Jean Jouzel pessimiste sur le maintien du réchauffement climatique à 2°C

Selon le vice-président du Giec, les objectifs fixés par la communauté internationale pourront difficilement limiter le réchauffement climatique à deux degrés.

EURACTIV.fr
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Selon le vice-président du Giec, les objectifs fixés par la communauté internationale pourront difficilement limiter le réchauffement climatique à deux degrés.

«Du point de vue du scientifique, si l’on veut atteindre une limitation de la hausse des températures à deux degrés, on est très loin du compte.» Au cours d’une conférence à l’Ecole normale supérieure, mardi 9 mars, le vice-président du Giec, Jean Jouzel, s’est montré sceptique sur le réalisme des objectifs internationaux. 

Il a estimé que l’accord de Copenhague était contradictoire dans les termes avec les objectifs que se fixe la communauté internationale. «Pour arriver à deux degrés, il faudrait que les émissions en 2020 se situent autour de 44 gigatonnes équivalents CO2 (Gtc). Or avec les engagements actuels, on se situe plutôt autour de 54 Gtc», a-t-il affirmé. 

Le chercheur estime que pour atteindre leur objectif, les pays développés auraient dû, à Copenhague, s’engager à réduire leurs émissions de 25% en 2020. Or ces États, qui devaient notifier leurs objectifs à l’ONU avant la fin janvier, sont loin de ce pourcentage. Même si elle envisage de passer à 30% en cas d’accord international, l’UE s’engage pour le moment à réduire ses émissions de 20%. Les États-Unis proposent 17% par rapport à 2005, l’Australie avance une fourchette entre 5 et 25% (selon que l’accord est ambitieux ou non), la Nouvelle-Zélande entre 10 et 20, le Canada 17% et la Russie entre 15 et 25%.

Dans ces conditions, Jean Jouzel estime plus réaliste de limiter le réchauffement de 2,5°C voire 3 °C par rapport à l’ère préindustrielle. «Il ne sera plus temps de dire, après coup, qu’il fallait faire quelque chose « avant »», a-t-il prévenu. Mais il a plaidé pour que l’objectif visé par la communauté internationale soit «réaliste». «Je suis bien content de voir que les États ont adopté l’objectif de deux degrés, et non de 1,5 degré, qui était complètement irréaliste.» Il a également affirmé qu’il était nécessaire de mener de front le chantier de l’adaptation au changement climatique, et celui de la diminution des émissions. 

Interrogé par EURACTIV.fr sur l’absence de mention du Giec dans le document de la Commission européenne sur l’après-Copenhague, publié le 9 mars, Jean Jouzel a répondu que celle-ci ne devait pas être interprétée comme un signe de défiance. 

Contre-attaque

«Les objectifs de la Commission s’appuient sur les résultats du Giec», s’est-il félicité. Il a également estimé que le sommet de Cancun sera une occasion pour toutes les parties de venir avec des objectifs précis, afin d’arriver à un accord contraignant fin 2011. Cette date est envisagée par la Commission européenne dans sa communication.

Au cours de son intervention, Jean Jouzel a également répondu point par point aux objections avancées par les contradicteurs du Giec. Une argumentation identique à celle présentée deux jours avant lors d’une conférence organisée par la Société météorologique de France (SMF). Augmentation des températures, imputabilité du réchauffement climatique à l’activité humaine, hausse du niveau de la mer : il a présenté courbes et graphiques pour défendre les conclusions du dernier rapport du groupe. 

«Il y a un certain nombre d’incertitudes réelles», a-t-il par ailleurs admis, en citant l’amplitude du réchauffement, le rôle joué par les aérosols, le détail des caractéristiques régionales du réchauffement, et l’importance de la hausse du niveau de la mer. 

En quelques mois, la divulgation de milliers de messages électroniques de chercheurs, la reconnaissance de deux erreurs factuelles dans le dernier rapport du Giec et la forte médiatisation des thèses climato-sceptiques ont mis à mal, jugent certains, la crédibilité de ce groupe de scientifiques.