La droite allemande à couteaux tirés suite à l’émergence d’un nouveau parti
En Allemagne, la WerteUnion, composée principalement de membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de centre droit, a décidé de créer un nouveau parti, alors que la bataille pour rallier les électeurs de droite se poursuit.
En Allemagne, la WerteUnion (« union des valeurs »), un groupe composé principalement de membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU, Parti populaire européen) de centre droit, a décidé samedi (20 janvier) de créer un nouveau parti, alors que la bataille pour gagner les voix des électeurs de droite se poursuit dans un contexte de colère du public face à la montée de l’extrême droite dans le pays.
Ces derniers mois, les partis de droite de toute l’Europe ont grimpé dans les sondages, ce qui a donné lieu à une lutte acharnée entre différents partis pour rallier les électeurs souhaitant donner leur voix à la droite.
Dans le même temps, en Allemagne, la colère de l’opinion publique face à la montée de l’extrême droite ne cesse de croître. Entre vendredi et dimanche, plusieurs centaines de milliers de personnes ont manifesté contre la montée de l’extrémisme de droite et l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Les manifestations organisées à Hambourg et à Munich ont pris fin prématurément en raison du trop grand nombre de participants.
Les manifestations ont eu lieu après que Correctiv, un journal d’investigation indépendant, a révélé que des membres de l’AfD avaient participé à une réunion secrète au cours de laquelle ils se sont vu présenter un plan visant à expulser les résidents indésirables en Allemagne, tels que les citoyens allemands issus de minorités ethniques.
Le chancelier Olaf Scholz a qualifié vendredi cette réunion d’« attaque contre la démocratie » et a déclaré qu’il soutenait les manifestations.
Conservatisme politique
La WerteUnion est le deuxième parti ciblant les électeurs conservateurs à voir le jour cette année, après la création du parti « gauche-conservateur » BSW – Pour la raison et la justice de Sahra Wagenknecht, députée anciennement membre de La Gauche (Die Linke).
Les membres de la WerteUnion ont voté samedi pour rompre les liens avec la CDU et charger son chef de file, Hans-Georg Maassen, ancien chef des services secrets allemands qui suscite la controverse, de créer un parti éponyme.
« À une large majorité, les membres de la WerteUnion ont voté pour la création d’un parti du même nom », a déclaré Hans-Georg Maassen.
Le nouveau parti devrait défendre une « politique conservatrice » et contribuer à un « tournant politique » en Allemagne, a déclaré M. Maassen à l’agence de presse dpa peu de temps après avoir révélé ses intentions.
La WerteUnion a été fondée en 2017 comme sous-organisation non officielle de la CDU par des membres mécontents de la politique centriste de l’ancienne chancelière du parti, Angela Merkel.
Cependant, l’organisation n’a jamais été reconnue par la CDU et a été perçue comme sujette à la controverse en raison de sa prétendue proximité avec l’AfD, qui reste soumise à un « cordon sanitaire » en Allemagne.
À la suite de l’annonce du projet de création d’un nouveau parti, le dirigeant de la CDU, Friedrich Merz, a annoncé qu’il présenterait une motion d’incompatibilité de la WerteUnion avec la CDU lors de la prochaine conférence du parti.
Un échiquier politique de plus en plus complexe
La WerteUnion rejoint un groupe de plus en plus nombreux de partis qui se disputent les électeurs de droite en Allemagne et en Europe, alors que les partis de droite ont le vent en poupe en vue des élections européennes de juin.
Selon les dernières prévisions concernant les élections européennes, le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) et le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) arrivent en troisième et quatrième position des intentions de vote.
L’AfD (ID) arrive en deuxième position derrière la CDU, avec environ 22 % des intentions de vote en Allemagne.
L’AfD sera rejointe par la BSW et la WerteUnion, ainsi que par le parti des Électeurs libres (Freie Wähler), un parti conservateur avec des bastions régionaux qui cherche à augmenter son nombre de voix au niveau national.
Toutefois, une fragmentation significative du vote de droite n’est pas garantie, car les perspectives des concurrents de l’AfD restent floues.
Selon les sondages, les Électeurs libres devraientrecueillir environ 3 % des voix, tandis que la proportion de voix prévue pour le BSW de Mme Wagenknecht continue d’osciller, passant de 12 % au début du mois de janvier à 3 %, selon une récente enquête de l’institut Forsa.
Par le passé, les tentatives des défecteurs de l’AfD de créer de nouveaux partis se sont soldées par des échecs. M. Maassen n’a par exemple pas réussi à obtenir un siège dans sa circonscription lorsqu’il s’est présenté pour la CDU aux élections générales allemandes de 2021.
Quoi qu’il en soit, la WerteUnion ne devrait pas participer aux élections européennes cette année, car elle se prépare pour les élections régionales en Allemagne de l’Est cet automne.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]