La perspective d'un accord se dessine en Ukraine
La visite des chefs de la diplomatie française, allemande et polonaise à Kiev a débouché sur un projet d'accord avec le président ukrainien. Mais les diplomates européens restent prudents sur la possibilité d'une sortie de crise.
La visite des chefs de la diplomatie française, allemande et polonaise à Kiev a débouché sur un projet d'accord avec le président ukrainien. Mais les diplomates européens restent prudents sur la possibilité d'une sortie de crise.
Après une nuit de négociations, le premier ministre polonais Donald Tusk, a annoncé la conclusion d’un projet d’accord en Ukraine dont la version définitive n’a pas encore été bouclée.
Le chef du gouvernement polonais, dont le ministre des Affaires étrangères participe à la mission de médiation européenne, a ajouté qu'il fallait être très prudent quant à une possible issue de la crise en Ukraine.
« Nous ne sommes pas parvenus à un accord. Ce qui a été réglé, c'est un projet d'accord », a-t-il dit à la presse. « Signer un accord donne l'espoir qu'il servira de point de départ, mais je ferai preuve de prudence avant de prédire la fin du conflit » a-t-il poursuivi.
De son côté, la présidence ukrainienne a fait une annonce plus optimiste en déclarant que « les négociations pour résoudre la crise politique entre le président Viktor Ianoukovitch, les responsables de l'opposition, et les représentants de l'Union européenne et de la Russie ont abouti à un accord qui doit être signé à midi à la présidence », selon le communiqué.
Selon les médias ukrainiens, le projet d’accord prévoit une présidentielle anticipée au mois de décembre, la formation d'un gouvernement de coalition d'ici dix jours et une réforme constitutionnelle dans les deux jours à venir.
Prudence européenne
Les ministres français, allemand et polonais des Affaires étrangères ont entamé depuis le 20 février des négociations « très difficiles » sur fond d’affrontements meurtriers à Kiev entre manifestants et forces de l'ordre.
Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier et Radoslaw Sikorski ont prolongé leur mission jusqu'à vendredi dans la capitale ukrainienne pour discuter avec le pouvoir et l'opposition d'une possible sortie de crise.
Après avoir rencontré pendant quatre heures le président Viktor Ianoukovitch, ils ont revu jeudi en fin d'après-midi les chefs de file de la contestation puis retrouvé à nouveau le chef de l'Etat en début de soirée. Les chefs de l'opposition se sont ensuite joints aux discussions, a indiqué Radoslaw Sikorski sur son compte Twitter.
« Nous avons cherché tous les moyens (nous avons) à la fois regardé comment un nouveau gouvernement pouvait être mis en place, réfléchi à de nouvelles élections, regardé comment cesser la violence », a dit Laurent Fabius.
arallèlement, la chancelière allemande Angela Merkel s'est entretenue au téléphone avec Barack Obama et Vladimir Poutine et tous trois se sont entendus pour trouver une solution politique afin de mettre fin à la violence. Washington a ainsi promis de rester « en contact étroit » avec l'Europe sur le dossier.
Sanctions
A Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères de l'Union européenne se sont réunis le 20 décembre pour un Conseil d’urgence consacré à la situation en Ukraine au cours duquel les chefs de la diplomatie européenne se sont prononcés en faveurs de sanctions contre les responsables de la répression.
Parmi les sanctions décidées figurent le « le gel des avoirs et la suspension des visas à l'encontre des responsables des violations des droits de l'homme » détaille un communiqué publié à l’issue du conseil.
Les États membres ont par ailleurs « convenu de suspendre les licences d'exportation sur les équipements susceptibles d'être utilisés pour la répression interne ».
Barack Obama examine également en urgence les possibilités de sanctions pour tenter de faire pression sur le pouvoir ukrainien, a déclaré la Maison-Blanche.
Vladimir Poutine, qui a suspendu pour l'heure son aide financière à Kiev, a de son côté dépêché un médiateur, son conseiller en matière de droits de l'homme Vladimir Loukine, chargé de faire la navette entre le pouvoir et l'opposition.
Tirs à l’arme automatique
Depuis le 18 février, les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont fait 75 morts et des centaines de blessés, selon le ministère de la Santé, ce qui signifie que 47 personnes ont trouvé la mort dans la seule journée de jeudi, la plus meurtrière en Ukraine depuis l'indépendance du pays en 1991.
Le 19 février, le président Ianoukovitch annonçait pourtant une « trêve » négociée avec les chefs de file de la contestation.
Mais de nouveaux affrontements ont éclaté en début de matinée dans le centre de la capitale, où des manifestants radicaux ont repris le contrôle de la place de l'Indépendance.
Lançant des pierres et des bombes incendiaires, ils ont chargé en direction de secteurs de la place proches de la présidence et du parlement que les forces de l'ordre avaient repris dans l'assaut donné mardi soir.
Des éléments de la « Berkout », la police anti-émeutes, ont tiré à l'arme automatique pour couvrir le repli de leurs collègues. D'autres ont été vus tirant sur la foule depuis un toit dominant la place. Un opposant casqué a été filmé en train de tirer à l'abri derrière un arbre.
La télévision ukrainienne a retransmis des images où l'on voit des policiers emmenés de force par des hommes en tenue de combat. Soixante-sept policiers ont été pris en otage, a affirmé le ministère de l'Intérieur, qui a autorisé la « Berkout » à faire usage d'armes de combat. Les manifestants ont déclaré que les policiers capturés avaient été relâchés.
Signe que Viktor Ianoukovitch a perdu des soutiens au parlement, l'assemblée a voté dans la soirée une résolution exhortant les autorités à cesser les tirs, à retirer les forces de police du centre de Kiev et à mettre fin aux actions contre les manifestants.