L'Europe en proie aux flammes : la faute aux monocultures forestières ?
Les écologistes estiment que les forêts européennes doivent être gérées différemment
Alors que la France et l’Espagne peinent à maîtriser les feux de forêt qui font rage, et que d’autres pays, de l’Allemagne à la Grèce, sont en état d’alerte maximale, l’Europe se penche sur les moyens d’éviter que cela ne se reproduise l’année prochaine.
L’Europe a connu en 2025 sa pire saison d’incendies de forêt jamais enregistrée – un record qu’elle est en passe de battre au cours des prochaines semaines.
« Au cours des prochains jours, le risque va à nouveau augmenter, non seulement en Espagne et en France, mais aussi en Grèce », a indiqué lundi un responsable de l’UE à la presse.
Mais alors que Bruxelles déploie du personnel et des avions pour aider les pompiers locaux, une intervention d’urgence ne suffira pas à elle seule à maîtriser les flammes, a averti lundi la Commission européenne.
« Quand on est sur le terrain et qu’on voit des flammes de plus de 15 mètres de haut, comme cela a été le cas en Espagne et en France […] on ne peut rien faire », a déclaré ce responsable.
S’attaquer aux causes profondes des feux de forêt, telles que les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, nécessitera des politiques à long terme. Mais il existe des moyens de réduire le risque à court terme, a déclaré Tammouz Eñaut Helou, secrétaire général de l’Union de la Coopération Forestière Française (UCFF).
Sensibilisation
Cela passe notamment par une sensibilisation aux mesures à prendre pour se préparer aux départs de feu, a expliqué Helou, comme « l’entretien des voies d’accès à travers les forêts afin de permettre aux pompiers d’intervenir plus efficacement ».
C’est un domaine dans lequel Bruxelles peut jouer un rôle qui va au-delà du simple envoi d’avions une fois que les incendies font déjà rage, a ajouté Helou.« La future politique agricole commune (PAC) devrait continuer à permettre le financement de la création et de l’entretien de ces voies d’accès aux forêts. »
Une autre mesure essentielle consiste à débroussailler les terrains et à déchaumer les chaumes afin de réduire la quantité de biomasse inflammable et de ralentir la propagation des incendies. « Il est très important de mettre en place des mesures permettant de gérer le combustible végétal présent sur le territoire », a déclaré le responsable européen.
En France, les obligations de débroussaillage ne s’appliquent actuellement que dans certaines zones, principalement le long des routes menant aux habitations plutôt qu’au sein même des parcelles forestières. Helou estime qu’il faut aller plus loin.
Débat sur la diversification
Les écologistes affirment que c’est la structure même de nos forêts qui doit être repensée.
« Les incendies qui ravagent la France, tout comme le plus grand sinistre survenu près de Madrid, se propagent à travers les plantations forestières. Ces monocultures sont deux fois plus susceptibles de brûler que les forêts naturelles », a déclaré dimanche Samuel Lawson, directeur de l’association environnementale britannique Earthsight, dans un message publié sur LinkedIn.
Cette question revêt une importance particulière lors du reboisement, a expliqué la semaine dernière à France Inter Sylvain Angerand, directeur de l’association française Canopée. Selon lui, la France accroît les risques d’incendie en remplaçant des forêts de feuillus diversifiées par des plantations de pins maritimes, particulièrement sensibles au feu – notamment dans les Landes, qui sont actuellement en proie aux flammes.
Helou, qui représente les planteurs de ces forêts, n’est pas d’accord.
« Dans les conditions que nous connaissons aujourd’hui, tout brûle, qu’il s’agisse de forêts de feuillus ou de conifères, de forêts très diversifiées ou moins diversifiées », a-t-il affirmé. « Le véritable problème, c’est le changement climatique et la manière dont nous nous y préparons. »
(rh, bw)