José Manuel Barroso : « Nous devrons évoluer vers une fédération d'États nations »
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a prononcé son discours sur l'état de l'Union aujourd'hui (12 septembre). Il a plaidé avec passion en faveur de l'ouverture d'un débat public portant sur la transformation de l'Union européenne en une fédération d'Etats nations.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a prononcé son discours sur l'état de l'Union aujourd'hui (12 septembre). Il a plaidé avec passion en faveur de l'ouverture d'un débat public portant sur la transformation de l'Union européenne en une fédération d'Etats nations.
M. Barroso a grandement bénéficié des retombées positives de la décision tant attendue de la Cour constitutionnelle allemande qui a décidé de donner son feu vert à la ratification du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage de 500 milliards d'euros de la zone euro.
Il a entamé son discours au Parlement européen à Strasbourg à 9h du matin et l'approbation de la Cour a été annoncée une heure plus tard (lire le discours dans son intégralité). Le président du Parlement, Martin Schulz, a brièvement interrompu les débats pour faire part de la nouvelle à l'assemblée qui l'a accueillie avec un tonnerre d'applaudissements.
Difficile de savoir si M. Barroso disposait d'un deuxième discours en cas de décision négative. Ce qui est certain par contre, c'est qu'à chaque fois qu'il s'est éloigné du texte écrit, il a semblé plus convaincant que d'habitude, une impression confirmée par les commentaires de nombreux journalistes sur Twitter.
M. Barroso a commencé par reconnaître que l'architecture institutionnelle de la zone euro n'avait pas tenu la distance face à la crise de la dette souveraine.
« Ces défaillances sont en train d'être corrigées », a-t-il déclaré. « Mais c'est au prix d'efforts pénibles et douloureux. Les citoyens sont mécontents. Ils sont inquiets. Ils ont le sentiment que leur mode de vie est menacé. »
Message à la Grèce et aux sceptiques
Sans toutefois citer de pays en particulier, le président de la Commission a fustigé les dirigeants nationaux qui avaient pris des décisions collectives lors des sommets européens pour ensuite les affaiblir, jetant le doute sur la capacité de l'Union à enrayer la crise. La Finlande et les Pays-Bas ont été les premiers à remettre en question les décisions prises lors du dernier sommet de l'UE en juin.
Faisant allusion à la Grèce, M. Barroso a souligné que les pays les plus vulnérables ne devaient laisser planer aucun doute quant à leur volonté de mener des réformes. Mais les pays en meilleure santé devraient eux aussi confirmer leur volonté de se montrer solidaires, a-t-il ajouté, sans doute en référence aux remarques sur l'éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro prononcées par d'éminents décideurs politiques en Allemagne, en Finlande et aux Pays-Bas.
Une Europe fédérale
M. Barroso a souligné que pour survivre, l'Union devrait évoluer et se mettre d'accord sur « un pacte décisif pour l'Europe » qui établirait un « contrat de confiance » entre les Etats membres, les institutions de l'UE, les partenaires sociaux et les citoyens de l'Union.
« N’ayons pas peur des mots: nous devrons évoluer vers une fédération d'États-nations. Voilà de quoi nous avons besoin, tel est notre horizon politique », a-t-il affirmé.
Il a tenu à préciser que sa vision pour une fédération d'Etats membres n'impliquait pas un super-Etat similaire aux Etats-Unis. Il a plutôt parlé d'« une fédération démocratique d’États-nations capable de régler nos problèmes communs en partageant la souveraineté d'une manière qui permette à chaque pays et à chaque citoyen d’être mieux équipés pour maîtriser son propre destin ».
Modification des traités
M. Barroso n'a pas hésité à affirmer que la création d'une telle fédération requerrait la modification des traités de l'UE. En référence aux négociations du traité de Lisbonne, qui auront duré trois ans après que les électeurs français et néerlandais ont rejeté la constitution européenne proposée en 2005, il a déclaré que la Commission ne disait pas cela « à la légère » et qu'elle savait à quel point il était devenu difficile de modifier les traités.
