Laurence Nardon : "Le thème de la réconciliation avec l’Europe ne passionne pas les États-Unis"

Après la décision du président américain Barack Obama de ne pas participer au Sommet UE/USA organisé par la présidence espagnole, Laurence Nardon, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), décrypte pour EURACTIV.fr, les raisons de ce choix.

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Après la décision du président américain Barack Obama de ne pas participer au Sommet UE/USA organisé par la présidence espagnole, Laurence Nardon, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI), décrypte pour EURACTIV.fr, les raisons de ce choix.

 

Le président américain Barack Obama a indiqué qu’il ne participerait pas au sommet entre l’UE et les États-Unis prévu au mois de mai par la présidence espagnole de l’Union. Est-ce révélateur du peu d’intérêt que le président américain porte à l’Europe ?

Obama ne s’était pas non plus beaucoup intéressé à l’anniversaire de la chute du mur de Berlin. Cette attitude n’est donc pas forcément nouvelle.

Il y a deux manières de voir les choses. On peut penser que le président ne s’intéresse pas beaucoup à l’Europe. Mais il est vrai aussi qu’il n’y a pas d’actualité transatlantique brûlante dans les six mois qui viennent. Et ce n’est pas la faute de la présidence espagnole. 

La deuxième manière de voir les choses est de dire que tout va bien dans la relation transatlantique. Dès lors, il n’y a pas de problèmes majeurs en Europe qui justifient un déplacement du président américain pour en parler.

Pourtant la présidence espagnole avait indiqué qu’elle voulait faire de ce sommet une occasion de rapprocher l’UE et les États-unis…

A priori les Européens ne sont pas entendus sur ce plan là. La présidence espagnole veut faire de son sommet un événement important. Elle prend donc ce thème de la réconciliation. Peut-être parce qu’il n’y en a pas vraiment d’autres en cours.

Après Copenhague, cette décision américaine montre encore une fois que les États-Unis sont concentrés sur leur relation avec la Chine ou plus largement l’Asie, mais pas avec les Européens…

C’est juste. Mais beaucoup d’experts disent que ce n’est pas aux Européens de réclamer l’intérêt des USA. Ni la culture, ni le passé de Barack Obama n’en font un président qui s’intéresse à l’Europe. L’Europe ferait mieux de proposer aux Américains des politiques communes intéressantes et des solutions à des problèmes concrets plutôt que de tabler sur le thème de la réconciliation qui ne passionne manifestement pas les États-Unis.

On peut aussi penser que si Barack Obama veut avoir la moindre chance de faire passer des textes comme celui sur la taxation des bonus, ou le climat, au Congrès, il ne faut surtout pas que ses projets semblent téléguidés depuis l’Europe.

Je n’ai pas de preuve mais on pourrait supposer que Barack Obama, qui fait face à une opposition très violente sur le plan domestique, veuille au contraire apparaître comme un vrai Américain et pas en ligue avec les puissances européennes, considérées comme « socialistes », sur des sujets aussi difficile.

La présidence espagnole serait sur le point de reporter le sommet. Les Européens ne vont-ils pas apparaître un peu ridicules ?

Je pense que les Espagnols ont soif d’être reconnus comme une puissance européenne très importante. Dans l’UE, ils ont un complexe par rapport aux Français, aux Allemands et aux Britanniques. Ils avaient tablé sur un sommet avec une photo d’Obama entouré du premier ministre, du roi et de la reine pour se faire reconnaître. Si le président ne vient plus, tout tombe à l’eau. Le reporter est une mauvaise solution, le tenir quand même est sans doute la moins mauvaise solution. Si la France ou l’Allemagne avaient été à la tête de l’UE dans la même situation, ils auraient été vexés, mais auraient pu survivre et le faire. Cela aurait sans doute été moins important pour l’image du pays en tant que puissance européenne.