Merz demande des coupes drastiques dans le budget de l'UE

Lors d'un discours prononcé à Dublin, le chancelier a appelé à des changements significatifs dans le projet de cadre financier pluriannuel 2028-2034

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DUBLIN – Aucun poste budgétaire du prochain budget à long terme de l’UE ne devrait échapper à des coupes « indispensables » : tel était le message sans concession de Friedrich Merz lors de la première visite d’un chancelier allemand en Irlande depuis Angela Merkel.

Merz s’est rendu mardi à Dublin pour s’entretenir avec le Premier ministre irlandais Micheál Martin, dans un contexte dominé par les négociations européennes sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034.

L’Irlande, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE, jouera un rôle clé dans les efforts visant à trouver un accord sur ce plan de dépenses septennal avant la fin de l’année. Ce débat est considéré comme tellement important sur le plan stratégique pour Berlin qu’il a donné lieu à la première visite d’un chancelier allemand à Dublin depuis sept ans.

Merz a profité de ce déplacement pour réitérer la demande de Berlin en faveur d’une refonte en profondeur tant de la structure que des priorités du prochain cycle budgétaire de l’UE.

Selon Merz, l’augmentation de 60 % des dépenses proposée par la Commission européenne est tout simplement inabordable et « impossible à justifier à un moment où pratiquement tous les États membres déploient des efforts considérables pour assainir leurs finances publiques ».

Berlin a donc indiqué que les propositions doivent être considérablement revues à la baisse. La position de l’Allemagne revêt une importance particulière, car ce pays est le premier contributeur au budget de l’UE. « Ces réductions sont indispensables », a affirmé Merz.

« Aucun domaine ne peut faire exception », a déclaré un responsable à Berlin avant la visite, faisant valoir que les États contributeurs nets – ceux qui versent plus dans les caisses de Bruxelles qu’ils n’en retirent – financent déjà environ les trois quarts du budget de l’UE.

La présidence irlandaise du Conseil devrait présenter une nouvelle « négobox », contenant de nouveaux chiffres de dépenses, à temps pour le sommet européen prévu mi-octobre. Les responsables allemands doutent que, si les négociations échouent, les niveaux de dépenses actuels du CFP puissent simplement être reconduits.

« Je suis convaincu que vous, cher Micheál, présenterez une proposition réaliste », a déclaré le dirigeant allemand.

Quelle ampleur pour les coupes budgétaires?

Merz n’a pas précisé l’ampleur que devraient prendre ces réductions, mais a indiqué que les économies devraient s’élever à plusieurs centaines de milliards d’euros pour aboutir à un résultat compatible avec le budget fédéral allemand.

Il a également critiqué le projet de la Commission visant à créer 2 500 postes supplémentaires, arguant qu’une telle expansion est difficile à justifier alors que Berlin réduit les effectifs de l’administration fédérale de 8 %.

La politique agricole est restée un autre point en suspens, Berlin continuant de rejeter les propositions visant à instaurer un nouvel impôt sur les sociétés au niveau de l’UE.

Pour Merz, cette visite de travail a également constitué un répit bienvenu face aux turbulences politiques nationales. Son remaniement ministériel, associé à la nomination ratée d’un successeur au ministre des Transports Patrick Schnieder, a suscité de la frustration au sein de la CDU.

Schnieder avait déjà fait ses adieux au personnel de son ministère avant que son successeur désigné ne se retire de manière inattendue, le contraignant à rester en fonction jusqu’à ce qu’il démissionne à son tour. S’exprimant à Dublin, Merz a indiqué qu’il s’attend à ce que les discussions s’apaisent lors de la réunion du groupe parlementaire de ses députés prévue mercredi.

Concernant l’élargissement, autre sujet qui sera abordé par les dirigeants de l’UE en octobre, Merz a maintenu la pression en faveur d’une accélération des négociations d’adhésion avec le Monténégro.

Compte tenu des progrès réalisés par ce pays, a-t-il fait valoir, celui-ci ne devrait pas être regroupé avec le reste des Balkans occidentaux et devrait au contraire adhérer à l’UE avant la fin de la décennie.

Une autre question sensible n’a guère retenu l’attention du public lors de cette visite. Les exportations d’aluminium de l’Irlande – dont 52 % sont actuellement destinées à la Russie – devraient, comme les deux parties en ont convenu, être traitées à Bruxelles plutôt qu’à Dublin.

Une enquête menée récemment par The Irish Times a révélé que l’alumine produite à la raffinerie d’Aughinish, la plus grande usine d’alumine d’Europe, est expédiée vers la Russie, où elle serait utilisée dans la fabrication d’armes.

(bw, jp)