L'annonce d'un référendum en Grèce déclenche la panique
L'annonce surprise du premier ministre grec, George Papandreou, de la décision de son gouvernement d'organiser un référendum sur l'accord difficilement conclu sur le sauvetage du pays de la faillite a fait déferler une vague de panique sur l'Europe et le reste du monde.
L'annonce surprise du premier ministre grec, George Papandreou, de la décision de son gouvernement d'organiser un référendum sur l'accord difficilement conclu sur le sauvetage du pays de la faillite a fait déferler une vague de panique sur l'Europe et le reste du monde.
Le cabinet grec a approuvé à l'unanimité tôt ce matin (2 novembre) le projet annoncé par M. Papandreou lundi d'organiser un référendum sur le plan de sauvetage récemment adopté par les dirigeants de la zone euro (voir « Contexte »).
Lors d'une réunion de crise qui a duré sept heures, M. Papandreou a expliqué qu'un référendum fournirait un « mandat clair » s'agissant des mesures d'austérité exigées par les autres membres de la zone euro.
Son souhait d'organiser un référendum a pris par surprise ses plus proches collaborateurs. Même le ministre des finances, Evangelos Venizelos, n'aurait pas été au courant de ses intentions. Normalement, le projet de la zone euro pour sauver la Grèce de la faillite ne devrait pas être sujet au vote du peuple.
Cette annonce a donc secoué les marchés mondiaux, qui ont chuté suite à la nouvelle.
Selon les sondages d'opinion, les Grecs rejetteront l'aide européenne, et ce peu importe la manière dont la question est formulée.
Comme l'a récemment fait savoir EURACTIV Grèce, des manifestations de masse à Athènes et dans d'autres villes du pays ont clairement indiqué que les Grecs étaient contre les plans visant à remettre le pays sur pied, ceux-ci étant fondés sur des mesures d'austérité.
Le rejet du programme d'aide donnerait sans doute lieu à un défaut de paiement désordonné de la Grèce et à sa sortie de la zone euro.
Mais une telle décision aurait surtout l'effet d'une bombe sur la zone euro, où les pays lourdement endettés comme l'Italie et l'Espagne seraient fortement touchés. Certains analystes annoncent même la fin de l'euro.
Un suicide ?
Les motivations de M. Papandreou pour l'organisation de ce référendum restent floues. Le vote de confiance du parlement vendredi semble être son principal sujet de préoccupation pour l'instant. M. Papandreou est à la tête d'une faible majorité de 152 sièges dans un parlement qui en compte 300. Il aura besoin de 151 voix en sa faveur pour survivre à ce vote et organiser ce référendum. Au moins six éminents membres du parlement de son parti, le PASOK (centre-gauche), révoltés par cet appel au référendum, ont déclaré qu'il devrait partir pour qu'un gouvernement plus légitime puisse prendre sa place.
Plusieurs députés du PASOK ont rejoint l'opposition en appelant à la formation d'un gouvernement d'unité nationale, suivie d'élections anticipées.
De nombreux observateurs n'ont pas manqué de remarquer l'air grave de M. Papandreou lors des récents sommets européens. Certains de ses collaborateurs, cités par Reuters, ont affirmé qu'il était consterné par la corruption et les intérêts personnels qui dominent la société grecque et qu'il se sentait isolé au sein de son parti, toujours sous l'emprise des idées populistes de son père, Andreas Papandreou.
Réponse de l'Europe
Au cours d'une rare intervention télévisée devant les portes du Palais de l'Elysée mardi, le président français, Nicolas Sarkozy, a adopté une figure de circonstance, exprimant sa surprise et sa consternation face à la décision du dirigeant grec.
« La France tient à rappeler que le plan adopté jeudi dernier à l’unanimité par les 17 États de la zone euro est la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque », a-t-il déclaré.
« Donner la parole au peuple est toujours légitime, mais la solidarité de tous les pays de la zone euro ne saurait s’exercer sans que chacun consente aux efforts nécessaires », a-t-il ajouté.
M. Sarkozy, qui exerce la présidence tournante du G20, a annoncé que la chancelière allemande, Angela Merkel, et lui-même rencontreraient M. Papandreou aujourd'hui à Cannes pour discuter de la manière dont la Grèce respecterait ses engagements.
Cette réunion aura lieu en marge du sommet du G-20 qui aura lieu les 3 et 4 novembre. Toutes les institutions européennes et la directrice du FMI, Christine Lagarde, devraient participer à cette réunion avec M. Papandreou, a précisé le président français.
M. Sarkozy, Mme Merkel, Mme Lagarde, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ainsi qu'un représentant de la BCE se réuniront d'abord à 17h30, a annoncé Reuters. Ils rencontreront ensuite M. Papandreou et son ministre des finances à 20h30.
Selon Bloomberg, le nouveau président de la BCE, Mario Draghi, sera présent à cette réunion. M. Draghi assure sa nouvelle fonction depuis hier et sa présence à Cannes sera sa première mission internationale à ce poste.