Ira, ira pas ? La droite allemande règle ses comptes en amont des élections fédérales de 2025

Les mois à venir pourraient voir émerger un favori pour diriger le parti conservateur allemand de la CDU/CSU, en anticipation des élections fédérales allemandes de 2025. Friedrich Merz, son patron actuel, est soumis à une pression croissante de la part de ses concurrents.

Euractiv.com
Cover_EURACTIV_CDU
« Malgré ce que M. Merz peut en dire, la question de savoir qui sera candidat au poste de chancelier n'a pas été réglée pour la CDU », analyse pour EURACTIV Benjamin Höhne, politologue à l'université de Münster.

Les mois à venir pourraient voir émerger un favori pour diriger le parti conservateur allemand de la CDU/CSU, en anticipation des élections fédérales allemandes de 2025. Friedrich Merz, son patron actuel, est soumis à une pression croissante de la part de ses concurrents.

Les nombreux désaccords qui règnent au cœur de la coalition gouvernementale allemande dirigée par le chancelier Olaf Scholz, notamment sur les sujets relatifs à la protection du climat, ont vu ses intentions de vote dégringoler dans les sondages à moins de 40 %.

L’opposition conservatrice se prépare donc à prendre les devants, se positionnant en tant que premier adversaire de M. Scholz en vue des élections fédérales de 2025.

Bien qu’il soit théoriquement en pole position pour se lancer dans la bataille pour la Chancellerie, M. Merz, l’actuel patron de la CDU, n’a pourtant rien d’une candidature évidente en interne.

« Malgré ce que M. Merz peut en dire, la question de savoir qui sera candidat au poste de chancelier n’a pas été réglée pour la CDU », analyse pour EURACTIV Benjamin Höhne, politologue à l’université de Münster.

Le leader de la CDU est dans l’œil du cyclone suite à un certain nombre de dérapages et propos outranciers, tant et si bien que le parti conservateur n’a pas su profiter des mauvais sondages de la coalition au pouvoir, plafonnant autour de 25-30 %, souligne M. Höhne.

En effet, le parti est concurrencé sur sa droite par le parti d’extrême droite AfD, désormais deuxième parti d’opposition selon les derniers sondages, après avoir récupéré des électeurs déçus de la CDU.

De manière presque cynique, Friedrich Merz, alors candidat à la direction du parti en 2018 – campagne qu’il perdit, ne prenant la tête de la CDU qu’en janvier 2022 – s’était engagé à diviser par deux les résultats électoraux de l’AfD en adoptant une ligne plus conservatrice que celle de l’ancienne chancelière Angela Merkel.

Une promesse qui lui coûte cher aujourd’hui, avec les sondages que l’on connaît.

Un Bavarois prêt à se battre

Pendant ce temps-là, un concurrent de taille attend le patron de la CDU : Markus Söder, chef du parti frère bavarois, la CSU, et ministre-président de Bavière.

Les deux partis présentent traditionnellement un seul et même candidat au poste de chancelier, ce qui donne au Bavarois une influence – d’aucuns parleraient de pouvoir de nuisance – considérable sur l’avenir du conservatisme fédéral allemand.

Dès 2021, M. Söder faisait usage de tout le poids politique qui lui incombe en défiant Armin Laschet, alors chef de file de la CDU, et en briguant l’investiture pour les élections fédérales de septembre 2021.

Un pari raté, mais qui avait entériné sa posture de responsable politique national de premier plan.

« M. Söder se considère certainement comme candidat », a déclaré M. Höhne.

Une victoire triomphale de Markus Söder aux élections régionales bavaroises le 8 octobre prochain le replacerait au centre de toutes les attentions. De mauvais résultats, en revanche, pourraient l’écarter de la course à l’investiture pour de bon.

Quant à M. Merz, il jouera son poste lors des élections régionales de Hesse, qui ont lieu le même jour que les élections bavaroises. Assez pour faire exploser la pression en interne, et laisser planer de nombreux doutes sur l’avenir de la direction du parti.

Friedrich Merz et l’extrême droite

Contrer la montée de l’extrême droite devient donc la priorité absolue de M. Merz afin d’asseoir son assise et sa popularité au sein de la CDU.

« L’expérience de Markus Söder au sein du gouvernement lui a appris à faire face à l’AfD. Il sait mieux que quiconque que la bataille contre l’extrême droite se fait à coup de politiques constructives », affirme Stephan Mayer, député membre de la CDU et proche du ministre-président.

« Copier la rhétorique de l’AfD n’est pas une stratégie gagnante », lance-t-il à EURACTIV.

Le sujet de l’extrême droite est d’autant plus crucial que la bataille des élections européennes, prévues pour juin 2024, prévoit une explosion du score de l’AfD.

« La CDU ne semble pas savoir quelle direction prendre au sein de l’opposition, en particulier vis-à-vis de l’AfD », analyse M. Höhne, et de se référer à une récente interview de M. Merz sur la télévision publique ZDF, dans laquelle il se disait ouvert à une collaboration avec l’extrême droite à l’échelle locale.

Ses propos avaient déclenché une vague d’indignation, jusque dans son parti, comme a pu le souligner Wolfgang Bosbach, un ancien député influent de la CDU, au quotidien Die Welt : « En 51 ans de carrière, je ne me souviens pas avoir été témoin d’une critique aussi sévère et personnelle de la direction [du parti] ».

Ce n’est pas tout : sembler trop proche de la droite radicale peut non seulement renforcer l’image du plus modéré M. Söder, mais peut aussi éloigner Friedrich Merz de l’aile centriste du parti.

C’est pour offrir une vision plus au centre que les ministre-présidents de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et du Schleswig-Holstein, Hendrik Wüst et Daniel Günther, commencent donc aussi à se positionner pour la course à l’investiture, explique Benjamin Höhne.

Ceux-ci pourraient en effet incarner un parti plus ouvert, dans la lignée historique d’une CDU en forme de « parti attrape-tout », plus ancré au centre qu’à droite, analyse le chercheur.

État de l’économie allemande

M. Söder, Wüst et Günther se sont abstenus de défendre leur patron à la suite de l’interview, voyant dans de tels dérapages une opportunité politique.

« La CSU rejette toute forme de collaboration avec l’AfD », a expliqué le ministre-président bavarois, qu’il affirme être une « ligne claire ». Des propos repris par son homologue de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, tandis que M. Günther a préféré garder le silence.

Quant au « camp Merz », pressé de passer à autre chose, il préférerait déplacer la conversation sur les mauvais chiffres de l’économie allemande.

« En tant qu’opposition, nous serions bien avisés de nous concentrer sur l’état de l’économie allemande. Le débat actuel sur l’AfD ne profite qu’à nos adversaires politiques », soupire Klaus Wiener, député conservateur de Rhénanie du Nord-Westphalie, interviewé par EURACTIV.

[Traduit et édité par Théo Bourgery-Gonse]