L’Europe est soulagée à l’issue du sommet, mais des incertitudes persistent
Les décisions prises par les dirigeants européens jeudi matin (27 octobre) ont été accueillies avec soulagement à travers toute l’Europe. Les conclusions du sommet ont toutefois suscité des craintes quant à la complexité de l’accord, et un certain scepticisme quant à la capacité des gouvernements à honorer leurs engagements. Un reportage du réseau EURACTIV depuis les capitales européennes.
Les décisions prises par les dirigeants européens jeudi matin (27 octobre) ont été accueillies avec soulagement à travers toute l’Europe. Les conclusions du sommet ont toutefois suscité des craintes quant à la complexité de l’accord, et un certain scepticisme quant à la capacité des gouvernements à honorer leurs engagements. Un reportage du réseau EURACTIV depuis les capitales européennes.
Grèce : il reste des problèmes à résoudre
Le « soulagement » a empreint la plupart des déclarations prononcées par le gouvernement grec sur les décisions prises à Bruxelles concernant l'avenir du pays. Toutefois, l'incertitude et la formulation vague de l'accord final n'ont pas rassuré tous les Grecs qui, pour certains, se demandent ce qu'il s'est réellement passé à Bruxelles.
Ce sentiment a été exprimé dans toutes les émissions d'actualité à la télévision et à la radio ainsi qu'en première page de tous les quotidiens.
Dans des émissions matinales à la télévision, les membres du parlement du parti Nouvelle démocratie dans l'opposition sont restés prudents, surtout parce qu'ils n'étaient pas absolument certains de ce qu'impliqueraient des conclusions du sommet. Ils ont cependant fait remarquer avec ironie que malgré la décote, le ratio dette/PIB de la Grèce en 2020 serait égal à celui de 2009, lorsque le premier ministre, George Papandreou, est arrivé au pouvoir.
Selon EURACTIV Grèce, les questions telles que les effets sur les fonds de pension, les salaires, la fiscalité, l'avenir des banques grecques et la limitation de la souveraineté nationale du pays devraient créer d'importants problèmes pour la majorité au pouvoir.
La clause la plus critiquée semble néanmoins être la « présence permanente d'experts étrangers » qui superviseront la gestion du pays au jour le jour. Nombreux sont ceux qui estiment qu'il s'agit là d'une violation de la souveraineté de la Grèce.
France : Trop dépendants de la Chine
En France, le rôle croissant des économies émergentes dans le sauvetage de la zone euro est débattu avec fougue. L'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit a qualifié l'accord final de « tout petit pas » et a dénoncé ce qu'il appelle l' « aberration chinoise » des dirigeants de l'UE demandant de l'aide à Beijing.
M. Cohn-Bendit a affirmé que tout ceci était « ridicule » et a déploré que les leaders de la zone se soient livrés « pieds et poings liés aux pays émergents » au lieu d'émettre des euro-obligations.
Ce point de vue a été relayé par des membres du Parti socialiste. L'eurodéputée Françoise Castex a été claire : « Ce soir à Bruxelles, [il fallait choisir entre] l'indépendance de la BCE ou la dépendance face à la Chine. M. Sarkozy et Mme Merkel ont choisi la Chine ».
« Et vous pensez que la Chine va, sans aucune contrepartie, apporter son soutien à l'Europe ? » a demandé Michel Sapin, un député socialiste proche du candidat à la présidence François Hollande. Il a prédit des « contreparties » que demandera Beijing comme « ne m'en demandez pas trop sur la valeur de ma monnaie, les justes équilibres commerciaux » ou « en matière environnementale ».
Le ministre français à la défense, Gérard Longuet a quant à lui tenté de minimiser ces craintes. « Nous avons besoin de partenaires », a-t-il déclaré, ajoutant que les deux parties en tireraient avantage.
Allemagne : Les tergiversations de la chancelière
En Allemagne, l'accord conclu lors du sommet a été salué par la majorité des acteurs de la scène politique, même si certains ont critiqué la chancelière, Angela Merkel, pour s'être montrée indécise et avoir mis trop de temps à conclure un accord.
