Influenceurs « harcelés » suite à la dénonciation de leurs pratiques
L'autorité française de répression des fraudes a dénoncé publiquement 6 influenceurs pour pratiques commerciales trompeuses dans un but d’information des consommateurs. Si les influenceurs louent l’objectif, certains mettent en question la méthode employée.
L’autorité française de répression des fraudes a dénoncé publiquement 6 influenceurs pour pratiques commerciales trompeuses dans un but d’information des consommateurs. Si les influenceurs louent l’objectif, certains remettent en question la méthode employée.
Suite à l’adoption définitive jeudi dernier (1er mai) par le Parlement de la proposition de loi portée par MM. Arthur Delaporte (Parti socialiste) et Stéphane Vojetta (Renaissance), la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) a épinglé 6 influenceurs le lendemain (2 mai) en publiant les noms des intéressés sur son site et sur son compte Twitter.
Les agents de l’État ont de plus demandé aux influenceurs de poster sur leurs comptes professionnels des images textuelles décrivant les pratiques pour lesquelles ils avaient reçu une injonction de cesser leurs pratiques commerciales trompeuses.
Protéger les consommateurs…
Interrogée sur BFMTV le jour même, Capucine Anav, influenceuse rappelée à l’ordre, explique qu’elle n’avait « absolument pas conscience » qu’elle avait commis des pratiques commerciales trompeuses, quant à la publicité pour un patch de smartphone censé stopper les ondes de l’appareil.
Elle juge qu’ « avoir quitté les agences » pour influenceurs a sans doute été le lieu de son « manque de professionnalisme », qui lui a fait poster des commentaires trompeurs par inadvertance.
Elle explique d’ailleurs « n’avoir été condamnée à rien », expliquant qu’elle n’avait pas de poursuites au pénal et que sa « punition » avait simplement été de poster les planches préparées par les agents de la DGCCRF sur ses réseaux sociaux.
Ces planches informent les consommateurs au moyen du texte : « injonction de la DGCCRF de cesser les pratiques commerciales trompeuses » en citant ensuite les comptes concernés et en quoi consistaient ces pratiques.
… et mettre en danger les influenceurs ?
Cependant, un influenceur concerné et interrogé par EURACTIV raconte son sentiment d’humiliation à avoir dû poster ces messages sur son compte.
Affirmant qu’il « ne fait plus d’influence » depuis longtemps, il trouve que la décision des agents de l’État va trop loin.
Il résume son point de vue en disant qu’il faut « arrêter de diaboliser les influenceurs », rappelant qu’ils sont des entrepreneurs, qui emploient parfois des salariés, au même titre que certaines startups que l’État français vante grâce à son label La French Tech.
En effet, en mai, lors des débats portant sur la proposition de loi de réglementation et d’encadrement de l’influence, de nombreux élus et responsables politiques ont parlé de la « jungle de l’influence », dans le même temps où le gouvernement louait le sommet « Choose France » et ses startups.
L’interrogé termine en ajoutant qu’il comprend l’utilité de ce type de poste obligatoire qui informe les consommateurs, mission qu’il trouve honnête et supporte. Toutefois, il s’interroge sur la méthode de la DGCCRF.
Il a partagé à EURACTIV certains messages qu’il a reçus suite à sa publication obligatoire. Lesdits messages étaient injurieux et comportant des références souvent misogynes ou homophobes.
Proportionnalité des sanctions
Interviewé par EURACTIV sur le sujet, un porte-parole de la DGCCRF explique que la direction a le droit d’assortir une mesure de communication à tout type de sanctions en fonction de la nature des infractions.
Le porte-parole explique que « cela fait assez longtemps que la DGCCRF pratique le « name and shame » (dénonciation publique). » La direction a en effet un devoir de communication auprès des consommateurs sur les infractions dont ils font l’objet.
Sur le site officiel de la DGCCRF sont d’ailleurs listées toutes les entreprises ayant récemment reçu des sanctions.
Dans le cadre des 6 influenceurs qui ont reçu des injonctions, les services de la DGCCRF « ont estimé la publication de posts sur Instagram comme proportionnelle aux pratiques constatées », car il était nécessaire pour les agents que « les consommateurs soient informés. »
Interrogé quant au risque de harcèlement que cette pratique peut faire peser sur les influenceurs concernés, le porte-parole a rappelé que « le contenu posté par un influenceur fait l’objet d’une discussion entre la DGCCRF et l’influenceur. »
Réglementer l’espace numérique
L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) sera chargée d’appliquer le du règlement européen du Digital Services Act (DSA) en France à partir du 3e semestre 2023, et devrait permettre aux citoyens d’être mieux protégés contre le harcèlement en ligne.
Les prochaines décisions de l’Arcom pourraient décider s’il y a conformité des méthodes de la DGCCRF au droit européen.