influence étrangère »
Bruxelles a accordé à la Géorgie le statut de candidat à l’adhésion à l’UE l’année dernière. Cependant, le pays de moins de 4 millions d’habitants a été secoué en mai par de grandes manifestations contre une loi sur « l’influence étrangère », critiquée en Occident et inspirée d’une législation russe sur les « agents de l’étranger » utilisée pour réprimer les voix dissidentes.
L’Union a gelé dans la foulée le processus d’adhésion de la Géorgie et les États-Unis ont imposé des sanctions à des responsables géorgiens accusés d’avoir autorisé une « répression brutale » des manifestants.
Tbilissi a réagi en menaçant de « revoir » ses relations diplomatiques avec Washington.
Depuis lors, les relations entre Tbilissi et l’Occident se sont détériorées, et le parti Rêve géorgien a affiché des liens de plus en plus amicaux avec Moscou.
Au début du mois d’octobre, les dirigeants de l’Union européenne ont mis en garde Tbilissi contre un retour en arrière dans sa démarche pro-UE et ont appelé les autorités géorgiennes à veiller à ce que les élections de samedi soient libres et équitables.
La Russie reste un acteur historique dans le Caucase et c’est le pays où Bidzina Ivanichvili a fait fortune après la chute de l’URSS.
Signe de l’enjeu, le Kremlin a accusé les Occidentaux d’ingérence « non dissimulée » dans les élections.
Dernière cause de tensions en date entre Bruxelles et Tbilissi : la promulgation début octobre d’une loi restreignant fortement les droits des personnes LGBT+.
Selon Tamar Jakeli, une militante LGBT+ interrogée cette semaine par l’AFP, cette loi est utilisée pour détourner l’attention des vrais problèmes de la population géorgienne : la pauvreté et l’émigration massive.