La République tchèque et la Pologne rejettent les contrôles à long terme aux frontières intérieures de l'UE
D'après le Premier ministre tchèque Petr Fiala, qui a accueilli son homologue polonais à Prague mercredi 9 octobre, les gouvernements tchèques et polonais estiment que l’immigration ne peut pas être combattue en introduisant sur le long terme des contrôles aux frontières nationales des États de l’Union européenne (UE).
Cet article a été mis à jour avec plus d’informations concernant la réaction en Pologne.
D’après le Premier ministre tchèque Petr Fiala, qui a accueilli son homologue polonais à Prague mercredi 9 octobre, les gouvernements tchèques et polonais estiment que l’immigration ne peut pas être combattue en introduisant sur le long terme des contrôles aux frontières nationales des États de l’Union européenne (UE).
Petr Fiala (Démocrates civiques, Conservateurs et Réformistes européens) et Donald Tusk (Plateforme civique, Parti populaire européen) se sont rencontrés à Prague, mercredi 9 octobre, a rapporté l’agence de presse tchèque ČTK.
« L’introduction de contrôles aux frontières internes de l’UE n’est pas un outil à long terme pour lutter contre l’immigration illégale », a affirmé Petr Fiala, qui estime que cette mesure ne bénéficie pas du soutien des citoyens européens et qu’elle va à l’encontre de l’idée même de l’intégration européenne.
Petr Fiala et Donald Tusk sont pourtant d’accord pour prendre plus de mesures pour lutter contre l’immigration irrégulière.
« Nous devons aller de l’avant sur cette question et peut-être regarder le sujet sous un angle légèrement différent. Nous devons être plus actifs, plus assertifs avec les pays tiers », a expliqué le Premier ministre tchèque, en soulignant que la Prague et Varsovie partageaient des positions communes sur ce dossier.
D’après Petr Fiala, la République tchèque appartient à un groupe de pays qui souhaitent depuis longtemps une version plus stricte du Pacte de l’UE sur la migration et l’asile, et donc des retours plus nombreux et mieux appliqués. D’autres pays doivent encore être convaincus, a-t-il indiqué.
« Sinon, nous verrons l’un des plus grands avantages — la libre circulation à travers l’Europe — être mis en péril », a-t-il averti.
La Pologne doit quant à elle présenter sa stratégie migratoire samedi 12 octobre, a précisé le Premier ministre polonais Donald Tusk, et celle-ci sera aussi une proposition pour l’ensemble de l’UE, a-t-il expliqué après la réunion de Prague.
L’Allemagne, voisine de la République tchèque et la Pologne, a récemment mis en place des contrôles à toutes ses frontières terrestres.
Dans un entretien avec Euractiv République tchèque, l’ambassadeur allemand à Prague, Andreas Künne, a affirmé que les contrôles étaient nécessaires en raison du crime organisé et d’un certain nombre d’autres raisons, et qu’ils ne causaient pas trop de complications pour les citoyens des trois pays.
Selon l’ambassadeur, sans la mise en œuvre complète du pacte migratoire de l’UE, il sera impossible de mettre fin aux contrôles.
Olaf Scholz durement critiqué en Pologne
Pour Andrzej Halicki, eurodéputé polonais du parti Plateforme civique (PO) au pouvoir et vice-président du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, le gouvernement du chancelier allemand Olaf Scholz (Parti social-démocrate allemand, Socialistes et Démocrates européens/S&D) a fait preuve d’hypocrisie en mettant ces contrôles frontaliers en place, et il a ramené l’UE à l’époque où elle était divisée.
Après la mise en place de ces contrôles le mois dernier, le Premier ministre Donald Tusk avait déjà mis en garde contre une suspension de facto de l’espace Schengen. La réintroduction de contrôles aux frontières de plusieurs États de l’UE a été débattue au Parlement européen, lors de la session plénière en cours.
« Olaf Scholz alimente les ressentiments anti-UE et se contredit lui-même », a déclaré Andrzej Halicki à Euractiv Pologne, ajoutant le chancelier allemand, son gouvernement et son parti SPD s’étaient autrefois opposés à renforcer la protection des frontières extérieures de l’Union, à la mise en place d’un système commun de données et au renforcement de la mission Frontex.
Il noté que l’Allemagne agit aujourd’hui différemment, mais que l’introduction de contrôles aux frontières « n’augmente pas la sécurité , mais au contraire, elle sape l’unité européenne ».
« L’Europe ne sera plus sûre que lorsqu’elle sera plus grande, mais aussi beaucoup plus intégrée », a insisté l’eurodéputé.
Il a ajouté que le libre-échange et la liberté de circulation sont probablement les plus grands avantages de l’UE pour la plupart des citoyens européens, probablement même plus importants que la sécurité.
Saper ces valeurs « signifie régresser vers le passé, vers une Europe divisée, une Europe des égoïsmes » tout en « n’apportant pas de réponse efficace à la nécessité de renforcer la sécurité sur le continent », a-t-il conclu.
La députée du parti Coalition civique, Elżbieta Łukacijewska, a de son côté qualifié de « scandaleuse » la décision de l’Allemagne d’imposer des contrôles à ses frontières.
« L’UE est fondée sur la libre circulation des services, des personnes et des biens. En portant atteinte à ces libertés, Olaf Scholz sape les fondements mêmes de l’Union », a-t-elle déclaré.
« Nous devons renforcer les frontières, mais les frontières extérieures. L’actuelle coalition allemande au pouvoir, composée des sociaux-démocrates, des Verts et des libéraux, ne semble pas le comprendre », a-t-elle ajouté.
Ces critiques sont partagées par l’opposition polonaise. L’ancienne Première ministre Beata Szydło (Droit et Justice, Conservateurs et Réformistes européens) a souligné le mécontentement des voisins de l’Allemagne. « De plus en plus de pays de l’UE commencent à résister à la domination allemande. Même les Français, de fidèles alliés de Berlin jusqu’à présent, commencent à se rebeller », a-t-elle écrit sur X.
« Soudain, tout le monde commence à réaliser l’ampleur de l’égoïsme de la politique allemande, qui a ces dernières années conduit l’économie européenne dans un piège », a-t-elle ajouté.
« L’ordre en Europe ne commencera qu’avec la condamnation définitive des politiciens allemands responsables de la catastrophe migratoire », a écrit l’eurodéputée du parti Confédération Anna Bryłka.
Cette dernière a rappelé lors du débat au Parlement que c’est la prédécesseure d’Olaf Scholz, Angela Merkel, qui « avait invité des millions de migrants en Europe, nous exposant à l’invasion de nouveaux arrivants culturellement étrangers ».