La démission de la candidate bulgare retarde l’entrée en fonction de la Commission

Le retrait de la candidature de Rumiana Jeleva au poste de commissaire va reporter le vote global d’investiture du collège par le Parlement européen, le temps d’organiser l’audition de la nouvelle candidate bulgare, Kristalina Georgieva.

Le retrait de la candidature de Rumiana Jeleva au poste de commissaire va reporter le vote global d’investiture du collège par le Parlement européen, le temps d’organiser l’audition de la nouvelle candidate bulgare, Kristalina Georgieva.

La pression a été trop forte. Une semaine après son audition mouvementée du 12 janvier, la candidate bulgare au poste de commissaire à la Coopération internationale, à l’Aide humanitaire et à la Gestion de crise, Rumiana Jeleva, a informé le premier ministre Boyko Borisov de son retrait de la sélection. Elle a par ailleurs démissionné de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères. L’ancienne candidate a donc refusé d’attendre l’évaluation officielle des députés européens, qui aurait du avoir lieu le 26 janvier 2010.

Sceptique quant à un « traitement juste et une évaluation objective » de ses compétences après les « trois mois de campagne contre [elle] », l’ancienne candidate a exhorté le premier ministre à soumettre une autre candidature au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Conflits d’intérêts

Les députés européens de la commission Développement avaient reproché à la commissaire désignée, lors de son audition, son incapacité à gérer des conflits d’intérêts dans le passé. Un député socialiste a également dénoncé ses liens avec les anciens services communistes.

En dehors du PPE, les députés avaient également mis en doute sa compétence dans le domaine de la Coopération internationale, et réclamé le retrait de sa candidature.

José Manuel Barroso a annoncé que la Bulgarie avait choisi pour la remplacer l’actuelle vice-présidente de la Banque mondiale, Kristalina Georgevia.

Cette démission bouleverse le calendrier d’entrée en fonction de la Commission européenne, initialement prévue le 1er février 2010.

Au PPE, on évoque maintenant le 3 février pour l’audition de la candidate bulgare et le 9 février pour le vote global d’investiture, à Strasbourg.

Même portefeuille pour Mme Georgevia

En effet, le Parlement européen est censé mesurer l’aptitude de la remplaçante de Rumiana Jeleva à gérer le portefeuille de Coopération internationale, lors d’une nouvelle audition. Or, la candidate doit « avoir le temps de se préparer », a déclaré le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, lors d’une conférence de presse mardi 19 janvier. « Je m’attends à ce qu’il s’agisse du même portefeuille », a-t-il ajouté par ailleurs, sans plus de détails sur l’élaboration ou non d’un questionnaire différent.

L’entrée en fonction devrait suivre rapidement, c’est-à-dire le temps que les nouveaux commissaires prêtent serment, et à condition que d’autres candidats ne soient pas mis sur la sellette d’ici le vote global.

Le président du Parlement européen a cependant précisé qu’il fallait attendre la réunion entre José Manuel Barroso et Kristalina Georgevia, le 20 janvier, pour en savoir plus sur la suite des opérations.

Les réactions du PPE suite à la prestation du commissaire slovaque Maroš Šef?ovi? ont laissé entrevoir l’hypothèse d’une « contre-attaque », mais ne devraient pas différer le vote. «Monsieur Šef?ovi? ne nous a pas satisfaits et nous attendons des réponses politiques », explique le PPE. Outre les auditions, des « réponses politiques » sont aussi attendues de la part de Catherine Ashton, en visite en Haïti. Mais il n’est pas question d’appliquer des « mesures de rétorsion ».

POSITIONS  :

La coordinatrice du Groupe des Verts/ALE au Parlement européen, Catherine Grèze, s’est félicitée de la démission de Rumiana Jeleva. « La décision de Madame Jeleva de retirer sa candidature va dans le bon sens. A l’évidence, bien qu’elle ait été par deux fois députée européenne, elle ne maîtrisait absolument pas son portefeuille », a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse. « C’est bien la compétence qui doit être privilégiée lors de la nomination des nouveaux commissaires. La vigilance dont ont fait preuve les parlementaires montre l’étendue de leurs ambitions pour l’Union européenne. », a-t-elle ajouté.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a refusé de voir un coup de force de la part du Parlement européen. « A mon sens il est important que les procédures fonctionnent. Notre objectif est de les achever dès que possible, en étant aussi efficace que possible », a-t-il insisté.

« Nos adversaires politiques ont tiré sur Mme Jeleva sans aucun scrupule, ils l’ont accusée sans aucune preuve, et, se rendant compte que leurs attaques personnelles étaient sans fondement, ils ont mis en cause sa compétence. », a pour sa part déclaré le président du PPE, Joseph Daul. « Le PPE ne s’abaissera pas à des attaques de bas niveau », a-t-il rétorqué.

Le député européen Alain Lamassoure (UMP-PPE) a estimé que l’audition de Kristalina Georgieva serait sans doute plus sereine. N’ayant jamais occupé de fonctions proprement nationales, « elle ne sera pas victime d’un règlement de comptes entre politiques bulgares », a-t-il prédit.

Le président du groupe ADLE Guy Verhofstadt a considéré que le choix de la nouvelle candidate bulgare était « a priori pertinent pour mener la gestion communautaire de la crise et l’aide humanitaire ».

« Le collège proposé n’est tout simplement pas à la hauteur. Ce constat largement partagé a d’ores et déjà mené au retrait d’une des candidates, même si le problème ne saurait être réduit au seul cas de la commissaire à l’Aide humanitaire. », fustige quant à lui le parti socialiste dans un communiqué.