Le discours de David Cameron clarifiera l’avenir de la Grande-Bretagne dans l’UE
Le premier ministre David Cameron détaillera les projets de diminution de l’adhésion de la Grande?Bretagne à l’Union européenne vendredi (18 janvier) aux Pays-Bas. Ce discours pourrait redéfinir le rôle de la Grande-Bretagne dans le monde, déranger certains des alliés du premier ministre et décider de l’avenir du gouvernement britannique.
Le premier ministre David Cameron détaillera les projets de diminution de l’adhésion de la Grande?Bretagne à l’Union européenne vendredi (18 janvier) aux Pays-Bas. Ce discours pourrait redéfinir le rôle de la Grande-Bretagne dans le monde, déranger certains des alliés du premier ministre et décider de l’avenir du gouvernement britannique.
Lundi (14 janvier), lorsque la date du discours dont on parle depuis longtemps a finalement été fixée, le dirigeant conservateur a déçu certains membres de son parti en rejetant les demandes de référendum à court terme sur une sortie de l'Union européenne. Il a toutefois semblé offrir à l'opinion publique la perspective d'un vote après la renégociation des conditions de l'adhésion.
Ce discours sur l'Europe pourrait être l'un des plus fatidiques prononcés par un dirigeant britannique depuis la Seconde Guerre mondiale. David Cameron devrait déclarer que la crise de l'euro et l'intégration renforcée qu'elle provoque constituent une occasion pour la Grande-Bretagne, qui a rejeté la monnaie unique, de se distancer davantage de ses 26 partenaires.
Selon des critiques, cette manoeuvre risque de déclencher une chaîne d'évènements imprévisibles qui pourrait mener à la sortie volontaire ou non de la Grande-Bretagne de l'UE. La sixième plus grande économie du monde ressemblerait alors à une version en mer de la Suisse ou de la Norvège, avec beaucoup moins d'influence que maintenant.
M. Cameron, qui dirige un parti et un pays aux tendances antieuropéennes, écarte le caractère alarmiste de son discours. Il souhaite que la Grande-Bretagne reste dans une Union européenne réformée, mais qu'elle récupère le contrôle de certains domaines de la vie publique dans lesquels il estime, avec d'autres, que l'influence de Bruxelles est devenue prédominante et pernicieuse.
Dans son discours, il identifiera probablement les domaines politiques majeurs qu’il souhaite récupérer de l’UE. Ces compétences de base vont de l'immigration au droit du travail en passant par les affaires juridiques.
« Pour le moment, je crois que beaucoup de gens se disent : "Je souhaite rester en Europe, mais il y a des aspects de la relation qui ne me conviennent pas, je veux donc que cela change." C'est mon point de vue », a-t-il déclaré à la BBC lors d'un entretien lundi.
Avec un sentiment d'euroscepticisme grandissant en Grande-Bretagne, M. Cameron devrait probablement promettre un référendum sur toute nouvelle décision qu'il parvient à négocier. Il s'agit d'une étape d'une procédure qui risque de déranger plusieurs pays dans l'UE, de loin le plus grand partenaire commercial de la Grande-Bretagne.
« Si la Grande-Bretagne quittait l'Union, cela affaiblirait à la fois le Royaume-Uni et l'Europe », a déclaré le commissaire français Michel Barnier lundi.
Cette déclaration a été renforcée par une source diplomatique française du cabinet du président François Hollande qui a déclaré que la Grande-Bretagne ne pouvait pas avoir une Europe « à la carte ». « La Grande-Bretagne ne pourrait pas ressembler à la Norvège en termes d'obligations et continuer à tirer profit du marché unique », a-t-elle ajouté.
Joaquín Almunia, le vice-président de la Commission européenne, a indiqué qu'une décision britannique de quitter l'UE serait « très mauvaise » pour les autres États membres et « un désastre » pour Londres. Il a estimé qu'il serait « extrêmement difficile » pour David Cameron de renégocier des relations avec l'Union.
« Lorsque vous appartenez à un club, vous ne pouvez pas être un membre influent et dire "je ne veux pas accepter cette disposition" », a-t-il déclaré à la BBC lors de l'émission « Hardtalk ».
