L'actu en capitales : le PPE prêt à sacrifier Weber
L’actu en capitales décrypte l’info de toute l’Europe, grâce au réseau de rédactions d’Euractiv.
L’actu en capitales décrypte l’info de toute l’Europe, grâce au réseau de rédactions d’Euractiv.
>> Vous pouvez vous abonner à la newsletter ici
Le Parti populaire européen de droite, arrivé en première place pour les élections européennes, est prêt à sacrifier le processus très controversé des Spitzenkandidat, et avec lui son principal candidat Manfred Weber, tant qu’il obtiendra la présidence de la Commission européenne, a appris Euractiv.
Lors d’une réunion du groupe PPE au Parlement européen, des sources ont déclaré que les eurodéputés conservateurs avaient convenu que le socialiste Frans Timmermans ne devait en aucun cas devenir le prochain chef de la Commission européenne, même si la chancelière allemande Angela Merkel l’avait accepté dans le cadre d’un accord global avec d’autres familles politiques.
« Les eurodéputés du PPE pourraient reconsidérer leur position sur le processus des Spitzenkandidat s’ils obtiennent la présidence de l’exécutif européen », a déclaré une source.
Dans un tel scénario, le nom de Michel Barnier est susceptible de réapparaître, une nomination soutenue par le groupe politique centriste d’Emmanuel Macron, Renew Europe. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a déclaré la semaine dernière qu’il soutiendrait « tout candidat modéré qui n’a pas offensé les populations du Sud de l’Europe comme l’a fait Weber ».
« Ce serait un crime contre l’intelligence, le bon sens et la responsabilité que de se priver du seul candidat potentiel qui combine autant de qualités et aucun défaut évident », peut-on lire dans un éditorial passionné du Soir.
Sous couvert de l’anonymat, une source du PPE a exprimé de vives inquiétudes au sujet de la chancelière Merkel et du chef du PPE Joseph Daul, affirmant que leur volonté d’abandonner la candidature de Weber avait « tué » le groupe de centre droit.
« Lors de notre dernière réunion en interne, tous les dirigeants de centre-droit ont convenu de soutenir notre Spitzenkandidat, Manfred Weber, pour la présidence de la Commission européenne », a déclaré la source. « Nous ne nous sommes jamais mis d’accord pour qu’il devienne président du Parlement européen. »
Cette même source explique que le succès de Manfred Weber était crucial non seulement pour l’Europe mais aussi pour les conservateurs allemands : « Weber pourrait être un soutien indispensable dans la transition d’Angela Merkel à Annegret Kramp-Karrenbauer. »
Angela Merkel se serait fâchée contre les responsables conservateurs qui se sont opposés à son projet de nommer Frans Timmermans à la Commission dans le cadre de l’accord d’Osaka. Lors d’un pré-sommet du PPE, elle aurait quitté la pièce « en claquant la porte ».
Des sources du PPE ont exprimé la semaine dernière leurs craintes qu’Angela Merkel ne cède à la pression d’Emmanuel Macron, dont l’objectif, selon eux, n’est pas de s’opposer à Weber mais de « tuer le PPE ». Avant le sommet, Mme Merkel a exhorté toutes les parties à prendre du recul.
(Sarantis Michalopoulos, Euractiv.com)
Pendant ce temps, à Berlin, les médias allemands ont rapporté que les compétences diplomatiques et de négociation d’Angela Merkel avaient échoué. Elle a été prise par surprise par l’opposition au sein du PPE, y compris des modérés du groupe, comme l’Irlandais Leo Varadkar.
Elle n’a pas pu faire appliquer le plan qu’elle avait élaboré à Berlin juste avant le sommet et qui a reçu le soutien du président du PPE Joseph Daul, de Manfred Weber et des dirigeants des partis CDU et CSU, Kramp-Karrenbauer et Markus Söder.
Le « plan de Berlin » attribuait la présidence de la Commission à Frans Timmermans tout en nommant Manfred Weber nouveau président du Parlement européen.
« Ce sommet n’a prouvé qu’une seule chose : lorsque l’Allemagne et la France se mettent enfin d’accord sur quelque chose, ça ne veut plus dire que l’affaire est close », a déclaré un diplomate européen cité par Der Spiegel.
Pendant ce temps, le groupe des Verts/ALE a présenté la candidature de l’eurodéputée allemande Ska Keller à la présidence du Parlement. « Il ne peut pas incomber aux chefs d’État et de gouvernement de décider qui devrait être le prochain président du Parlement européen. C’est au Parlement et seulement au Parlement de décider de notre Président pour deux ans et demi », a déclaré Ska Keller. (Claire Stam, Euractiv Allemagne)
Le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez a pour sa part critiqué le PPE pour son opposition à « l’accord de Berlin ». « Nous étions très proches, très très proches, mais le PPE n’a pas respecté un accord que les deux Spitzenkandidaten avaient pourtant conclu », a déclaré Pedro Sánchez, selon l’agence de presse EFE.
Alexis Tsipras a quant à lui réitéré son soutien à Frans Timmermans et est retourné à Athènes pour faire campagne en vue des élections anticipées du 7 juillet. Au sommet d’aujourd’hui, Pedro Sánchez le représentera (Theodore Karaoulanis, Euractiv Grèce).
BRUXELLES
Un Charles Michel chanceux. Le Premier ministre belge sortant, Charles Michel, qui fait partie des noms mentionnés pour remplacer Federica Mogherini en tant que Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères, pourrait obtenir une « belle sortie » du gouvernement belge s’il obtient le feu vert. (Alexandra Brzozowski, Euractiv.com).
