La condamnation de Ioulia Timochenko menace les relations entre l'UE et l'Ukraine
Quelques minutes après avoir condamné l'ancienne première ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, à sept ans de prison, l'UE a publié des déclarations fortes. Elle a qualifié la décision du tribunal de « politiquement motivée » et a prévenu que cette décision pourrait entraver la signature d'un accord d'association entre l'Union et Kiev.
Quelques minutes après avoir condamné l'ancienne première ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, à sept ans de prison, l'UE a publié des déclarations fortes. Elle a qualifié la décision du tribunal de « politiquement motivée » et a prévenu que cette décision pourrait entraver la signature d'un accord d'association entre l'Union et Kiev.
Hier (11 octobre), le tribunal a condamné Mme Timochenko à sept ans de prison pour abus de pouvoir lors des négociations d'un accord gazier avec la Russie en 2009, lorsqu'elle était encore la première ministre du pays.
Suite au verdict, Mme Timochenko ne pourra donc pas se présenter aux élections législatives l'an prochain.
« Je suis certaine que la Cour européenne annulera ce jugement injuste », a-t-elle déclaré juste après l'annonce de la sentence.
L'agence d'information ukrainienne Unian a rapporté les propos de Ioulia Timochenko : « Aujourd'hui, la constitution et la justice ont été piétinées en Ukraine, personne ne peut compter sur les tribunaux. C'est un moment très difficile et important. Restons unis ! Soyons forts ! Gloire à l'Ukraine ! » s'est-elle exclamée en quittant le tribunal,
Carl Bildt, le ministre suédois des affaires étrangères qui est l'un des architectes du Partenariat oriental, visant à approfondir les relations de l'Union avec l'Ukraine et les autres pays situés à l'Est, a déclaré sur Tweeter lors d'une réunion ministérielle de l'UE que la décision de la cour « mettrait en danger les relations » entre Kiev et Bruxelles.
Catherine Ashton, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères a affirmé que l'Union était « profondément déçue » de ce verdict qui ne respectait pas les normes internationales pour un procès juste. Elle a ajouté que l'Union prendrait en compte ces récents évènements dans ses politiques envers l'Ukraine.
« Ceci nous confirme malheureusement que la justice s'applique de façon sélective dans des procès politiquement motivés contre les leaders de l'opposition et les membres de l'ancien gouvernement. Cela est d'autant plus décevant dans un pays qui exerce actuellement la présidence du Comité des ministres du Conseil de l'Europe », a affirmé Mme Ashton.
L'Ukraine dirige en effet le Comité des ministres des affaires étrangères depuis le 11 mai et assumera cette fonction jusqu'au 7 novembre 2011. Les activités du Conseil de l'Europe concernent surtout le respect des droits de l'Homme.
Lorsqu'EURACTIV a demandé à un haut diplomate de l'UE si ce verdict remettait en question la visite du président Victor Ianoukovitch le 20 octobre à Bruxelles, il a répondu que c'était au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de prendre ce genre de décisions si nécessaire.
Les partis politiques réagissent
Wilfried Martens, le président du Parti populaire européen de centre-droit, a été plus loin que Mme Ashton en demandant la suspension des négociations sur l'accord d'association entre l'UE et l'Ukraine qui auraient dû aboutir à une signature en décembre.
« La promesse de M. Ianoukovitch aux dirigeants européens de libérer les prisonniers politiques pour qu'ils puissent se présenter aux élections n'a pas encore été respectée, ce qui rend la coopération de l'UE avec les autorités ukrainiennes extrêmement problématique », a déclaré M. Martens.
Tous les partis n'ont cependant pas réagi aussi rapidement que le PPE. Le groupe des Socialistes & Démocrates (S&D) au Parlement européen ne s'est pas empressé de publier un communiqué.
Les S&D se sont souvent montrés plus souples face à ce qui a été considéré par les autres groupes démocratiques comme un retour en arrière de la part de M. Ianoukovitch.
Les autorités ukrainiennes restent optimistes
Devant la presse, le ministre ukrainien des affaires étrangères, Konstantin Grichtchenko, a minimisé les effets des pressions exercées par l'UE sur son pays. « Je pense que de nombreux acteurs de la scène ukrainienne prennent ces pressions au sérieux, mais ce n'est pas parce que quelqu'un nous dit quoi faire que nous allons pour autant nous exécuter sur-le-champ », a-t-il déclaré.
Le chef de la mission ukrainienne auprès de l'Union européenne, Konstantin Yelisieiev, a souligné l'importance de l'accord d'association sur le plan international.
« A ce stade, accorder plus d'importance à l'affaire Timochenko qu'à ce document stratégique est une grande erreur […] Cette fois-ci, l'UE doit faire un choix et décider ce qui est le plus important pour elle », a-t-il affirmé.
M. Yelisieiev reste optimiste quant au résultat des négociations. « La conclusion d'un accord avec l'Ukraine sera un signal clair que l'UE a toujours confiance en son projet européen […] et selon moi, nous sommes très proches d'un accord », a-t-il avancé.
D'anciens alliés de Mme Timochenko passent dans l'autre camp
Certains des détracteurs de Mme Timochenko, dont son ancien allié de la révolution orange de 2004, l'ancien président Viktor Iouchtchenko, estime qu'elle a bel et bien agi à l'encontre des intérêts de son pays en signant un accord gazier très défavorable avec la Russie en 2009.
« Pourquoi l'Allemagne a-t-elle obtenu un prix de base de 250 dollars [par 1000 mètres cubes de gaz], la Slovaquie et l'Autriche un prix allant de 250 à 300 dollars et l'Ukraine un prix de 450 dollars », a demandé M. Iouchtchenko, cité par Interfax Ukraine.