La Serbie accueillie sur le chemin de l’intégration européenne à la veille de l’indépendance du Kosovo
Les dirigeants européens ont chaleureusement applaudi la réélection du président serbe pro-européen, Boris Tadic, mais les relations entre l’Union et son voisin des Balkans restent tendues face à la perspective de l’indépendance du Kosovo.
Les dirigeants européens ont chaleureusement applaudi la réélection du président serbe pro-européen, Boris Tadic, mais les relations entre l’Union et son voisin des Balkans restent tendues face à la perspective de l’indépendance du Kosovo.
Contexte :
Le Président serbe Boris Tadic a été réélu de peu contre le candidat ultra-nationaliste et pro-russe, Tomislav Nikolic, à l’issue du second tour des élections présidentielles, le 3 février 2008.
Le dirigeant du Parti démocrate a obtenu 50,57% des voix, contre 47,71% pour le leader du Parti radical serbe et ancien allié de l’ex-président Slobodan Milosevic.
Enjeux :
Alors que les dirigeants européens se félicitent de la victoire de Tadic, les analystes soulignent que l’issue du scrutin aurait pu être radicalement différente.
Les trois petits points d’écart entre le pro-européen Tadic et le pro-russe Nikolic révèlent un profond clivage dans l’opinion serbe à propos de l’avenir de leur pays, à l’est avec la Russie, son plus grand partenaire commercial, ou à l’ouest avec l’Union européenne. « C’est, pour une grande partie, la faute des Européens », a expliqué à EURACTIV Armando Garcia-Schmitt, expert du Sud-Est de l’Europe à la Fondation Bertelsmann.
Selon le chercheur, le manque de stratégie cohérente de l’Europe envers les Balkans « conduit à toute sortes d’opportunités manquées ». De fait, l’Union européenne en est réduite à « espérer que les choses tourneront bien là-bas», ajoute-il.
Les discussions sur la cohésion interne de la Serbie et du futur statut du Kosovo, qui ont précédé en Europe les élections serbes, ont empêché l’Union européenne de parler d’une seule voix à Belgrade.
Certains États membres encourageaient ainsi les Serbes à soutenir le pro-européen Tadic afin d’accélérer la progression de la Serbie vers l’adhésion à l’Union européenne. D’autres, comme la Belgique ou les Pays-Bas, ont défendu l’idée que la signature de l’accord d’association et de coopération, étape préliminaire avant l’octroi du statut de candidat, devait être repoussée jusqu’à une complète coopération du pays avec le tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPY).
« Le résultat a été une offre imprécise, même sur la question de la facilitation de l’octroi des visas, et a ainsi donné des arguments aux opposants d’une Serbie pro-européenne » avance Armando Garcia-Schmitt.
La réélection de Tadic ne semble pas avoir rendu les choses plus claires pour l’Union européenne. Même si, son arrivée au pouvoir devrait rendre la situation plus facile et éviter l’escalade qui pourrait suivre une déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, aucun accord n’a pour le moment été trouvé sur la manière dont l’Union européenne conduira ses relations avec la province après sa sécession.
La semaine dernière, Chypre et la Roumanie ont annoncé qu’ils ne reconnaîtraient pas le Kosovo dans le cas d’une déclaration unilatérale d’indépendance. Ces pays craignent, à l’instar d’autres États membres comme l’Espagne, la Grèce ou la Slovaquie, que cette sécession crée un précédent pour les autres mouvements séparatistes en Europe.
Chypre, petite île elle-même divisée, a aussi refusé son accord pour une mission européenne de justice et de police au Kosovo, mission à laquelle s’oppose la Serbie.
Néanmoins, la mission a reçu un premier feu vert des ministres le 4 février 2008, puisque Chypre s’est servi du mécanisme de l’abstention constructive, ce qui signifie que Nicosie ne participera pas à la mission, mais ne la bloquera pas non plus.
Reste à décider quand la mission de 1800 hommes, qui prendra la relève de la mission onusienne, sera déployée. Les États membres espèrent toujours une approbation formelle du Conseil de Sécurité de l’ONU, ce qui n’est pas près d’arriver étant donnée l’opposition russe à l’indépendance du Kosovo.
« Les Européens devront aussi croiser les doigts pour que les « choses tournent bien » après la déclaration attendue d’indépendance du Kosovo », conclut donc Armando Garcia-Schmitt.
Positions :
Selon le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, la victoire de Tadic est une « victoire pour la démocratie en Serbie et pour les valeurs européennes que nous partageons ». Il a ajouté qu’il espérait que Tadic « continuerait à jouer un rôle constructif face aux nouveaux défis, pour assurer la stabilité [dans les Balkans] en ce moment critique ».
Le représentant permanent pour la PESC, Javier Solana, estime quant à lui que « le résultat signale au moins le souhait de la majorité des Serbes de poursuive dans la voie européenne ». « J’aimerais dire que l’Europe est très heureuse de ce choix », a-t-il ajouté. « Nous continuerons à travailler avec la Serbie pour qu’elle se rapproche, le plus vite possible, de la voix européenne ».
Le président serbe Boris Tadic confirme que la « Serbie a montré son grand potentiel démocratique ». À propos du Kosovo, ses propos révèlent ses divergences avec beaucoup d’États membres : « Nous assurons aujourd’hui notre soutien à nos compatriotes du Kosovo et nous leur montrons que nous ne les laisserons jamais tomber ». « Nous ne voulons pas que de mauvaises choses arrivent à quiconque. Nous voulons la paix et la coopération avec tous les pays de la région, mais nous exigeons que la Serbie soit respectée » a-t-il souligné.