Rainer Brüderle, le président du groupe parlementaire du Parti libéral-démocrate (FDP) qui fait partie de la coalition au pouvoir, a déclaré que la réunion de Bruxelles avait permis aux pays de la zone euro de faire un pas en avant. Il a notamment cité la réaction positive des bourses asiatiques.
Sigmar Gabriel, le président du Parti social-démocrate d'Allemagne, a également salué les résultats du sommet. Il a toutefois réitéré ses accusations contre Mme Merkel, la qualifiant d'indécise et ajoutant que son tournant politique à 180 degrés avait accru l'incertitude et les risques pour les contribuables.
Andrea Nahles, la secrétaire générale du Parti social-démocrate d'Allemagne, a fait part des mêmes critiques : « La réduction de la dette, par exemple, aurait du survenir bien plus tôt. Cela aurait été moins risqué. Mme Merkel l'a empêché ».
Le dirigeant vert, Cem Özdemir, a acclamé les décisions prises lors du sommet, déclarant : « Ces décisions sont les meilleures prises jusqu'à présent ». Il a toutefois fait remarquer que rien n'était terminé et que davantage d'investissements seraient nécessaires pour sortir la Grèce de la crise.
« La Grèce a besoin d'emplois et d'infrastructures. Il faut que cela soit assorti d'un autre volet qui permette à l'économie grecque de retomber sur ses pieds. L'après-crise pourrait être similaire à l'avant-crise. L'UE a fait un grand pas en avant, mais elle n'est pas encore arrivée au bout du chemin », a-t-il expliqué.
Italie : Pas de répit pour Silvio Berlusconi
Le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, n'a quant à lui pas fait l'objet de nombreuses louanges au sein de la classe politique. Les réactions se sont concentrées sur la lettre envoyée par M. Berlusconi exposant les mesures que son gouvernement prendrait pour lutter contre la crise de la dette, surtout dans le domaine de la réforme des retraites.
Les dirigeants politiques italiens ont sauté sur l’occasion pour accabler le premier ministre déjà presque à terre. Le leader du Parti démocratique dans l'opposition, Pierluigi Bersani, a déclaré : « A première vue, le contenu de la lettre italienne ne révèle rien de bien sérieux. Notre gouvernement tente juste de respirer, mais ça ne durera pas ».
La réaction de Pier Ferdinando Casini, le leader de l'Union des démocrates chrétiens et du centre, n'a pas été fort différente : « La réponse italienne à Bruxelles était décevante; nous n'avons pas pu adopter de position ferme. Si nous voulons mettre un terme aux moqueries, nous devons résoudre nos problèmes, et avant de demander de l'aide, nous devons assumer des choix impopulaires ».
Ces « moqueries » font référence à la réaction d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy lors du sommet de dimanche dernier et qui a poussé M. Berlusconi à fournir un projet plus structuré de réforme pour réduire la dette italienne.
D'autres dirigeants politiques, dont le centriste Antonio Di Pietro, ont qualifié les propositions de M. Berlusconi d'antisociales.
Slovaquie : Confusion sur le FESF
En Slovaquie, les décisions prises pour augmenter la capacité du Fonds européen de stabilité financière (FESF) se sont révélées particulièrement difficiles pour le gouvernement. L'incertitude demeure sur la contribution de la Slovaquie dans le cadre de cet accord final.
A propos de l'extension de l'aide à la Grèce de 100 milliards à 130 milliards d'euros, la première ministre du pays, Iveta Radi?ová, a déclaré que la République slovaque ne prendrait part à ce programme que dans le cadre précédemment établi. Elle a affirmé qu'elle n'avait pas reçu l'autorisation du parlement d'accepter un programme d'aide supérieur pour la Grèce.
Selon une agence de presse, suite à ces déclarations, la Slovaquie serait le seul Etat membre à obtenir une dérogation pour ne pas participer au renforcement du FESF. Cette interprétation a été relayée dans bon nombre de médias nationaux.
