EXCLUSIF : La France s'abstient de soutenir le nouveau directeur de l'APPF

Certains craignent que Philippe Musquar ne soit trop proche du PPE, dont il sera chargé de contrôler les finances

EURACTIV.com
Le Parlement européen, à Bruxelles [Photo : Jakub Porzycki/NurPhoto via Getty Images]

La France a refusé de soutenir la nomination du nouveau directeur d’un organisme européen peu connu chargé de contrôler le financement des partis politiques paneuropéens.

Philippe Musquar, de nationalité française et conseiller juridique au Parlement européen, exercera un mandat de cinq ans à la tête de l’Autorité pour les partis politiques européens et les fondations politiques européennes (APPF), chargée d’infliger des sanctions aux partis qui enfreignent la législation en matière de financement.

Après que les 27 ambassadeurs des pays de l’UE ont donné leur feu vert à la mi-juillet, la France a tardé d’une dizaine de jours à envoyer sa réponse finale officielle concernant la nomination de Musquar. Elle s’est finalement abstenue vendredi, permettant ainsi à la nomination d’aboutir.

Deux diplomates ont indiqué que la France et d’autres grands États membres ont émis des doutes quant à la rapidité, la rigueur et la transparence du processus de recrutement. Musquar a été auditionné simultanément par Alessandro Chiocchetti, Thérèse Blanchet et Ilze Juhansone, respectivement secrétaires généraux du Parlement, du Conseil de l’UE et de la Commission européenne.

Ce trio a proposé Musquar comme candidat à leurs trois institutions.

Les candidats n’ont disposé que de 14 jours pour candidater à ce poste, après sa première publication le 12 juin.

Plusieurs capitales ont également estimé que ce processus d’un mois était précipité et opaque. Les CV des candidats, par exemple, n’étaient accessibles que dans une salle sécurisée du Conseil.

Préoccupations liées aux conflits d’intérêts

L’APPF a récemment fait la une des journaux après l’initiative lancée par le directeur sortant, Pascal Schonard, visant à interdire le parti d’extrême droite Europe des Nations souveraines, l’accusant de violer les valeurs de l’UE.

Les diplomates ont déclaré que le caractère politiquement sensible de la procédure explique en partie pourquoi la nomination du nouveau directeur aurait dû faire l’objet d’une plus grande attention.

« Il est très étrange que la France s’oppose à un candidat français », a noté l’un des diplomates.

Mercredi dernier, Musquar a signé une déclaration d’indépendance en présence des trois secrétaires généraux, affirmant qu’il n’est pas en situation de conflit d’intérêts.

Les diplomates ont toutefois souligné que son profil LinkedIn comporte des publications soutenant plusieurs personnalités politiques de centre-droit affiliées au Parti populaire européen (PPE).

Ses publications sur les réseaux sociaux regorgent d’éloges à l’égard du parti français de centre-droit Les Républicains. Il a fréquemment approuvé les écrits d’Alain Cadec, sénateur de centre-droit, et a qualifié François-Xavier Bellamy, le député européen le plus haut placé du parti, de député européen « le plus brillant » de France.

Bellamy est le trésorier du PPE, ce qui signifie que le rôle de Musquar consistera à contrôler directement la gestion des finances du parti par Bellamy. Les douze partis politiques paneuropéens sont principalement financés par le budget du Parlement.

Selon un document consulté par Euractiv, Musquar percevra environ 12 000 € par mois.

L’APPF est, en théorie, un organe indépendant de l’UE et est implantée au sein du Parlement. Le PPE exerce une influence particulière en tant que force politique dominante au sein des trois institutions, comptant plus de députés européens, de commissaires et de ministres que tout autre parti

Musquar n’a pas répondu à une demande de commentaires.

(mm, jp)