David Cameron sous pression
Le premier ministre britannique est sous pression. Des sondages d'opinion révèlent systématiquement qu'une faible majorité de l'opinion publique souhaite quitter l'UE. Un groupe puissant au sein de son propre parti fait pression pour qu'il organise un référendum sur la question.
M. Cameron risque également d'être dépassé par la question à cause d'un nouveau parti politique dont la popularité monte en flèche.
Des chefs d'entreprise célèbres, le Parti travailliste de l'opposition et des personnalités telles que l'ancien premier ministre Tony Blair, ont toutefois prévenu que le point de vue de David Cameron risquait de nuire aux investissements de l'étranger et à la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.
Cette question pourrait mettre fin à la carrière de M. Cameron. Margaret Thatcher, l'une de ses prédécesseures, a été évincée par son parti en raison de la question européenne. Ce sujet a déclenché des conflits internes acharnés.
Les États-Unis, un allié proche, observent la situation de près. Un responsable américain haut placé est intervenu diplomatiquement, de manière percutante et inhabituelle, dans un débat national sensible la semaine dernière. Il a déclaré que Washington souhaitait que la Grande-Bretagne reste « une voix forte » dans l'UE.
Il semblait que ce message calculé ait été envoyé au moment où M. Cameron apportait la touche finale à son discours sur l'Europe.
Division renforcée de la coalition
Plusieurs Britanniques tiennent l'UE responsable de ce qu'ils considèrent comme une immigration excessive. Ils veulent que la Grande-Bretagne récupère le contrôle total de ses frontières et que les juges britanniques ne soient pas soumis à des organes supranationaux tels que la Cour de justice de l'Union européenne.
Les nouveaux doutes de la Grande-Bretagne sur le projet européen en exaspèrent toutefois plus d’un dans l'UE.
Un allié de la chancelière allemande, Angela Merkel, a prévenu le 10 janvier que M. Cameron risquait d'isoler la Grande-Bretagne et de paralyser l'intégration européenne s'il organisait un référendum. Le premier ministre irlandais, Enda Kenny, a quant à lui qualifié l'idée britannique de sortir de l'UE de « désastreuse ».
La position pro-européenne des libéraux démocrates de centre-gauche, les partenaires de la coalition de M. Cameron au sein du gouvernement bipartite, complique le débat.
Le dirigeant des libéraux démocrates, Nick Clegg, a qualifié la question du rapatriement des pouvoirs de Bruxelles de « fausse promesse enveloppée dans un drapeau anglais ». Il a ajouté qu'une position antieuropéenne forte dans le discours de M. Cameron pourrait renforcer les divisions au sein de la coalition.
Le porte-parole des libéraux démocrates pour la politique extérieure, Martin Horwood, a déclaré que jouer sur une sortie de l'UE reviendrait à prendre un « risque insensé » avec l'économie britannique.
« Les sonnettes d'alarme des gouvernements résonnent dans le monde. [Elles indiquent que] la Grande-Bretagne est sur le chemin de la sortie et que David Cameron ne s'est pas élevé contre les eurosceptiques, ou les europhobes, de son propre parti », a-t-il indiqué à Reuters.
Les députés conservateurs seront contrariés s’ils n’obtiennent pas au minimum un référendum sur la sortie de l’UE.
« Il pourrait unir 95 % du Parti conservateur s'il annonçait une renégociation des conditions de notre relation avec l'Europe, suivie d'un référendum [sur l'adhésion] », a déclaré Peter Bone, un député conservateur eurosceptique.
Tout État membre a le droit de quitter l'Union européenne, même si aucun ne l'a jamais fait.
M. Cameron déclare qu'il est parfaitement conscient des avantages économiques du commerce avec un marché unique de 500 millions d'Européens. L'Union représente environ la moitié des échanges commerciaux de la Grande-Bretagne.
Le parti travailliste de l'opposition est en avance de 12 points sur le Parti conservateur dans un sondage. Son dirigeant, Ed Miliband, a déclaré dimanche (13 janvier) qu'il serait « incroyablement dangereux » de s'engager à organiser un référendum sur l'adhésion de la Grande-Bretagne à l'UE. « Le premier ministre nous dirige aveuglément vers la porte de sortie », a-t-il indiqué.