La France va défendre le nucléaire à Bruxelles
Lors de la réunion des dirigeants européens consacrée à l’énergie, vendredi 4 février, Paris compte bien promouvoir les investissements dans les énergies "non carbonées" au-delà des énergies renouvelables.
Lors de la réunion des dirigeants européens consacrée à l’énergie, vendredi 4 février, Paris compte bien promouvoir les investissements dans les énergies « non carbonées » au-delà des énergies renouvelables.
La France revient à la charge avec le nucléaire. Selon différentes sources, Paris serait favorable à la mise en place d’un objectif intermédiaire entre 2020 et 2050 pour atteindre un certain niveau « d’électricité décarbonnée ».
L’UE s’est fixée pour objectif d’atteindre 20% d’énergie d’origine renouvelable et de diminuer de 20% ses émissions de CO2 d’ici 2020. Celles-ci doivent être divisées par quatre d’ici 2050.
Un projet de conclusions intermédiaire de la réunion des dirigeants européens à Bruxelles, vendredi 4 février, consulté par EURACTIV.fr, indique que « l’UE et les États membres doivent soutenir les investissements dans les renouvelables et dans des technologies faibles en carbone, sûres et durables ».
Selon nos informations, au cours des préparations, la France a également tenu à rappeler la nécessité pour l’UE de « veiller à fixer des étapes intermédiaires concrètes pour atteindre l’objectif de 2050 ». Elle invite aussi à « tenir compte du fait que la Commission a fixé comme objectif pour 2020 que deux tiers de la production d’électricité soit à faible teneur en carbone ». Enfin, Paris veut que « le Conseil européen [surveille] régulièrement l’évolution de ce dossier. »
Mais, à la veille du Conseil européen, ces derniers amendements français ne semblaient pas avoir été retenus par la présidence hongroise.
La volonté de la France de voir mieux prise en compte l’énergie d’origine nucléaire dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est pas nouvelle. En 2007, lors de l’adoption des grands objectifs climatiques par l’UE, le président français de l’époque, Jacques Chirac, avait essayé de faire en sorte que les énergies « décarbonées » puissent être assimilées à des énergies renouvelables. Le nucléaire était donc essentiellement visé.
« Percée décisive pour le nucléaire »
Le 31 janvier, dans un communiqué, la France et la République tchèque ont exprimé leur soutien « aux énergies sobres en carbone ». Les deux pays ont également rappelé que “l’énergie nucléaire représente une source d’énergie décarbonnée répondant à la fois à la rationalité économique et aux objectifs de lutte contre le changement climatique”.
« Ce serait une percée décisive en faveur de l’énergie nucléaire, qui aurait pour conséquence d’affaiblir indirectement les énergies renouvelables », a souligné l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes (Verts/ALE). Il a dirigé les négociations sur la directive renouvelables, lors de l’adoption des textes sur les grands objectifs climatiques de l’UE en 2008.
De son côté, la députée européenne Corinne Lepage (ADLE – Cap 21), estime que cette mesure permettrait non seulement à la France de “pomper les subventions européennes destinées aux énergies alternatives », mais aussi de poursuivre “sa politique de sabotage quant au développement des filières”.
Cette initiative intervient à un moment de turbulence dans le secteur des renouvelables en France. Le gouvernement a récemment baissé brutalement les tarifs de rachat de l’énergie solaire, par crainte notamment, des effets d’aubaines.
Inquiétudes sur les renouvelables
Dans le même temps, les professionnels ont émis des doutes sur la capacité de la France à atteindre ses objectifs de 23% d’énergie renouvelable dans son mix énergétique en 2020. « Nous sommes inquiets pour 2020 car la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement tarde », a affirmé, mardi 1er février, le président du Syndicat des énergies renouvelables français, André Antolini.
Paris plaiderait également pour que les dirigeants européens reconnaissent officiellement la prise de position de l’association des responsables des Autorités de sûreté nucléaire des pays d’Europe de l’Ouest (Wenra) sur les standards de sûreté pour la conception des futurs réacteurs.
En novembre, l’association a approuvé sept objectifs de haut niveau. Leur reconnaissance au plan politique permettrait à la France de positionner Areva en bonne place par rapport à ses concurrents.
Le projet final de conclusions du Conseil ne mentionne pas la déclaration de Wenra. Il indique simplement que l’UE « doit promouvoir les plus hauts standards pour la sureté nucléaire ».
