L'UE vers un accord budgétaire sans la Grande-Bretagne
Vingt-six pays de l'Union européenne finaliseront un pacte visant à rendre la discipline budgétaire plus stricte dans la zone euro d'ici au mois de mars, a déclaré hier à Strasbourg le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Dans le même temps, l'Union tente de regagner la confiance des marchés sans toutefois jouir du soutien de la Grande-Bretagne.
Vingt-six pays de l'Union européenne finaliseront un pacte visant à rendre la discipline budgétaire plus stricte dans la zone euro d'ici au mois de mars, a déclaré hier à Strasbourg le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Dans le même temps, l'Union tente de regagner la confiance des marchés sans toutefois jouir du soutien de la Grande-Bretagne.
M. Van Rompuy s'est déclaré déçu de voir la Grande-Bretagne rejeter l'accord, décidé lors du sommet de l'UE la semaine dernière, visant à enrayer la crise de la dette par le biais de l'intégration budgétaire. Il a cependant clairement indiqué que la porte resterait ouverte pour Londres.
Dans son discours au Parlement européen, M. Van Rompuy a déclaré à propos des signataires de l'accord : « Ils reconnaissent l'euro comme un bien commun ». « Le traité de pacte budgétaire sera donc signé début mars au plus tard ».
Ce « pacte budgétaire » devrait permettre une meilleure surveillance des dépenses des Etats pour empêcher une nouvelle crise à l'avenir et potentiellement encourager la Banque centrale européenne à intensifier ses achats de titres de créance de pays en difficulté afin de contenir les coûts d'emprunt.
L'euro a atteint son niveau le plus bas en 11 mois hier, alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, aurait déclaré à ses législateurs conservateurs, lors d'une réunion à huis clos, qu'elle rejetterait toute augmentation du plafond du futur fonds de sauvetage européen.
Selon un trader à la bourse de Francfort, « à chaque fois qu'un espoir de voir plus de fonds arriver est balayé, les marchés ont des réactions très fortes, en ce moment ».
Les déclarations de Mme Merkel sont une réponse à M. Van Rompuy, qui avait annoncé au Parlement que la question de savoir si le plafond de 500 milliards d'euros prévu pour le mécanisme européen de stabilité était suffisant serait examinée d'ici mars.
La Grande-Bretagne a refusé de modifier le droit fondamental de l'UE, le traité de Lisbonne, pour y introduire des règles budgétaires plus strictes au sein de la zone euro. Son refus vient du fait qu'elle n'est pas parvenue à obtenir une dérogation pour protéger son secteur de services financiers contre les lois de Bruxelles.
Les exigences du premier ministre britannique, David Cameron, ont fait l'objet de critiques de la part du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a affirmé que de telles dérogations auraient porté préjudice au marché unique européen garantissant la libre circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services.
« En échange de son accord, le Royaume-Uni demandait l'élaboration d'un protocole spécifique aux services financiers qui, en l'état, représentait un risque à l'intégrité du marché intérieur », a déclaré M. Barroso au Parlement. « Cela a rendu tout compromis impossible. »
Mis à l'écart, mais pas montré du doigt
Craignant d'être dirigé par une zone euro favorable à un contrôle centralisé des budgets nationaux, M. Cameron s'est opposé à la modification des traités pour tenter de conserver son influence, mais il semble à présent isolé.
« Pour utiliser une expression toute britannique, si vous êtes conviés à la table, vous êtes soit invité soit au menu », a déclaré sous un tonnerre d'applaudissements le leader de l'alliance des libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt.
M. Van Rompuy a adopté un ton plus conciliant et a tenté de rassurer les Britanniques, qui craignent d'être mis à l'écart du futur cadre de travail européen.
« Cette décision n'annonce en aucun cas une discrimination quelconque », a-t-il affirmé. « Un jour, nous serons 27 autour de la table et nous pourrons aller de l'avant sur des sujets qui faisaient encore l'objet de désaccords il y a quelques jours. »
De nombreux décideurs politiques et analystes pensent que la décision de la Grande-Bretagne affaiblira son influence dans l'élaboration d'une réglementation financière, dans la mesure où les 26 autres Etats signataires d'un nouveau régime budgétaire se réuniront plus régulièrement et fixeront eux-mêmes le calendrier.
« Même si officiellement, la Grande-Bretagne pourra toujours voter sur les réglementations financières, sa voix dans les négociations sur l'orientation de ces réglementations sera plus faible que les autres », a déclaré Sony Kapoor, le directeur exécutif du groupe de réflexion économique Re-Define.
Pourtant, en signe de l'agitation qui règne à présent dans le pays, Nigel Farage, parlementaire européen eurosceptique et dirigeant du parti pour l'indépendance du Royaume-Uni, a déclaré qu'il était temps pour Londres de couper les ponts avec l'UE.
« La Grande-Bretagne est sur le point de s'évader », a-t-il déclaré. « Vous avez décidé de rester sur le Titanic qui se dirige vers un désastre économique et démocratique, nous avons choisi le canot de sauvetage. »
Plusieurs pays non membres de la zone euro, comme la Hongrie, la République tchèque et la Suède, doivent encore recevoir l'approbation de leurs parlements nationaux avant de pouvoir assurer leur soutien total au pacte budgétaire.
Selon certains diplomates, il s'agit d'une simple formalité, mais les titres de la zone euro ont perdu du terrain depuis le dernier sommet, ce qui reflète la déception des investisseurs face à l'échec des dirigeants à prendre des mesures immédiates pour enrayer la crise.
Mardi dernier, le fonds de sauvetage de la zone euro a vendu pour 1,97 milliard d'euros d'obligations à trois mois, une vente qui a suscité l'appétit des investisseurs qui ont joué la carte de la sécurité avec des obligations de premier rang et à court terme.
Cependant, les analystes soutiennent que la menace de dégradation des notations de crédit des membres de la zone euro signifie que toute tentative du fonds de lever des capitaux à long terme pourrait s'avérer bien plus difficile.