Ioulia Timochenko devra répondre de nouvelles accusations

Un procureur ukrainien en charge du procès de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko n'a laissé planer que peu de doute quant à l'issue de la procédure en appel : Mme Timochenko resterait en prison pour abus de pouvoir et d'autres charges, dont une accusation pour meurtre, serait retenues contre elle.

/ EURACTIV.fr
Renat Kuzmin
Renat Kuzmin

Un procureur ukrainien en charge du procès de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko n'a laissé planer que peu de doute quant à l'issue de la procédure en appel : Mme Timochenko resterait en prison pour abus de pouvoir et d'autres charges, dont une accusation pour meurtre, serait retenues contre elle.

S'adressant à la presse lors d'une rare visite à Bruxelles, le procureur général adjoint Renat Kouzmine s'est montré déterminé à accuser Mme Timochenko de crimes dignes d'un roman d'espionnage.

M. Kouzmine, invité à Bruxelles par l'eurodéputé Hannes Swoboda (S&D, Autriche), a déclaré que cette visite était d'une importance capitale pour améliorer la compréhension mutuelle entre l'Ukraine et l'Europe.

Il a souligné que ses services étaient disposés à partager leurs informations et à prouver que l'affaire Timochenko avait été traitée en toute transparence.

Le procureur a d'abord affirmé que les appels prévus en décembre porteraient sur la condamnation de Mme Timochenko à sept ans de prison en octobre dernier pour abus de pouvoir lors de la négociation de contrats sur le gaz naturel avec la Russie en 2009, alors qu'elle était première ministre. La Cour d'appel pourrait maintenir la condamnation, libérer Mme Timochenko ou réclamer un nouveau procès.

Les avocats et partisans de Mme Timochenko affirment qu'elle n'a commis aucun crime et qu'elle est la cible de représailles politiques orchestrées par les autorités au pouvoir.

Selon M. Kouzmine, Mme Timochenko a peu de chance d'être libérée, même si son appel intervient à un moment sensible sur le plan politique. En effet, un sommet UE-Ukraine est prévu à Kiev le 19 décembre et la conclusion d'un accord d'association très attendu avec l'UE est au programme. Mme Timochenko pourrait également devoir répondre de nouvelles accusations.

Interrogé par EURACTIV, le procureur n'a pas pu préciser si la Cour d'appel se prononcerait avant ou après le sommet.

M. Kouzmine, qui s'est exprimé en russe, n'a pas utilisé les termes « crimes présumés » ou « auteur présumé de crimes ». Il s'est au contraire dit convaincu de la culpabilité de Mme Timochenko dans d'autres affaires criminelles.

Des journalistes traités d'ignorants

M. Kouzmine a insisté sur le fait que les journalistes occidentaux ne comprenaient pas les tenants et les aboutissants de la condamnation de Mme Timochenko et s'est étendu sur le rôle de l'ancienne première ministre dans la négociation des accords gaziers avec la Russie.

En tant que première ministre, Ioulia Timochenko aurait interféré dans les discussions entre l'entreprise publique ukrainienne Naftogaz et l'entreprise russe Gazprom en 2009, demandant au directeur de Naftogaz de l'époque, Oleg Doubina, de signer un accord établissant le prix « énorme » de 450 dollars (334 euros) par 1000 mètres cubes, le prix normal étant de 185 dollars (137 euros). M. Doubina a refusé de signer et Mme Timochenko a donc commencé à le faire chanter et à le menacer d'être renvoyé, a affirmé M. Kouzmine.

Sous la pression, M. Doubina a accepté de signer à la condition que le gouvernement lui demande officiellement d'apposer sa signature sur ce document. Le gouvernement s'est réuni et tous les ministres ont voté contre la conclusion de cet accord.

Cependant, selon le procureur, Mme Timochenko a présenté à M. Doubina un décret falsifié stipulant que le gouvernement avait accepté d'acheter du gaz à ce prix élevé. Mme Timochenko a trompé M. Doubina et les pertes découlant de cet accord sont de l'ordre de 200 millions de dollars (148 millions d'euros), a-t-il déclaré.

De plus, ce contrat prévoyait une amende de 300 % du prix du gaz si l'Ukraine refusait d'appliquer le principe du « take or pay ». Ces prix plus élevés pour le gaz auraient dû résulter en une augmentation des frais de transit facturés à Gazprom par l'Ukraine, mais Mme Timochenko a bloqué ce processus au détriment de l'Ukraine, a-t-il affirmé. Les pertes qui en découlent sont également de l'ordre de 200 millions de dollars, selon lui.

Squelettes dans le placard ?

M. Kouzmine estime à 400 millions de dollars (297 millions d'euros) la somme exacte qu'a reçue Mme Timochenko du ministère russe de la défense et qu'elle a ensuite détournée en conspirant avec l'ancien premier ministre ukrainien Pavlo Lazarenko dans les années 1990. M. Lazarenko a été premier ministre de 1996 à 1997 et le mentor de Mme Timochenko, ainsi que le président des systèmes énergétiques unis en Ukraine de l'époque, une entreprise privée important du gaz russe en Ukraine. M. Lazarenko a été condamné pour blanchiment d'argent et purge une peine de prison aux Etats-Unis.

M. Kouzmine a déclaré que la Russie avait placé Mme Timochenko sur la liste des criminels présumés d'Interpol, mais qu'après la conclusion de l'accord gazier, Moscou avait retiré son mandat d'arrêt. Officiellement, le ministère russe de la défense n'a jamais reçu de compensation pour les 400 millions de dollars, a-t-il ajouté. Mme Timochenko n'avait pas le droit de mener ces discussions sur le prix du gaz étant donné le conflit d'intérêts résultant de ses précédents arrangements avec Moscou, a-t-il affirmé.

« Ces précédents arrangements n'expliquent-ils pas le crime pour lequel elle a été condamnée ? », a-t-il demandé

M. Kouzmine a également fait référence au meurtre du membre du parlement Yevhen Shcherban, l'un des hommes les plus riches d'Ukraine. M. Shcherban et son épouse ont été tués à l'aéroport de Donetsk en 1996 par des personnes déguisées en officiers de police.

Les meurtriers du couple ont admis avoir reçu un million de dollars (742 394 euros) d'un compte en banque lié à M. Lazarenko et à Mme Timochenko, a déclaré M. Kouzmine.

La presse a poussé M. Kouzmine à se justifier quant au fait que ses services n'aient pas enquêté sur les personnes au pouvoir, qui vivent pour la plupart comme des millionnaires malgré leur revenu officiel modeste. Il a affirmé qu'aucun méfait n'avait été prouvé.