M. Barroso a affirmé qu'un grand débat sur la modification des traités devrait être lancé en Europe, avant qu'une convention ou une conférence intergouvernementale ne soit convoquée. Il a par ailleurs plaidé en faveur d'un nouveau genre de débat.
« Je souhaiterais que se développe un espace public européen où les questions européennes peuvent être examinées et débattues d’un point de vue européen. En effet, essayer de résoudre des problèmes européens en y apportant uniquement des solutions nationales ne rime à rien, et nous ne pouvons continuer ainsi », a-t-il expliqué.
M. Barroso a appelé le Parlement européen à apporter sa contribution, ainsi que les « intellectuels européens » et les « hommes et femmes de culture à prendre part à ce débat sur l'avenir de l'Europe ».
Son appel au débat public sur l'avenir de l'Europe rappelle la campagne lancée en Allemagne par la chancelière Angela Merkel en août (« Ich will Europa » ou en français « Je veux l'Europe ») pour convaincre les Allemands des avantages d'une Europe unie.
Quelques jours plus tôt, M. Barroso a rassemblé sur son site Internet des questions que les internautes souhaitaient lui poser en amont de son discours sur l'état de l'Union.
Zone euro versus UE
M. Barroso a néanmoins clairement rejeté les idées qui pourraient créer des divisions entre les Etats membres, comme celle de la mise sur pied d'un parlement de la zone euro. Il a fustigé ces propositions : « Que les choses soient claires: il existe une seule Union européenne, une seule Commission et un seul Parlement européen. »
Il a toutefois reconnu que les 17 pays de la zone euro ne pourraient éviter une intégration renforcée, tout en précisant que ce projet devrait rester ouvert aux autres membres de l'UE.
Il courtise les socialistes
M. Barroso a également tenu à s'attirer les faveurs des socialistes au Parlement. « Certains prétendent qu'à cause de la crise, le modèle social européen est mort. Je rejette cette idée », a-t-il affirmé, indiquant que la Commission lancerait « un ensemble de mesures ciblées pour les jeunes » avant la fin de l'année pour lutter contre le chômage et faciliter la formation professionnelle.
Les propos qu'il a tenus en faveur de l'introduction d'une taxe sur les transactions financières via une procédure de coopération renforcée devraient également faire plaisir aux socialistes qui plaident depuis longtemps en faveur de cette idée.
Certains eurodéputés ont tenté de provoquer M. Barroso en lui disant qu'il devrait répéter ses déclarations devant les dirigeants des gouvernements européens. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, un socialiste au demeurant, a pris sa défense, affirmant que M. Barroso se montrait encore plus ferme lors des sommets de l'UE.
Reste à voir si ses propositions sur de nouveaux pouvoirs pour la BCE en matière de supervision bancaire, présentées aujourd'hui, plairont au plus grand contributeur de l'UE, l'Allemagne. S'adressant de manière détournée à Berlin, il a déclaré : « Il convient que tous les acteurs, et je dis bien tous les acteurs, respectent [l'] indépendance [de la BCE]. »
Elections européennes de 2014
En amont des élections européennes de 2014, M. Barroso a présenté des propositions visant à renforcer la capacité des partis politiques européens à former une réelle sphère publique européenne. Il a déploré que le débat politique semble bien trop souvent se limiter aux partis nationaux.
« Même lors des élections européennes, le nom des partis politiques européens ne figure pas sur l’urne, on assiste à un débat national entre partis politiques nationaux. C’est pourquoi nous devons revaloriser les partis politiques européens », a-t-il déclaré, avant d'ajouter : « nous ne pouvons pas laisser les populistes et les nationalistes dicter leur agenda pessimiste ».
M. Barroso a précisé que les partis politiques européens devraient présenter leur candidat au poste de président de la Commission lors des élections du Parlement européen en 2014.
Il est de notoriété publique que M. Schulz a des vues sur le poste. Récemment, la vice-présidente de la Commission Viviane Reding a déclaré lors d'un entretien accordé à EURACTIV Italie qu'elle serait heureuse de travailler pour M. Barroso s'il était nommé pour un troisième mandat.