Aucun arrangement de ce type n'est toutefois mentionné dans les conclusions du Conseil, et il est très probable que Mme Radi?ová ne faisait référence qu'au programme d'aide à la Grèce.
La première ministre soutient que l'accord spécifique qu'a conclu la Slovaquie permettra au pays d'économiser 200 millions d'euros. Dans le même temps, le ministre des finances, Ivan Mikloš, a expliqué que la Slovaquie ne ferait pas vraiment d'économie, dans la mesure où la contribution du pays au FESF ne sera pas modifiée et que l'argent économisé sur le programme grec serait utilisé dans d'autres programmes en cours.
Interrogé sur l'éventualité que la Slovaquie soit perçue comme un partenaire qui ne serait pas digne de confiance, Mme Radi?ová a répondu que la Slovaquie était perçue comme un pays qui a laissé tomber son gouvernement pour assurer la ratification du renforcement du FESF.
Bulgarie : On ne paiera pas
Le gouvernement bulgare a publié un communiqué dans lequel il affirme que le pays ne soutiendra pas la proposition de la Commission de réduire la proportion des projets subventionnés par l'UE qui requièrent un cofinancement pour aider les « pays dans le programme ».
Selon cette proposition, présentée en août dernier, la Grèce, la Hongrie, l'Irlande, la Lettonie, le Portugal et la Roumanie, qui ont tous bénéficié de renflouement ces dernières années, devraient moins contribuer aux projets actuellement cofinancés avec l'UE dans le cadre de la politique régionale. Même si la Bulgarie est le pays le plus pauvre de l'UE, il ne fait pas partie des bénéficiaires, car ses indicateurs macroéconomiques sont stables.
Dnevnik, le partenaire d'EURACTIV en Bulgarie, a cité le premier ministre, Boyko Borissov, affirmant qu'il refusait d'aider les pays ayant subi un renflouement en réduisant le ratio de financement national pour les projets subventionnés par l'UE.
Ceux qui doivent être encouragés sont ceux qui respectent la discipline financière, a-t-il ajouté. « Si ce ratio est abaissé, il devra l'être pour tous les pays ».
Espagne : Confiance restaurée
José Luis Rodríguez Zapatero, le premier ministre espagnol, a déclaré que l'accord conclu lors du sommet européen représentait une réponse globale aux inquiétudes du secteur financier. L'approbation du plan de recapitalisation des banques était selon lui nécessaire pour restaurer la confiance et combattre la crise systémique qui fait rage dans la zone euro.
L'adoption d'un ratio de capital de 9 % en comparaison aux 5 % d'aujourd'hui « permettra aux acteurs du marché de refaire confiance au système financier de l'UE ». Le dirigeant espagnol a affirmé que les banques nationales affectées (BBVA, Santander, Banco Popular, Bankia et La Caixa) seraient capables d'atteindre ces nouveaux seuils sans avoir recours au secteur public. M. Zapatero a insisté sur le fait que les banques espagnoles avaient déjà montré qu'elles pouvaient rester solvables, grâce aux tests de résistance réalisés au cours de ces derniers mois.
Pologne : Une surprise chinoise
Des analystes économiques ont remis en question les chiffres présentés dans l'accord. Alfred Adamiec, le président de la Dom Maklerski Alfa, a déclaré au quotidien Gazeta Wyborcza que 100 milliards de dollars ne seraient sans doute pas suffisants pour sauver la Grèce. Demander de l'aide à la Chine est une erreur surprenante, selon lui.
La coopération au sein de la zone euro ne doit pas entrer en contradiction avec l'unité de l'UE dans son ensemble, a affirmé le premier ministre polonais, Donald Tusk, après la réunion des 27 chefs d'Etat.
La Pologne, qui assume la présidence tournante de l'UE, s'est dit satisfaite de l'accord conclu lors du sommet de la zone euro. Un porte-parole du gouvernement a affirmé que l'accord sur la recapitalisation des banques pouvait être considéré comme un succès de la présidence polonaise.