L’Allemagne annonce un accord d’échange d’armes avec la Grèce malgré l'échec des accords précédents
Le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé la conclusion d’un accord d’échange avec la Grèce pour la livraison d’armes à l’Ukraine, Berlin n’ayant pas réussi à concrétiser les accords précédents.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé la conclusion d’un accord d’échange avec la Grèce pour la livraison d’armes à l’Ukraine, Berlin n’ayant pas réussi à concrétiser les accords précédents.
L’annonce de M. Scholz a également surpris les Grecs, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis n’ayant pas dit un mot à ce sujet lors de la conférence de presse qui a suivi le Conseil européen.
Le chancelier s’est entretenu avec son homologue grec, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, en marge de la réunion du Conseil européen, mardi 31 mai à Bruxelles.
« La Grèce fournira l’Ukraine, et nous lui fournirons des véhicules blindés de transport de troupes allemands », a déclaré M. Scholz lors d’une conférence de presse. Les derniers détails doivent maintenant être réglés par les ministres de la Défense des deux pays avant leur mise en œuvre « rapide », a-t-il ajouté.
M. Scholz a expliqué que soutenir l’Ukraine en matière d’armement impliquait « que les pays disposant d’armes datant de l’époque du pacte de Varsovie » puissent livrer les leurs à l’Ukraine, à l’instar de l’accord d’échange conclu avec la République tchèque. « J’ai maintenant convenu avec le Premier ministre grec de faire de même avec la Grèce ».
Le ministère grec de la Défense a noté qu’Athènes fournirait des véhicules blindés de transport de troupes BMP-1 développés et fabriqués par l’Union soviétique dans les années 1960.
L’Allemagne avait initialement vendu 500 de ces véhicules à la Grèce en 1994. Les Grecs avaient alors payé environ 50 000 marks allemands (environ 25 000 euros) l’unité. Aujourd’hui, il en reste moins de 200, le reste ayant été vendu ou détruit.
Le hic : les chars que la Grèce recevra en échange sont censés être des chars de type « Marder », pour lesquels le fabricant d’armes Rheinmetall a demandé sans succès des autorisations de vente à l’Ukraine il y a quelques semaines, selon Business Insider.
De plus, ces échanges en roulement favorisés par le gouvernement allemand ont jusqu’à présent été embourbés dans la controverse.
Mardi dernier (24 mai), le président polonais Andrzej Duda avait accusé l’Allemagne de ne pas avoir tenu ses promesses de livrer des chars à son pays en échange des livraisons d’armes de Varsovie à l’Ukraine.
« Ils n’ont pas tenu cette promesse. Et franchement : nous en sommes très déçus », a déclaré M. Duda au quotidien allemand Welt.
Olaf Scholz a déclaré qu’il s’était également entretenu avec son homologue polonais, le Premier ministre Mateusz Morawiecki, pour s’assurer que l’échange en roulement avec la Pologne se déroulerait sans heurts. « Nous souhaitons tous deux y parvenir dans le cadre d’une coopération optimale et de qualité », a-t-il ajouté.
Dans le cas d’un accord similaire conclu avec la République tchèque au début du mois, aucune date de livraison des armes n’a été annoncée.
Il est par ailleurs supposé que ces échanges en roulement profitent à l’Ukraine, car elle est plus familière avec les équipements de l’ère soviétique. Le BMP pourrait être une sorte de « véhicule blindé de transport de troupes à utiliser » pour les forces ukrainiennes, a commenté un expert militaire.
Pourtant, l’ambassadeur ukrainien à Berlin, Andrij Melnyk, a souligné que « personne n’a eu l’idée de demander aux Ukrainiens si nous avons besoin des vieux équipements ».
Les inquiétudes concernant le fait que l’Allemagne se dérobe à ses responsabilités demeurent.
« Tout d’abord, c’est l’Allemagne elle-même qui devrait aider l’Ukraine », a noté M. Duda.
Ses préoccupations sont partagées par certains analystes. « Pourquoi ne pas livrer directement à l’Ukraine ? Parce que livrer à la Grèce est considéré comme moins dommageable pour la relation avec la Russie, sur laquelle on compte toujours ? », a demandé l’analyste Ulrich Speck sur Twitter.
La nouvelle du chancelier allemand
L’annonce a surpris les Grecs, car lors d’une conférence de presse après le sommet, qui s’est tenue en même temps que celle du chancelier allemand, M. Mitsotakis n’a en rien mentionné un tel accord.
Interrogé sur sa rencontre bilatérale avec M. Scholz, M. Mitsotakis a déclaré l’avoir informé de la nouvelle escalade avec la Turquie en Méditerranée orientale, tout en évitant de répondre à la réaction du chancelier allemand.
« Nous considérons qu’il est impensable que le peuple grec apprenne cette nouvelle par le chancelier allemand, alors que le Premier ministre grec n’a pas dit un mot dans sa propre interview », a déclaré le principal parti d’opposition Syriza dans un communiqué.
L’opposition estime également que cette démarche est « dangereuse » pour l’intérêt national du pays, car la Grèce s’implique « directement dans la guerre en Ukraine » alors que l’escalade avec la Turquie reprend.
« Le gouvernement Mitsotakis doit cesser de prendre des décisions secrètes sur des questions nationales critiques […] Nous exigeons des informations immédiates sur les armes qu’il a envoyées et qu’il enverra en Ukraine, comme le font tous les gouvernements européens, en respectant leurs citoyens », a ajouté Syriza.
Emmanuel Macron soutient Athènes, les autres restent silencieux
Les tensions de longue date entre les deux pays ont recommencé à couver, notamment après la visite de M. Mitsotakis aux États-Unis.
Faisant allusion à la pression exercée par la Turquie sur les États-Unis pour débloquer un contrat de livraison de chasseurs F-16, Mitsotakis a déclaré au Congrès américain que Washington devrait faire attention aux conséquences de telles décisions.
Cette déclaration a déclenché une vive réaction d’Ankara, qui a utilisé son veto à l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN pour faire pression sur Washington au sujet des avions de combat F-16.
« Il n’existe plus pour moi. Je n’accepterai jamais de le rencontrer. Nous continuerons notre chemin avec des politiciens honorables », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdoğan à propos de son homologue grec.
Athènes cherche désespérément des alliés dans la nouvelle escalade avec la Turquie, qui remet même en cause la souveraineté de nombreuses îles grecques.
Mais pour l’instant, la Commission, Berlin et Washington ont adopté une position neutre.
Seul le président français Emmanuel Macron a spontanément évoqué l’escalade des tensions entre la Grèce et la Turquie à l’issue de la réunion extraordinaire du Conseil européen.
Il a assuré la Grèce du « soutien de tous les Européens et en particulier de la France ».
Les propos des autorités turques « mettant en cause la souveraineté de la Grèce sur plusieurs îles » doivent être « condamnés dans les meilleurs délais », selon le président français.
« Personne ne peut mettre en danger la souveraineté d’un État membre », a conclu M. Macron.
Le président français ne s’était pas exprimé aussi clairement sur le sujet depuis l’été 2020, lorsqu’il avait dénoncé le « comportement inadmissible » du gouvernement d’Erdogan dans la région.
Samedi, l’Élysée a déclaré à EURACTIV France que le président français n’avait pas abordé la crise entre la Grèce et la Turquie lors de son appel avec M. Erdogan, mais uniquement des sujets liés à la guerre en Ukraine.