GROUPE DE VISEGRAD
Le groupe V4 est fermement opposé à la candidature de Frans Timmermans, qui a mené une lutte acharnée contre les dirigeants polonais et hongrois actuels pour violation de l’État de droit.
Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a déclaré que les pays du V4 et l’Italie voulaient des candidats qui soient acceptables pour tous et qui ne « divisent pas » l’UE.
Mais d’autres pensent que Frans Timmermans ne serait pas si mal. L’ancien eurodéputé S&D Dariusz Rosati a déclaré que la suspension du sommet européen était « très risquée ». Le Néerlandais, estime-t-il, n’est « pas un mauvais candidat pour la Pologne », ajoutant que les pays de Visegrad pourraient éventuellement être mis de côté ou forcés d’accepter le « pire candidat ». Selon lui, il serait préférable pour la Pologne d’accepter Frans Timmermans, mais en échange d’autres concessions. (Mateusz Kucharczyk, Euractiv Pologne)
La Slovaquie, seul membre du V4 dont le parti au pouvoir, le SMER-SD, appartient à la famille socialiste, semble assumer le rôle de messager. « J’ai servi de médiateur, de personne de contact », a déclaré le Premier ministre Peter Pellegrini qui a réitéré les préoccupations du groupe de Visegrad concernant Frans Timmermans. « Pour l’instant, les dirigeants de l’UE savent où sont les lignes rouges et quelles combinaisons ne sont pas possibles », a-t-il déclaré.
Pour la Slovaquie, la qualité d’un candidat est plus importante que son statut de Spitzenkandidat, mais il devra « construire des ponts, unir et éliminer les conflits pour les cinq prochaines années », a-t-il ajouté. (Lucia Yar, Euractiv Slovaquie)
La position tchèque reste claire et simple : Timmermans ne devrait pas diriger la prochaine Commission. Interrogé sur sa propre proposition concernant le prochain président de la Commission européenne, le Premier ministre tchèque, Andrej Babiš, a déclaré que le V4 avait présenté des propositions concrètes, sans mentionner aucun nom. Il s’oppose fermement à tous les Spitzenkandidaten, mais si le système doit être appliqué, alors il soutiendrait Margrethe Vestager. (Aneta Zachová, Euractiv République tchèque)
SOFIA
Georgieva, terminé. La candidate bulgare Kristalina Georgieva n’est plus dans la course à la présidence du Conseil européen, a déclaré le Premier ministre Boyko Borissov. « Les libéraux ne sont pas d’accord avec ça », a-t-il déclaré avant d’ajouter que l’Italie et les pays du V4 la mentionnaient maintenant pour le poste de haute représentante de l’UE en remplacement de Federica Mogherini. (Dnevnik.bg)
D’autres nouvelles du réseau Euractiv…
ZAGREB
« Personne ne peut investir en Croatie autant que la Russie, ni l’UE ni les États-Unis, mais la Croatie doit d’abord créer les conditions préalables nécessaires à l’investissement », a déclaré l’ambassadeur russe Anvar Azimov.
Au cours des deux premiers mois de 2019, les échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté de 132 % par rapport à la même période en 2018. L’année dernière, la Croatie a exporté 147,7 millions de dollars vers la Fédération de Russie, tandis que les importations ont atteint 450,9 millions de dollars. La Chine est également très intéressée par le marché croate. (Željko Trkanjec, Euractiv Croatie)
ATHÈNES
Envoyer le bon message. Le 8 juillet, l’Eurogroupe discutera de l’économie grecque dans le cadre du troisième rapport sur la surveillance renforcée, a déclaré une source de la zone euro à l’agence de presse Athènes-Macédoine, partenaire média d’Euractiv. La réunion des ministres européens des Finances aura lieu le lendemain des élections générales, un moyen, selon la source, de délivrer le « bon message » au nouveau gouvernement qui sortira gagnant.
BRATISLAVA
La Russie et la Chine, des menaces hybrides. Selon le dernier rapport annuel des services de renseignement (SIS) de Slovaquie, les membres des services de renseignement russes opérant en Slovaquie, pour la plupart sous couvert diplomatique, ont cherché à recruter du personnel dans les organes centraux de l’administration publique, les forces de sécurité et dans le domaine de l’énergie et de la défense.
Par rapport aux années précédentes, le rapport n’a pas hésité à nommer des acteurs étrangers qui sont devenus des menaces hybrides. Outre la Russie, le SIS a indiqué que les services de renseignement chinois s’étaient également montrés intéressés, en mettant l’accent sur les technologies de l’information et des télécommunications. « Jusqu’à présent, la République slovaque n’a pas fait l’objet de campagnes hybrides aussi intenses et ciblées de la part d’acteurs étatiques ou non étatiques, et n’a pas fait l’objet de menaces aussi agressives », a déclaré le SIS.
LJUBLJANA
Clôture à la frontière avec l’Italie. Massimiliano Fedriga, président de la région Frioul-Vénétie Julienne (une région autonome autour de la ville de Trieste à la frontière entre la Slovénie et l’Italie) et membre du parti de Matteo Salvini, a déclaré que les patrouilles frontalières des deux pays, lancées cette semaine, n’étaient que le début d’une solution. « Si nécessaire, nous sommes prêts pour d’autres solutions », a-t-il déclaré, citant la possibilité d’une clôture à la frontière avec la Slovénie. (Željko Trkanjec, Euractiv Croatie)