La sortie du nucléaire n’est pas pour demain
L’accident de la centrale Fukushima a ouvert le débat sur l’avenir du nucléaire dans le monde. Les finances publiques atones des pays de l’UE et la demande partout croissante en énergie semblent cependant lui garantir un avenir à moyen terme.
L’accident de la centrale Fukushima a ouvert le débat sur l’avenir du nucléaire dans le monde. Les finances publiques atones des pays de l’UE et la demande partout croissante en énergie semblent cependant lui garantir un avenir à moyen terme.
« Il y aura un avant et un après Fukushima. » Cette phrase, répétée à l’envi depuis la catastrophe nucléaire survenue au Japon en mars dernier est-elle en train de se vérifier?
En Europe, les conséquences sont palpables. L’Allemagne a accéléré du jour au lendemain son arrêt du nucléaire, l’Italie a annoncé son intention de renoncer à cette énergie à la suite d’un référendum, et la Belgique est sortie du bois la semaine dernière.
Le débat est lancé
Mais le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, la Pologne, ou encore la Bulgarie ont affirmé l’importance du nucléaire dans leur mix énergétique.
En France, un phénomène encore impensable il y a un an s’est produit : le débat s’est ouvert.
L’abandon du nucléaire, qui représente aujourd’hui environ 80% de la production électrique du pays, ni même un réduction drastique à court terme, ne sont cependant à l’ordre du jour à droite.
Au PS la question n’est pas totalement tranchée. François Hollande a annoncé qu’il envisageait une diminution de la part du nucléaire pour atteindre 50% en 2025. Mais, pour lui, sortir du nucléaire n’est « ni économiquement sérieux, ni écologiquement protecteur, ni socialement rassurant ». Ses déclarations récentes sur le maintien de la construction de l’EPR de Flamanville ont d’ailleurs tendu les négociations avec les écologistes dans la perspective de l’élection présidentielle.
De son côté la société civile se mobilise. Le scénario rendu public par l’association Négawatt démontre qu’une sortie du nucléaire d’ici 2050 est possible.
Rendez-vous en 2030
A l’approche des élections présidentielles, les industriels du nucléaire sont quant à eux bien décidés à expliquer ce que coûterait une diminution trop rapide de la production de cette énergie.
Selon une étude publiée le 7 novembre par l’Union française de l’électricité (UFE), la question de l’avenir du nucléaire dans le mix énergétique français ne se pose pas avant 2030, date à laquelle les vieilles centrales n’auront plus que quelques années à vivre.
Sauf à assumer une explosion des coûts : jusqu’à 432 milliards d’euros d’investissements seraient nécessaires si cette énergie passait à 20% de notre production électrique, indiquent les industriels. « Il faut éviter les réactions politiques sous le coup de l’émotion », explique le président de l’UFE Robert Durdilly.
Dans un contexte de crise économique et sociale forte, le président d’EDF Henri Proglio a par ailleurs déclaré au Parisien le 7 novembre que sortir du nucléaire « mettrait en péril un million d’emplois » dont 400 000 emplois directs. Un chiffre dailleurs contesté par la candidate écologiste Eva Joly. Dans une lettre adressée aux syndicats de l’énergie, elle évoque 125 000 salariés directement employés par la fillière et met en avant la possibilité de créer 600 000 postes supplémentaires dans l’économie verte.
Réduire de 80% les émissions de CO2
Au-delà des réflexions nationales des pays d’Europe, la Commission se penche en ce moment sur le mix énergétique de l’UE d’ici 2050. Bruxelles se demande comment parvenir à réduire les émissions de CO2 de 80% d’ici 2050. Avec un peu de retard, un texte, dont la méthode de réalisation est déjà contestée, devrait être rendu public d’ici la fin de l’année 2011. Et le nucléaire pourrait encore y avoir toute sa place.
Selon la Commission, les mesures actuellement en vigueur pour réduire les émissions de gaz à effet de serre continueront à produire leurs effets après 2020. Si rien ne change, elles pourraient entraîner une diminution de 40% des émissions de CO2 d’ici 2050. Les efforts doivent donc être multipliés par deux…
« Nous avons beaucoup apprécié le document que vous avez préparé pour 2030, qui tient compte de la fourniture d’électricité en France », a souligné le représentant de la Commission lors du congrès de l’UFE le 8 novembre. Dans les cinq scénarios actuellement à l’étude à Bruxelles, la répartition de la demande en électricité continue à croître et la part des énergies renouvelables augmente, a-t-il précisé.
Le développement des infrastructures et des interconnexions est donc fondamental. Or, ces dernières avancent très lentement au sein de l’UE. Les énergéticiens français vont même jusqu’à dire que leur développement est « bloqué depuis 20 ans ». Une situation qui pose la question du raccordement rapide des renouvelables au réseau électrique.
France, Europe, Monde
L’accident nucléaire de Fukushima a « amené à s’interroger sur le rôle futur de l’énergie nucléaire », note de son côté l’agence internationale de l’énergie (AIE) dans ses perspectives annuelles sur l’énergie dans le monde. Même si, indique l’agence, la Chine, l’Inde, la Russie et la Corée n’ont pas changé de cap sur le sujet.
Mais l’AIE s’inquiète des hésitations sur la production d’énergie nucléaire, alors que les émissions de CO2 ont connu un pic dans le monde en 2009.
« Ces perspectives d’un moindre recours au nucléaire créent certes des opportunités pour les énergies renouvelables, mais stimulent aussi la demande de combustibles fossiles », explique l’AIE. Elle craint dès lors « une nouvelle pression » à la hausse sur les prix de l’énergie, des « craintes accrues » pour la sécurité énergétique, et « une lutte contre le changement climatique plus difficile et plus coûteuse ».
« Les économies émergentes auraient considérablement plus de mal à satisfaire leur demande d’électricité en expansion rapide », ajoute-t-elle. Un argument qui rejoint celui des énergéticiens français, qui voient aussi dans le développement de la filière nucléaire dans le pays un moyen de développer un commerce extérieur chancelant.