Interdiction de céréales ukrainiennes : la Bulgarie emboîte le pas à la Pologne et la Hongrie
Suivant l’exemple de la Pologne et de la Hongrie, la Bulgarie se prépare également à interdire l’importation de céréales ukrainiennes, a annoncé le ministre de l’Agriculture bulgare alors que la Commission européenne a critiqué Varsovie et Budapest pour leur décision « inacceptable ».
Suivant l’exemple de la Pologne et de la Hongrie, la Bulgarie se prépare à interdire l’importation de céréales ukrainiennes, a annoncé dimanche (16 avril) le ministre de l’Agriculture bulgare Yavor Gechev. Entre-temps, une porte-parole de la Commission européenne a critiqué Varsovie et Budapest pour avoir enfreint la ligne de conduite de l’UE, qualifiant leur décision d’« inacceptable ».
« Les intérêts bulgares doivent également être préservés. En outre, lorsque deux États membres réagissent ainsi, si nous ne réagissons pas de la même manière, l’accumulation [de céréales ukrainiennes] sur le territoire bulgare pourrait devenir encore plus importante, c’est pourquoi nous travaillons [sur cette question] », a déclaré M. Gechev.
Lundi, M. Geshev recevra des informations sur la base juridique utilisée par la Pologne et la Hongrie pour interdire l’importation de céréales et de certains aliments de base en provenance d’Ukraine.
« Nous travaillons dans ce sens [pour interdire les importations en provenance d’Ukraine]. Je pense que nous parlerons au président mardi, qui a des engagements directs dans cette situation, donc ce n’est qu’une question de temps », a ajouté le ministre.
La Bulgarie, dirigée par un gouvernement intérimaire nommé par le président Rumen Radev, considéré par certains comme prorusse, a déjà demandé une réaction de la Commission européenne sur l’importation de céréales ukrainiennes en septembre.
Juste avant les élections législatives du 2 avril, les producteurs de céréales bulgares ont organisé des manifestations de trois jours pour demander l’interdiction des importations en provenance d’Ukraine. Le ministre de l’Agriculture, Yavor Gechev, a soutenu avec enthousiasme ces manifestations et est même monté sur l’un des tracteurs qui ont bloqué la circulation sur le pont du Danube entre la Bulgarie et la Roumanie.
Pour avoir laissé passer les céréales et les produits alimentaires ukrainiens sur son territoire, la Bulgarie a reçu une compensation européenne de 16 millions d’euros. Le pays a demandé une compensation supplémentaire de 100 millions de leva (51 millions d’euros), alors que les producteurs de céréales bulgares reçoivent des centaines de millions d’euros de subventions directes de l’UE pour les terres qu’ils cultivent.
Plus tôt dans la journée de samedi, la Pologne et la Hongrie ont décidé d’interdire les importations de céréales et de certains produits alimentaires en provenance d’Ukraine, à la suite d’intenses pressions exercées par leurs propres producteurs agricoles.
En particulier, en Pologne, le Premier ministre Mateusz Morawiecki et le chef du parti Droit et Justice (PiS, CRE), Jarosław Kaczyński, ont annoncé samedi l’interdiction des importations de céréales et d’autres denrées alimentaires, y compris les fruits, les légumes et la volaille, en provenance d’Ukraine.
La Hongrie a annoncé une interdiction similaire.
La Pologne et la Hongrie ont pris cette décision malgré l’accord conclu le 15 avril avec quatre autres pays (la Bulgarie, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie) pour agir ensemble face au problème des bas prix des céréales ukrainiennes.
Réaction de la Commission
Entre-temps, la Commission européenne a réagi négativement samedi (14 avril), affirmant que les deux États membres enfreignaient la politique commerciale de l’UE.
« Nous sommes au courant des annonces de la Pologne et de la Hongrie concernant l’interdiction des importations de céréales et d’autres produits agricoles en provenance d’Ukraine », a déclaré une porte-parole de la Commission dans un communiqué.
« Dans ce contexte, il est important de souligner que la politique commerciale relève de la compétence exclusive de l’UE et que, par conséquent, les actions unilatérales ne sont pas acceptables », a-t-elle ajouté.
Toutefois, la Commission n’a pas encore précisé les mesures qu’elle prendrait à l’encontre de la Pologne et de la Hongrie. « En ces temps difficiles, il est crucial de coordonner et d’aligner toutes les décisions au sein de l’UE », a insisté la porte-parole.
Après que l’UE a mis en place ses corridors de solidarité pour faciliter les importations en provenance de l’Ukraine déchirée par la guerre, de grandes quantités de céréales ukrainiennes moins chères et parfois de qualité inférieure ont fini par stagner dans les États d’Europe centrale, à cause de goulets d’étranglement logistiques. Les pays les plus touchés sont la Pologne, la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie, où ce phénomène a eu pour effet de faire chuter les prix et les ventes pour les agriculteurs locaux.
En Pologne, les perturbations du marché ont déclenché des protestations massives de la part des agriculteurs, forçant le gouvernement à limoger l’ancien ministre de l’Agriculture, Henryk Kowalczyk, qui, selon les agriculteurs, a longtemps négligé la question et les a même trompés en leur promettant que les prix des céréales augmenteraient l’année dernière.
En Pologne, l’interdiction s’applique aux marchandises en transit et à celles qui restent en Pologne, a précisé dimanche le ministre du Développement économique et de la Technologie, Waldemar Buda.
Parallèlement, le porte-parole du gouvernement, Piotr Müller, a déclaré à l’agence de presse polonaise PAP que le gouvernement avait constamment contacté la Commission européenne à ce sujet.
La décision de la Pologne a également suscité des réactions négatives de la part de Kiev, qui a déclaré que cette mesure allait à l’encontre des accords commerciaux bilatéraux. Avant Pâques, les deux pays avaient convenu de réduire considérablement les importations de céréales de l’Ukraine vers la Pologne et de les interrompre complètement pendant un certain temps.
L’Ukraine a « toujours été sensible à la situation du secteur agricole polonais et a réagi rapidement aux différents défis », a déclaré le ministère ukrainien de l’Agriculture dans un communiqué.
« À l’heure actuelle, des actions unilatérales drastiques n’accéléreront pas la résolution positive de la situation », a-t-il averti.
Les ministres polonais et ukrainiens se réuniront lundi en Pologne pour discuter de la question.