L’accord UE-Tunisie fait partie d’une stratégie de la droite pour attirer des électeurs, selon une eurodéputée allemande

Ursula von der Leyen a « précipité » un accord avec la Tunisie pour donner l’impression de prendre des mesures alors que les pressions pour freiner l’immigration se multipliaient, estime Katarina Barley, candidate tête de liste des sociaux-démocrates allemands pour les élections européennes.

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Sous la pression d’une réduction des flux migratoires, les pays européens ont accepté de payer le gouvernement autoritaire de la Tunisie en échange d’une répression de ces flux en Méditerranée, estime Katarina Barley. [EPA-EFE/HAYOUNG JEON]

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a « précipité » un accord avec la Tunisie pour donner l’impression de prendre des mesures alors que les pressions pour freiner l’immigration se multipliaient, a confié à Euractiv Katarina Barley, candidate tête de liste du Parti social-démocrate allemand (SPD, S&D) pour les élections européennes de juin prochain.

Mme Barley, qui a été ministre de la Justice en Allemagne et qui actuellement présidente de la délégation du SPD au Parlement européen, a récemment été reconduite en tant que candidate principale du parti pour les prochaines élections européennes.

Avant la campagne, elle a mis en garde contre un glissement imminent vers l’extrême droite, conjugué à une situation migratoire « insupportable ».

« Le statu quo en matière de migration […] n’a rien à voir avec les valeurs de l’Union européenne », a-t-elle déclaré, ajoutant que les pays situés aux frontières de l’UE laissaient les migrants se noyer dans la Méditerranée parce que les gouvernements du bloc refusaient de partager le fardeau.

Sous la pression d’une réduction des flux migratoires, les pays européens ont accepté de payer le gouvernement autoritaire de la Tunisie en échange d’une répression de ces flux en Méditerranée, estime Katarina Barley.

Toutefois, l’accord est aujourd’hui en suspens, car le président tunisien Kaïs Saïed et les fonctionnaires de l’UE sont entrés en conflit au sujet de sa mise en œuvre et que la Tunisie n’a pas accepté les fonds à Bruxelles, qu’elle a considéré comme de la « charité ».

« L’accord a été précipité par une soi-disant “équipe Europe”, composée de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen et de deux dirigeants nationaux, afin de faire bonne figure devant les électeurs », a souligné Mme Barley, critiquant le manque de coordination européenne générale sur cet accord.

Tout en soulignant l’importance de conclure des accords avec des pays tiers pour gérer le phénomène migratoire, Mme Barley a déploré que « personne n’ait assuré que les termes de l’accord avec la Tunisie fonctionneraient réellement ni qu’ils respectaient les droits humains ».

Les espoirs de l’eurodéputée reposent sur la réforme en cours de la politique d’asile de l’UE, qui prévoit la répartition des arrivées de migrants de manière plus équitable entre les États membres.

Cependant, le temps presse. En effet, si un accord n’est pas conclu avant les élections, le dossier connaîtra un sort incertain, car les partis de droite, y compris d’extrême droite, sont en passe de remporter la majorité des sièges au Parlement européen à l’issue des prochaines élections.

Contrer les « forces de droite et antidémocratiques »

Contrecarrer le succès des « forces de droite et antidémocratiques » est une préoccupation majeure pour Mme Barley, qui aime à souligner que sa formation juridique l’a incitée à devenir une ardente défenseuse de l’État de droit et à s’opposer à la droite autoritaire dans l’UE.

Concernant le dégel des fonds européens pour la Hongrie, qui sont bloqués par la Commission en raison de préoccupations concernant l’État de droit dans le pays, Mme Barley a également confié qu’elle craignait que la Commission ne parvienne à un accord en novembre en échange du feu vert de la Hongrie au budget de l’UE.

Ces critiques contre le régime hongrois lui ont valu d’être représentée entre Adolf Hitler et Georges Soros et sur des posters en Hongrie et d’être accusée de vouloir envahir la politique européenne, a-t-elle expliqué, avant d’ajouter qu’un déblocage des fonds pour la Hongrie serait « une catastrophe ».

Selon elle, une menace majeure émane également du Parti populaire européen (PPE), le plus grand groupe de partis au Parlement.

« Nous constatons avec inquiétude que le PPE pivote fortement vers la droite », a déclaré Mme Barley.

Les membres suédois et italiens du PPE ont récemment collaboré avec des partis d’extrême droite pour former des gouvernements, et les Espagnols ont tenté de faire pareil après les élections.

Le PPE flirte avec l’extrême droite

Dans un discours prononcé samedi (21 octobre), le président du PPE, Manfred Weber, a fait l’éloge de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui dirige le parti nationaliste Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), membre du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), pour sa contribution à l’accord avec la Tunisie. À Bruxelles, certaines rumeurs semblent indiquer que le PPE espère persuader les Frères d’Italie de rejoindre le groupe au Parlement.

Une rébellion du PPE au Parlement européen avec des votes d’extrême droite contre la loi sur la restauration de la nature proposée par la Commission au début de cette année était « un test pour voir quels eurodéputés rejoindraient une future collaboration de droite » en Europe, a affirmé Mme Barley.

Mme Barley sera directement confrontée au défi de l’extrême droite lors des élections. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite, est actuellement en deuxième position en Allemagne avec plus de 20 % des intentions de vote, juste derrière l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et devant le Parti social-démocrate (SPD) du chancelier Olaf Scholz.

Le bilan de Mme Barley n’est pas prometteur puisque le SPD n’a obtenu qu’un maigre 15 % en 2019 lorsqu’elle était tête de liste. Elle est toutefois convaincue que cette élection jouera en sa faveur, malgré la baisse de popularité du gouvernement au pouvoir, duquel le SPD fait partie.

« Je pense que beaucoup sentent qu’il y a de nombreux enjeux en Europe [et] la regardent plus attentivement […] Je suis convaincue que les valeurs sociales-démocrates sont partagées par beaucoup d’entre eux », a déclaré Mme Barley.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]