La Slovaquie a autorisé des exportations qui ont servi à la production de matériel pour l’armée russe
Les douaniers slovaques ont autorisé l’exportation de milliers de marchandises utilisées pour la production de matériel destiné à l’armée russe depuis le début de la guerre en Ukraine en février dernier.
Les douaniers slovaques ont autorisé l’exportation de milliers de marchandises utilisées pour la production de matériel destiné à l’armée russe depuis le début de la guerre en Ukraine en février dernier, rapporte le journal slovaque Denník N.
Parmi les marchandises exportées on trouve notamment des roulements, des moteurs, de l’électronique et des machines utilisées dans la production de composants pour pneus.
Elles peuvent être utilisées dans la production de chars, de véhicules blindés, de systèmes de missiles ou même de porte-missiles balistiques intercontinentaux. Beaucoup de ces articles peuvent avoir un double usage : civil et militaire.
Ainsi, l’armée ukrainienne a trouvé un moteur autrichien Rotax 912, généralement utilisé pour les avions civils légers, dans l’un des drones iraniens qui ont été abattus. Le producteur du moteur, la société autrichienne Rotax, affirme qu’elle n’a pas expédié ses moteurs en Iran, mais le bureau des douanes slovaque a autorisé une petite société slovaque à exporter le moteur en avril.
De nombreuses marchandises ont également été expédiées directement à des entreprises russes, qui sont des filiales de l’armée russe. En mars, les douanes slovaques ont autorisé l’exportation de toute la chaîne de production des grands pneus vers une entreprise du Tatarstan russe.
Selon le Denník N, dans la plupart des cas, on ne sait pas si les exportateurs sont des entreprises slovaques ou s’ils proviennent d’autres États membres.
« Nous ne décidons pas si les marchandises exportées vers la Russie seront utilisées par l’armée russe ou non », a déclaré l’administration financière responsable des bureaux de douane, dans un communiqué. Elle a également nié l’affirmation selon laquelle les biens exportés peuvent avoir un double usage.
Le ministre slovaque de la Défense, Jaroslav Naď, considère la question comme un véritable problème et a promis de procéder à un examen approfondi de celle-ci.
Selon une source du bureau des douanes tchèque, le problème est que les autorités slovaques n’enquêtent pas sur les marchandises exportées. « Nous délivrons des centaines de licences chaque année et examinons chaque exportation individuelle de biens à double usage. En Slovaquie, les marchandises sont examinées en lots », a déclaré la source.
« Il s’agit d’une faille de sécurité et la Slovaquie est le maillon faible dans cette affaire », a-t-il ajouté.
« Il est frappant de constater que la République tchèque affiche des chiffres d’exportation très différents de ceux de la Slovaquie. De plus, la Slovaquie a une orientation économique similaire [à la République tchèque] et l’écart entre les données officielles sur les exportations est si important qu’il soulève un certain nombre de questions », a indiqué Pavel Havlíček, expert au sein de l’Association pour les affaires internationales.
EURACTIV a interrogé la Commission européenne pour savoir si cette affaire pouvait être considérée comme une violation des sanctions que l’Union européenne a imposées à la Russie.
L’exécutif européen a répondu que « les États membres sont responsables de la mise en œuvre des sanctions de l’UE » et que « la Commission européenne n’est pas compétente pour évaluer les cas individuels d’application des sanctions ».