L'UE pousse les agriculteurs britanniques à exploiter les plus beaux paysages
Les agriculteurs britanniques sont encouragés à labourer certains paysages anglais qu'il faut absolument préserver, et ce afin de pouvoir continuer à bénéficier des subventions européennes, mettent en garde des experts.
Les agriculteurs britanniques sont encouragés à labourer certains paysages anglais qu'il faut absolument préserver, et ce afin de pouvoir continuer à bénéficier des subventions européennes, mettent en garde des experts.
Ces pâturages riches en vie sauvage, qui ont rendu célèbres le parc national New Forest, les South Downs, les Cotswolds et les Chilterns, sont aujourd'hui menacés par les nouvelles règles proposées par l'UE sur la politique agricole commune.
Certains experts affirment que pour éviter d'être pénalisés, les agriculteurs sont déjà en train de faucher les prairies en amont de la date butoir de 2014 pour l'enregistrement de leurs pâturages permanents, dans l’éventualité où ils souhaiteraient ensemencer plus tard.
Bon nombre de ces champs seront des praires « améliorées », à savoir des monocultures à faible valeur naturelle. Il reste environ 100 000 hectares qui contiennent différentes plantes et champignons et d’innombrables colonies d’abeilles, de lépidoptères et de papillons qui sont le résultat de plus de 6000 ans de pratiques agricoles traditionnelles et de méthodes de préservation modernes.
« Notre craignons que ces propositions n'entraînent une perte significative de prairies en raison du labourage », a expliqué Miles King, le directeur en charge de la préservation de l'environnement chez Grasslands Trust. « Notre souci n'est pas particulièrement la conversion de prairies agricoles intensives en terres arables. Par contre, la perte de prairies inexploitées ou semi-exploitée nous inquiète sérieusement. Il en reste déjà trop peu : chaque parcelle compte. Cela revient à détruire une église médiévale au bulldozer ou à en faire un lotissement : il s'agit d'éléments de notre héritage, au même titre que les églises et les œuvres artistiques. »
Jusqu'à présent, Grasslands Trust n'a entendu parler que de grandes prairies labourées l'été dernier, peu après que les propositions de réforme ont été divulguées. Toutefois, des agents fonciers et des agriculteurs seraient en train d'organiser des réunions pour discuter de la nécessité d'agir avant la date butoir.
« Certains voudront sans doute réduire au maximum leurs zones de prairies entre aujourd'hui et 2014 ou s'assurer que les prairies soient soumises à des rotations avant la date butoir des cinq ans, afin d'éviter qu'elles ne deviennent des pâtures permanentes. Les propriétaires devraient prendre en compte les actions de leurs locataires », a expliqué au Guardian Sarah Macdonald-Smith de la société immobilière Strutt & Parker.
Les craintes de voir les agriculteurs forcés d'agir rapidement ont également poussé la secrétaire à l'environnement, Caroline Spelman, et le président du NFU, Peter Kendall, à émettre des avertissements.
En janvier dernier, Mme Spelman a expliqué aux députés de la commission en charge de l'environnement, de l'alimentation et des affaires rurales qu'elle avait mis en garde le commissaire européen à l'environnement, Janez Poto?nik, sur l'une des « conséquences inattendues » de la modification des règles de la PAC : « Les fermiers pourraient avoir à labourer des prairies d'une très grande valeur. »
Lors d'une récente conférence sur l'agriculture, M. Kendall a déclaré que tout restait à jouer, dans la mesure où les agriculteurs font pression pour que les propositions soient révisées.