L’Ukraine compare la signature d’un pacte avec l’UE à la chute du mur de Berlin

L’ambassadeur de l’Ukraine auprès de l’UE a indiqué que la signature d’un accord d’association avec Kiev pourrait avoir la même ampleur que la chute du mur de Berlin.

EURACTIV.com
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L’ambassadeur de l’Ukraine auprès de l’UE a indiqué que la signature d’un accord d’association avec Kiev pourrait avoir la même ampleur que la chute du mur de Berlin.

Kostiantyn Yelisieiev a récemment été promu et occupe désormais le poste de conseiller en politique extérieure pour le président ukrainien. Il a tenu un plaidoyer afin que l'UE adopte une « vision stratégique » sur la future position géopolitique de l'Ukraine en Europe.

 

« En Ukraine, nous considérons la signature de cet accord comme le deuxième évènement [le plus important] après la déclaration d'indépendance du pays [le 16 juillet 1990]. Je voudrais appuyer mon argument : cette signature serait pour l'Ukraine à l'image de la chute du mur de Berlin pour l'Allemagne il y a quelques années. »

 

L'accord d'association avec l'Ukraine a été paraphé il y a plus d'un an, mais l'UE a fait dépendre sa signature des progrès réalisés entre autres dans les réformes démocratiques et judiciaires, dont la libération de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko. Le projet d'accord propose une coopération économique et politique renforcée, mais n'ouvre pas la voie à l'adhésion à l'UE.

 

L'Ukraine espère signer l'accord lors du sommet du Partenariat oriental organisé à Vilnius les 28 et 29 novembre sous la présidence lituanienne du Conseil de l'UE. Plusieurs dirigeants des États membres de l'UE, notamment ceux des pays de l'ex-Union soviétique, plaident en faveur d'une signature lors de ce sommet pour des motifs géopolitiques. La Lituanie, qui assure la présidence tournante depuis le 1er juillet, espère vraiment que ce sommet portera ses fruits.

 

D'autres pays, tels que l'Allemagne, ont soumis des conditions en matière de réformes judiciaires (voir « Contexte »).

 

M. Yelisieiev a critiqué devant la presse à Bruxelles le « manque de vision stratégique » des pays opposés à la signature de cet accord.

 

« Cet accord renforcera l'indépendance politique, l'intégrité territoriale et la souveraineté de mon pays. Les opposants à la signature de cet accord sont donc contre une Ukraine indépendante, forte et européenne », a-t-il affirmé, sans mentionner l'Allemagne.

 

 

Il est évident que les propos du conseiller se réfèrent à la position de l'Allemagne et du Parti populaire européen de centre-droit au Parlement européen, lieu d'influence pour les députés démocrates-chrétiens allemands.

 

Selon M. Yelisieiev, l'Ukraine a rédigé un tableau comprenant les points de vue des États membres de l'UE et trouvé « étrange » que plusieurs pays n'aient pas exprimé leur opinion.

 

Une gaffe dans un communiqué du G8 ?

 

Il a également attiré l'attention sur le communiqué du G8 publié au mois de juin. Les dirigeants des huit grandes puissances ont indiqué « accueillir favorablement l'intégration commerciale et économique de la Russie avec certains des pays de la région ».  Moscou préconise depuis longtemps une « Union eurasienne », l'épine dorsale d'une union douanière menée par la Russie. Cette union comprend pour l'instant le Belarus et le Kazakhstan.

 

Au cours de la dernière conférence de presse du G8, le président russe a fait une allusion spéciale à une phrase de ce communiqué : « J'étais particulièrement heureux de constater que le communiqué final du sommet indique que nos homologues du G8 accueillent favorablement le processus d'intégration en cours dans l'espace postsoviétique et la création d'une union douanière. C'est très important pour nous », a affirmé Vladimir Poutine selon le site du Kremlin.

 

Selon le conseiller ukrainien en politique extérieure, le soutien apparent du G8 en faveur de l'Union eurasienne de la Russie laissait entendre que les membres européens du G8 (l'Allemagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni) avaient des intentions cachées concernant l'Ukraine.

 

Des sources ont déclaré à Euractiv que cette phrase était une erreur des « sherpas », des représentants personnels de chefs d'État, qui ont négocié au nom des États membres de l'UE. La réputation des diplomates russes dans la négociation de communiqués communs n’est plus à faire. Ils dupent souvent leurs homologues, selon ces sources.

 

Cet incident n'est certainement pas interprété comme une erreur de sherpas à Kiev. M. Yelisieiev a demandé des éclaircissements, mais n'a pas encore reçu de réponse satisfaisante.

 

Ioulia Timochenko sera-t-elle hospitalisée à Berlin ?

 

Le conseiller n'a pas réfuté les articles de presse indiquant que Ioulia Timochenko pourrait être transférée en Allemagne pour y être soignée. Le dialogue entre Kiev et Berlin s'est fortement intensifié au cours des deux dernières semaines.

 

Il a affirmé que son pays enregistrerait des « progrès tangibles » en matière de réformes du système judiciaire ou du droit électoral d'ici le début du mois d'octobre.

 

Autres points de vue

 

Le simple transfert de Ioulia Timochenko à l'étranger ne suffira pas à apaiser les craintes de l'UE en matière de « justice sélective », a expliqué un diplomate de l’une des grandes puissances occidentales contacté par Euractiv.

 

« Cette décision serait la bienvenue, mais pas suffisante », a-t-il souligné.

 

Un ambassadeur d'un pays d'Europe orientale a déclaré à EURACTIV que la pression allemande sur l'affaire Timochenko ne serait pas tenable à long terme.

 

Ioulia Timochenko « a bien sûr un problème » avec la justice ukrainienne en raison de ses activités en tant que femme d'affaires et de « l'abus de pouvoir » dans la conclusion de l'accord gazier en 2009 entre l'Ukraine et la Russie. Il est « difficile de ne pas tenir compte » de ce fait. Il a ajouté que l'UE avait l'habitude de faire pression sur les pays qui désirent rejoindre l'UE afin qu'ils ne fassent pas de compromis sur des affaires de corruption ou des crimes impliquant de hauts représentants.

 

« Si nous avions emprisonné un ancien premier ministre, la Commission nous aurait félicités », a-t-il déclaré.

 

Les relations entre l'UE et l'Ukraine devraient être à l'ordre du jour d'une réunion des ministres européens des affaires étrangères le 22 juillet. Aucune décision majeure ne devrait toutefois être prise. Vladimir Poutine devrait se rendre en Ukraine le 27 juillet, dans une dernière tentative de conserver l'ex-République soviétique dans le giron de la Russie.