La droite française veut faire avancer la PESD à Bruxelles

Face à des Européens traditionnellement réservés sur l’idée d’une Europe de la défense, la droite française tente de relancer sa construction en parallèle de la création du service diplomatique européen.

EURACTIV.fr

Face à des Européens traditionnellement réservés sur l’idée d’une Europe de la défense, la droite française tente de relancer sa construction en parallèle de la création du service diplomatique européen.

Alors que le Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité devrait préciser ses intentions sur le futur service d’action extérieure de l’UE, la politique européenne de défense ne semble pas beaucoup avancer. En temps de crise, les budgets de défense des États membres de l’Union ont subi des coupes importantes, parfois jusqu’à 40%, a rappelé le ministre Hervé Morin, lors d’un petit déjeuner organisé par l’eurodéputé Damien Abad (Nouveau centre – PPE), à la questure de l’Assemblée nationale, le 31 mars.

Une situation qui explique aussi la frilosité d’une grande majorité des États membres de l’UE à faire avancer l’Europe de la défense poussée par la France. « La politique européenne de défense n’est pas dans les gènes de nos partenaires », a rappelé le président du groupe UMP au Sénat Josselin de Rohan. La majorité des États membres de l’UE considèrent l’OTAN comme l’institution légitime pour assurer leur défense. 

Pas de concurrence avec l’OTAN

De ce point de vue, le retour de la France dans le commandement intégré de l’Organisation a cependant permis de diminuer la méfiance de nombreux Européens, ont martelé les représentants de la majorité présents. La plupart des pays de l’Est de l’Europe, notamment la Pologne, craignaient jusqu’à présent que la politique européenne de défense ne soit utilisée pour concurrencer l’OTAN. « Aujourd’hui nous travaillons avec la Pologne qui est un allié très intéressant », a d’ailleurs indiqué le député européen Arnaud Danjean (UMP-PPE), président de la sous-commission Défense du Parlement européen. Varsovie, qui sera à la tête de la présidence tournante de l’UE au deuxième semestre 2011, aurait prévu « un programme assez ambitieux en matière de sécurité et de défense », a annoncé M. Danjean.

La création d’un centre de planification et de conduite des opérations européennes constitue l’un des outils fondamentaux pour avancer dans la mise en place concrète d’une défense européenne. Si le Haut représentant pour les Affaires étrangères de l’UE, Catherine Ashton, était totalement opposé au projet lors de son arrivée en janvier – à l’instar des Britanniques -, elle semble avoir changé de point de vue.

Reste également le gros chantier de l’Europe de l’armement. Fortement concurrencée par les Américains, l’Europe « doit aujourd’hui savoir quel matériel de défense elle veut et à qui elle l’achète », a martelé le PDG de Dassault, Serge Dassault qui a plaidé pour l’instauration d’une préférence communautaire sur l’industrie de défense. De son côté Hervé Morin a insisté sur la nécessité de construire des groupes européens dans le domaine pour permettre des partenariats industriels.

Afin de faire avancer l’Europe de la défense, portée principalement par la France, l’ancien ministre et député de la Drôme, Hervé Mariton (UMP) a proposé à Xavier Bertrand de demander au PPE la réalisation d’un Livre blanc sur la défense européenne. Il serait ensuite discuté au sein du groupe parlementaire. « On peut initier au niveau politique ce qu’on ne peut pas faire au niveau interétatique », a-t-il expliqué. Les conservateurs britanniques, hostiles au projet, ayant changé de groupe parlementaire, les Français pourraient plus facilement susciter l’adhésion de leurs partenaires avant d’essayer de convaincre plus largement au sein de l’assemblée européenne. Selon Hervé Mariton, la question de la dépendance entre PESD et OTAN doit être au coeur du projet. « La PESD existe-t-elle en tant que telle ou faut-il la considérer comme un pilier de l’OTAN ? », a-t-il lancé à l’occasion de cette rencontre.


CALENDRIER :

26 avril : Réunion des ministres européens de la Défense présidée par Catherine Ashton (Bruxelles)